En entrevue au <em>Soleil</em> il y a quelques mois, le capitaine Alain Bernier, du Bureau de formation de l’emploi de la force au SPVQ, avait expliqué que l’usage de l’arme à impulsion électrique, considérée comme «une arme intermédiaire», représentait un outil important dans l’arsenal des agents afin de faire entendre raison à un individu peu collaborateur.
En entrevue au <em>Soleil</em> il y a quelques mois, le capitaine Alain Bernier, du Bureau de formation de l’emploi de la force au SPVQ, avait expliqué que l’usage de l’arme à impulsion électrique, considérée comme «une arme intermédiaire», représentait un outil important dans l’arsenal des agents afin de faire entendre raison à un individu peu collaborateur.

Armes à impulsion électrique: bond spectaculaire à la police de Québec

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Le nombre d’armes à impulsion électrique, communément appelées Taser Gun, a connu une hausse exponentielle au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) depuis dix ans. De la même façon, le nombre de fois où l’appareil a été utilisé contre un individu, que ce soit en démonstration ou en utilisation réelle, a grimpé de façon spectaculaire.

Selon des statistiques obtenues par Le Soleil auprès du ministère de la Sécurité publique, en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, le nombre d’appareils détenu par les agents du SPVQ est passé de 16 en 2010 à 101 l’an dernier, soit une hausse de 531 %.

Dans la foulée, le nombre d’événements où les policiers ont dégainé, sans nécessairement atteindre la personne interpellée, est passé pendant la même période de 8 fois à 195. 

L’arme à impulsion électrique est une arme incapacitante qui envoie deux dards délivrant une charge électrique de plusieurs dizaines de milliers de volts. Paralysé temporairement, l’individu ciblé n’est alors plus en mesure de résister à son arrestation.

En entrevue au Soleil il y a quelques mois, le capitaine Alain Bernier, du Bureau de formation de l’emploi de la force au SPVQ, avait expliqué que l’usage de l’arme à impulsion électrique, considérée comme «une arme intermédiaire», représentait un outil important dans l’arsenal des agents afin de faire entendre raison à un individu peu collaborateur.

«Seulement avec la démonstration de l’appareil (dégainer et viser), ça vient diminuer l’agressivité. La personne comprend qu’on est rendu à l’étape de la force (…) Ça envoie le message : calme-toi et ça va bien aller.»

En 2019, rapporte le capitaine Bernier, sur les 478 événements où la force policière avait été nécessaire (sur 126 717 interventions), 195 avaient mené à l’utilisation de l’arme à impulsion électrique. En grande majorité, 154 fois, l’appareil a été utilisé seulement en démonstration. Au final, il y a eu 16 «cas de contacts».

Selon le policier, «aucune étude ne démontre que (l’arme à impulsion électrique) a été une cause de décès. Comme n’importe quelle arme, c’est souvent dans la façon dont elle est utilisée.»

Direction inverse

À la Ligue des droits et libertés, section Québec, le porte-parole Maxim Fortin s’est dit étonné par l’augmentation du nombre d’armes à impulsion électrique au SPVQ, d’autant plus que son organisme avait livré bataille, il y a une dizaine d’années, contre leur utilisation en raison du danger qu’elles pouvaient représenter pour la personne visée.

«On s’appuyait sur des recommandations de coroners et d’experts. On constate (que le SPVQ) est allé exactement dans la direction inverse. On n’a pas du tout écouté ces gens-là», mentionne Maxim Fortin.

La Ligue déplore que l’arme à impulsion électrique soit utilisée «de plus en plus» contre des personnes «désorganisées» ou atteintes de maladies mentales. «Les policiers ont, au départ, un arsenal qui leur permettent d’intervenir de manière physique. Ils ont du poivre de cayenne, une matraque, des bras et des jambes (…) Ils ont le réflexe facile de sortir le Taser. De plus en plus, c’est valorisé. »

Pour avoir pris part à plusieurs manifestations, Maxime Fortin indique avoir été menacé avec une arme à impulsion électrique, sans toutefois avoir été victime d’une décharge. «Les gens qui militent depuis longtemps sont habitués de se faire menacer au Taser. Dans les contrôles de foule, ces dernières années, on a vu de plus en plus son utilisation.»

Le meilleur des mondes

Lors de l’entrevue avec Le Soleil, le capitaine Bernier n’avait pas voulu dévoiler le nombre d’armes détenues par le SPVQ. «Ce serait facile de dire que demain matin, je donne un Taser à tout le monde. Mais est-ce que ça voudrait dire que ce sera une meilleure option, considérant qu’il va y en avoir beaucoup? (…) On le fait de façon responsable et très progressive pour être sûr qu’il n’y ait pas d’écarts de conduite.»

Pour le capitaine Bernier, l’arme à impulsion électrique a apporté des «gains majeurs» aux agents du SPVQ. «Rapidement, il y a une prise de contrôle (de l’individu) et c’est terminé. Le policier n’est pas blessé, le citoyen n’est pas blessé. C’est le meilleur des mondes dans le contexte.»