Sofiane Ghazi  
Sofiane Ghazi  

Au moins 15 ans en prison pour avoir poignardé son bébé dans le ventre de sa mère

Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Sofiane Ghazi, ce Montréalais qui a plaidé coupable d’avoir poignardé à mort son bébé en 2017 alors que celui-ci était encore dans le ventre de sa mère, a écopé d’une peine de prison minimum de 15 ans.

Cette durée d’incarcération a été imposée à l’homme de 40 ans mercredi matin par le juge Jean-François Buffoni de la Cour supérieure, au palais de justice de Montréal.

Le magistrat a qualifié ses crimes «d’horribles», d’une «cruauté extrême», «commis dans un contexte d’extrême violence conjugale».

En juillet 2017, Sofiane Ghazi avait poignardé 19 fois son épouse, dont 12 fois du côté gauche de son ventre et sept fois dans le haut de sa cuisse gauche. Consommateur de drogues dures, il a dit à sa femme ne pas vouloir de cet enfant, soutenant qu’il n’était pas de lui.

Parmi ces nombreux coups portés avec une fourchette à viande, neuf ont blessé le bébé qui se trouvait dans le ventre de sa mère, alors enceinte de 36 semaines. Elle a heureusement survécu à ses blessures.

En rendant son jugement oralement, le juge Buffoni a notamment souligné à grands traits le fait qu’après la brutale attaque, l’homme a quitté la résidence familiale sans appeler les services d’urgence, emportant le seul téléphone de la maison, enlevant ainsi à sa femme qui baignait dans son sang la chance d’appeler à l’aide. Elle a été secourue par une voisine.

Le magistrat a dressé la longue liste des facteurs aggravants de ces crimes d’une grande brutalité, ne trouvant que peu de facteurs atténuants qui auraient pu contribuer à réduire la durée de la peine.

Ghazi, qui portait un habit de jogging et un masque chirurgical dans le box des accusés, a écouté le jugement, tantôt en fixant le juge, tantôt la tête baissée.

Son ex-épouse, dans la salle, était fort tendue. Au moment de la violente agression, le couple était marié depuis 12 ans et avait déjà deux enfants. Leur identité est protégée par une ordonnance de non-publication.

Après avoir quitté la salle de cour, elle a confié qu’elle espère que ce jugement va aider sa famille à tourner la page et à regarder vers l’avenir.

«Ce qu’il a fait, ça va rester toute la vie, pour les enfants et pour nous. Les enfants, ils sont traumatisés à vie. Moi, je suis traumatisée à vie», a-t-elle déclaré avec émotion.

«J’espère que le jugement va nous permettre d’avancer dans la vie, surtout pour les enfants». Elle veut faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire oublier à ses enfants «la peine et la douleur qu’ils ont ressentie».

Le chef de meurtre au deuxième degré entraîne automatiquement une peine de prison à vie. Il ne restait donc au juge qu’à déterminer le nombre d’années avant que Ghazi ne soit admissible à une libération conditionnelle : le minimum est de 10 ans.


« Ce qu’il a fait, ça va rester toute la vie, pour les enfants et pour nous. Les enfants, ils sont traumatisés à vie. Moi, je suis traumatisée à vie »
L'ex-épouse de Sofiane Ghazi

Pour le meurtre du bébé, le ministère public avait réclamé un minimum de 18 ans et la défense 12 ans. Le juge a tranché avec 15 ans.

Pour la violente attaque sur son épouse, il devra passer 11 ans en prison. Cette peine sera toutefois purgée en même temps que celle pour meurtre et ne s’y ajoutera pas.

Comme l’homme a déjà passé trois ans en détention préventive, soit depuis son arrestation - ce qui compte à temps et demi - il ne lui reste que 10 ans et demi à purger avant de pouvoir demander une libération conditionnelle

Mercredi matin, il n’a pas fait de déclaration devant le tribunal, bien qu’invité à le faire.

Plaidoyer de culpabilité

L’homme avait plaidé coupable en septembre dernier à des accusations réduites de meurtre au deuxième degré du bébé et de voies de fait graves sur son épouse. Il avait initialement été accusé de meurtre au 1er degré.

Cette reconnaissance de culpabilité inattendue, survenue au deuxième jour de son procès devant jury, avait pris tout le monde par surprise.

En plaidant coupable, il évitait la tenue du procès. Mais il a ensuite tenté de retirer ses plaidoyers de culpabilité, moins de deux semaines plus tard. La Cour avait refusé cette demande en mars dernier.

Comme le juge Buffoni a rendu son jugement oral, à la fois la procureure de la Couronne, Chantal Michaud, et l’avocat de la défense, Me Steve Hanafi, ont déclaré vouloir analyser en détail le jugement écrit avant de décider s’il y avait motif à aller en appel.