Un an et demi après avoir été arrêté et soupçonné d’avoir tenté d’obtenir des relations sexuelles d’une fillette de 7 ans en République dominicaine, Yvon Gaudet veut rétablir sa réputation.
Un an et demi après avoir été arrêté et soupçonné d’avoir tenté d’obtenir des relations sexuelles d’une fillette de 7 ans en République dominicaine, Yvon Gaudet veut rétablir sa réputation.

Arrêté à tort pour de présumés gestes de pédophilie, un ex-journaliste veut rétablir sa réputation

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
Un an et demi après avoir été arrêté et soupçonné d’avoir tenté d’obtenir des relations sexuelles d’une fillette de 7 ans en République dominicaine, Yvon Gaudet veut rétablir sa réputation.

Emprisonné et ayant fait l’objet d’une enquête policière de quatre mois à l’issue de laquelle aucune accusation n’a été portée, le journaliste à la retraite conserve les stigmates psychologiques de cette expérience cauchemardesque et de ses conséquences sur sa vie. Criblé de dettes, l’homme est complètement anéanti.

Il suffit de taper son nom sur Google pour comprendre. Les premiers liens proposés sont des publications relatives à son arrestation dans des médias canadiens et dominicains. Après la médiatisation de cette affaire, Yvon Gaudet a été invectivé dans les réseaux sociaux, plusieurs l’accusant et le rendant coupable fautivement. Il a été victime de menaces de mort provenant de la République dominicaine et a fait l’objet de propos haineux de la part de certains Québécois qui l’invitaient à ne jamais revenir au Québec. Il a aussi reçu une vingtaine de messages malveillants sur sa messagerie privée de Facebook.

Alors qu’il se trouvait dans un restaurant en République dominicaine, un homme disait à qui voulait l’entendre qu’il méritait qu’on lui arrache les testicules et qu’on lui enfonce dans la gorge jusqu’à ce qu’il s’étouffe. «J’ai arrêté de sortir à ce moment-là parce que ça n’avait plus d’allure, raconte-t-il, manifestement traumatisé. Ça m’a complètement détruit le moral. Je suis devenu paranoïaque. Chaque fois que je voyais un policier, je tournais la tête pour ne pas qu’il puisse me reconnaître, au cas où il voudrait m’arrêter de nouveau. Quand je voyais des gens qui étaient sur leur cellulaire et qui me regardaient, j’avais l’impression qu’ils allaient voir sur Internet si on parlait de moi. C’était effrayant! La paranoïa ne m’a pas laissé et je suis encore paranoïaque aujourd’hui.»


« Je suis devenu paranoïaque. Chaque fois que je voyais un policier, je tournais la tête pour ne pas qu’il puisse me reconnaître, au cas où il voudrait m’arrêter de nouveau. Quand je voyais des gens qui étaient sur leur cellulaire et qui me regardaient, j’avais l’impression qu’ils allaient voir sur Internet si on parlait de moi »
Yvon Gaudet

Son amitié avec un Dominicain

Yvon Gaudet, qui passait six mois par année en République dominicaine depuis quatre ans, s’était lié d’amitié avec le père de la présumée victime. Le Drummondvillois d’origine avait beaucoup de compassion pour le Dominicain dont la femme avait été assassinée quelques années plus tôt. De plus, sa fille de 7 ans portait une énorme cicatrice au front après avoir reçu accidentellement un coup de bâton de baseball et à la suite duquel elle avait failli mourir. «Il était propriétaire d’une petite maison vraiment minable. Il n’avait pas d’eau courante. Il était dans un état de pauvreté très grave.» 

Un jour, M. Gaudet invite le père de famille à venir souper chez lui. «Il est venu souper avec sa fille. C’est comme ça que tout a commencé.» Qui a porté plainte? Il n’en a pas la moindre idée. Le Québécois dérangeait-il? «Ça se peut», laisse-t-il tomber. L’étranger avait décidé de mettre sur pied une organisation pour défendre les intérêts des travailleuses du sexe de Sosua. Selon lui, les autorités municipales de l’endroit voulaient se débarrasser des prostituées. «Tous les soirs, il y avait des rafles de police au centre-ville, raconte-t-il. Ils arrêtaient toutes les prostituées, les amenaient en prison, leur chargeaient une amende de 500 à 1 000 pesos pour les libérer. Sinon, elles passaient la nuit en prison. C’était antidémocratique. Je voulais m’attaquer au règlement municipal qui permettait aux policiers d’agir de la sorte. Mais, je n’ai pas pu parce que j’ai été arrêté avant.»

Arrestation et emprisonnement

Lors de son arrestation par huit policiers qui se sont rendus à son domicile avec quatre autopatrouilles, M. Gaudet estime que ses droits ont été bafoués. «Ils ne m’ont jamais dit pourquoi ils m’arrêtaient. Ils ne m’ont jamais lu mes droits. Je n’ai jamais eu le droit à un coup de téléphone. Ils m’ont saisi mon passeport, mon permis de conduire, mon téléphone et mon ordinateur sans mandat.»


« Ils ne m’ont jamais dit pourquoi ils m’arrêtaient. Ils ne m’ont jamais lu mes droits. Je n’ai jamais eu le droit à un coup de téléphone. Ils m’ont saisi mon passeport, mon permis de conduire, mon téléphone et mon ordinateur sans mandat »
Yvon Gaudet, au sujet de son arrestation

L’homme a été incarcéré pendant quatre jours. «La prison, c’est effrayant, là-bas. Il y avait à peu près 60 détenus dans une cellule d’environ 6 mètres sur 6 mètres. On couchait sur le sol. On était les uns sur les autres. Il n’y avait pas de place de libre. Il n’y avait aucune chaise, aucun lit, pas de papier de toilette. Ils ne nourrissent pas les prisonniers.» 

La seule chose qu’il a pu manger en quatre jours a été un petit morceau de poulet que lui a donné le père de la fillette qui avait été arrêté environ une heure après lui, soupçonné d’avoir vendu son enfant pour des services sexuels. Le Dominicain avait obtenu un peu de nourriture que certains proches étaient venus lui porter. «Moi, je n’avais personne pour venir me porter à manger. J’ai dû me fier aux autres détenus pour me donner de l’eau. C’était pénible! Les prisonniers, c’est effrayant, la façon dont ils sont traités. Ce n’est pas normal qu’ils ne nourrissent pas les prisonniers!»

Selon Yvon Gaudet, la réputation du père de la fillette en a aussi pris pour son rhume après sa libération parce que les citoyens de Sosua croyaient qu’il était complice. «Il y avait des gens qui le pointaient du doigt», raconte l’ancien journaliste qui a oeuvré pendant plusieurs années à la station de Radio-Canada Gaspésie-Îles de-la-Madeleine.

Victime d’une arnaque

Comble de malheur, Yvon Gaudet considère avoir été victime d’une arnaque de la part de son avocat. «Quand j’étais en prison, je l’ai autorisé à aller chercher mon portefeuille auprès des policiers [...]. Je lui ai donné mon NIP et il est allé se chercher 3 000 à 4 000 pesos, soit un peu plus de 100$. Après ça, il a refusé de me remettre mon portefeuille. Il a gardé mes cartes de crédit pendant trois mois en garantie. J’ai eu mes cartes de débit au bout d’un mois à un mois et demi. Je pouvais retirer de l’argent pour lui en donner. Il n’arrêtait pas de me harceler. J’avais accepté de payer 15 000$ pour qu’il me défende, si jamais il y avait un procès. Finalement, il n’y a jamais eu de procès parce qu’il n’y a jamais eu d’accusation.»

Il déplore n’avoir reçu aucune aide tangible du consulat canadien en République dominicaine. Le gouvernement a confisqué son passeport pendant toute la durée de l’enquête policière qui s’est échelonnée sur quatre mois, pendant lesquels il n’a donc pas pu sortir du pays. Aujourd’hui, Yvon Gaudet habite à Dalhousie au Nouveau-Brunswick. Retournera-t-il un jour en République dominicaine? «Non, plus jamais», est-il catégorique.

Yvon Gaudet raconte sa malheureuse aventure dans un livre intitulé L’enfer au paradis, qui vient de paraître aux Éditions Plume noire. Pour commander, c'est ici.

Yvon Gaudet raconte sa malheureuse aventure dans un livre intitulé <em>L’enfer au paradis</em>, qui vient de paraître aux Éditions Plume noire.