N'entre pas qui veut dans la zone verte...

Au cœur de la zone verte

LA MALBAIE — Depuis lundi, seulement quelques centaines de résidents, les forces de l’ordre et les participants au G7 ont accès à la zone verte, périmètre sécurisé adossé au Manoir Richelieu, épicentre de la rencontre. Le Soleil a fait une visite éclair chronométrée avec escorte pour prendre le pouls de cette pointe de terre à la fois centre du monde et coupée du monde.

On y va habituellement pour prendre un verre au bar Le Jazz, manger une poutine chez Chantal ou observer le fleuve de la jetée. Depuis lundi, on n’y va plus. À moins d’y résider. 

Près du fleuve, la zone de libre expression voisine du Musée de Charlevoix, chemin du Havre, est la limite au-delà de laquelle vous ne passerez pas, dirait Gandalf. Plus haut, la route 362 est interdite aux personnes sans accréditation, y compris les journalistes, à la hauteur de l’Auberge des Trois Canards. 

Le Soleil s’y était rendu sans entrave il y a un mois avant l’érection du périmètre. Il y est retourné mardi, non sans avoir insisté, accompagné d’un agent de la Sûreté du Québec et d’un autre de la GRC. Qu’y a-t-il de changé aujourd’hui? 

Les seuls véhicules en circulation sont les autopatrouilles, des GMC Yukon noirs et un Club Car, transformé en véhicule de transport de troupes, à bord duquel prenaient place des policiers. On est loin de la Dodge familiale remplie de touristes.

Un aéroglisseur de patrouille est amarré près de la jetée. De nombreuses caméras — qu’on ne pouvait photographier de près, mais que tout résident pourrait mettre en ligne sur Facebook — sont accrochées à la clôture érigée le long du fleuve. Des camions blindés sont garés sur le quai. Un homme armé d’un fusil d’assaut monte la garde. Et en levant les yeux au ciel, on aperçoit un ballon de surveillance muni de caméras. C’est un peu tout ça qui a changé.

Les seuls véhicules en circulation sont les autopatrouilles, des GMC Yukon noirs et un Club Car, transformé en véhicule de transport de troupes, à bord duquel prenaient place des policiers. On est loin de la Dodge familiale remplie de touristes.

Malgré tout, les résidents semblent s’accommoder de cet environnement. C’est le cas de Benoît Prévost et Stéphane Gravel. «Tout le monde est très gentil et il n’y a aucun problème pour entrer et sortir du périmètre», assure le premier. «On n’a rien à redire. Mais si on était déjà ouvert, ça serait peut-être une autre histoire», renchérit le second. C’est que les deux hommes inaugureront bientôt un restaurant dans le secteur.

Les résidents de La Malbaie semblent s’accommoder de l’environnement sécurisé. C’est le cas de Benoît Prévost et Stéphane Gravel. «Tout le monde est très gentil et il n’y a aucun problème pour entrer et sortir du périmètre.»

En effet, la clientèle se fait rare cette semaine pour les quelques commerces autres que les hôtels. Le chemin du Havre était évidemment désert mardi lors du passage du Soleil. Et ce n’était pas seulement à cause du temps pluvieux. Il n’y aurait pas eu plus de monde par une journée ensoleillée.

De sa maison, Guylaine Fournier a une vue imprenable sur le fleuve, la côte du secteur Cap-à-l’Aigle... et le périmètre grillagé de la zone de la libre expression. «Je ne me sens pas brimé dans mes déplacements. Je vis très bien avec tout ça. Je pense qu’il y aura toujours des chialeux. Une fois qu’on a dit que ça coûte cher, qu’est-ce qu’on peut faire», questionne-t-elle, à propos de commentaires négatifs entendus.

Comme plusieurs, elle retire un bénéfice de la venue du G7 avec la location de ses unités de motel. Elle retient surtout du sommet que c’est un événement lucratif pour une majorité. Pour le reste, elle dit croire que la semaine se passera sans heurt. 

Au même moment, on cogne à la porte. Les policiers qui accompagnent Le Soleil rappellent que son temps dans la zone verte, environ 45 minutes, est écoulé. C’est le temps de repartir sans rechigner. Dire que le matin même, c’est zéro minute qui était accordé.

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LA MALBAIE N'A RIEN D'UNE VILLE ASSIÉGÉE, ASSURE LE MAIRE COUTURIER

Le maire de La Malbaie dit ne pas reconnaître sa ville à travers les commentaires négatifs lus et entendus dans les médias et sur les réseaux sociaux.

«Quand je lis des choses, je ne reconnais pas ma ville. Beaucoup de gens tentent de faire percevoir La Malbaie comme une ville assiégée, confinée ou prise d’assaut», se désole Michel Couturier à quelques heures de l’arrivée des chefs d’État.

Depuis lundi, la sécurité a grimpé de plusieurs crans avec la mise en place des mesures de contrôle de la zone verte. «Il y a une clôture au Manoir et il y a une clôture dans la zone verte. Ça fait un an qu’on est averti. Ce qui arrive, on le savait. C’est sûr qu’après 20h sur Facebook, ça bitche. Ça, c’est normal. En général, les gens ne sont pas fâchés», explique-t-il, avec son franc-parler habituel.

«Aujourd’hui, tout le monde va à l’épicerie, peut voir son docteur, manger au restaurant et côtoyer les agents de sécurité et policiers. C’est même plus cordial que je pensais», ajoute le maire.

Mais il n’a pas la tête à la controverse. Son horaire des 72 prochaines heures risque d’être occupé. À compter de jeudi, l’hôtel de ville sera transformé en centre des mesures d’urgence. Les citoyens auront accès à une ligne téléphonique 24 heures sur 24 pour toute question ou inquiétude concernant le G7.

Mais avant même de participer à l’accueil des Trump, Merkel et compagnie, d’administrer le centre des mesures d’urgence ou d’effectuer son point de presse quotidien, il souhaite recevoir avec égard ce mercredi le moine bouddhiste japonais Toyoshige Sekigushi parti à pied de Montréal pour se rendre à La Malbaie prier pour la paix. L’homme de 53 ans prend part à plusieurs événements internationaux du genre.

«Il souhaite que La Malbaie adhère au mouvement des maires pour la paix. Je veux bien l’accueillir, lui parler et inviter la population à le rencontrer. J’organise une rencontre avec un frère du monastère de Notre-Dame-des-Monts et le curé de la paroisse. Il y aura aussi une traductrice pour n’avoir aucune barrière de langue. On a parlé de tout dans ce G7-là, mais pas de spiritualité», conclut-il, comme s’il était important de prendre une pause dans le tourbillon qui secoue sa ville.  

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LU, VU, ENTENDU...

Lu: une des blagues sur le sommet qui circulent sur Internet. «Papa, c’est quoi le G7?» «C’est exactement comme un dîner de cons, mais les cons, c’est nous. On n’est pas invité, mais on paie la facture.»

Vu: partout, et à toute heure du jour, d’imposants véhicules utilitaires noirs défilant sur les routes de Charlevoix. Chaque fois, on se demande où ils peuvent bien se rendre et qui se dissimule derrière les vitres teintées. Ce camion semble de tempérament grégaire puisqu’il se déplace habituellement en groupe.

Entendu: «Je suis comme un petit gars qui joue au hockey bantam et qui est invité à un match d’étoiles pour serrer la main des joueurs. C’est les ligues majeures.» Le maire de La Malbaie, Michel Courturier, qui rencontrera  les grands de ce monde, en tant que premier élu de la ville hôte du Sommet du G7.