Selon plusieurs sources à qui <em>Le Soleil</em> a parlé, l’Armée du Salut paierait au moins 25 000 $ par mois pour la location de l’immeuble sur le boulevard Wilfrid-Hamel, qui aurait nécessité d’importants travaux de rénovation que l’organisation à but non lucratif aurait payés de sa poche au montant de 700 000 $.

Armée du Salut: la gestion du magasin également dénoncée

Il n’y a pas que le style de gestion de l’Hôtellerie et de la Maison Charlotte de l’Armée du Salut qui fait l’objet de vives critiques de la part d’ex-employés. D’aucuns remettent également en question la façon dont est administré le magasin de l’organisation, situé sur le boulevard Hamel.

L’Armée du Salut était jadis propriétaire de l’immeuble abritant son magasin, chemin de la Canardière. Le bâtiment était toutefois trop petit pour les besoins de l’organisme, en plus d’être désuet, de sorte qu’il aurait été vendu en 2014 pour la somme de 1 million $.

L’organisation a déménagé son magasin sur le boulevard Hamel, où elle est devenue locataire. Selon plusieurs sources à qui nous avons parlé, l’Armée du Salut paierait au moins 25 000 $ par mois pour la location de cet immeuble, qui aurait nécessité d’importants travaux de rénovation que l’organisation à but non lucratif aurait payés de sa poche. Jusqu’à 700 000 $ auraient été déboursés pour ces travaux, selon nos sources. 

Parmi nos interlocuteurs, personne n’a dit comprendre pourquoi l’Armée du Salut aurait accepté de signer un bail de 10 ans à ces conditions avec le propriétaire d’alors, Lincoln Anderson. Le propriétaire actuel du terrain et de l’immeuble, Stéphane Grégoire, qui a acquis la propriété en 2016, n’a pas voulu confirmer au Soleil la durée du bail et le prix du loyer payé par l’Armée du Salut, mais il a assuré que celui-ci était tout à fait «conforme au prix du marché», voire «un peu en bas de la fourchette». 

Selon M. Grégoire, l’immeuble de plus de 20 000 pieds carrés pourrait facilement être loué au même prix aujourd’hui, sinon plus cher. Le terrain et l’immeuble sont évalués à 2,5 millions $, selon le dernier rôle d’évaluation de la Ville de Québec. 

Quant à l’Armée du Salut, nous lui avons soumis par écrit les questionnements de nos sources quant à sa décision de débourser autant pour un immeuble dont elle est locataire, mais nous n’avons pas vraiment obtenu de réponses.

La porte-parole de l’organisation, Brigitte St-Germain, nous a simplement mentionné que «tout comme l’ensemble des commerces de détail qui ont pignon sur rue, nous devons procéder à une réévaluation de sa rentabilité au pied carré». 

«Pour ce faire, nous terminons en ce moment l’analyse de la situation, et allons apporter des correctifs pour améliorer la rentabilité de l’établissement. Entre autres, nous diminuerons la superficie pour les gros meubles pour donner plus d’espaces aux petits accessoires de maison et aux vêtements, qui correspondent mieux au besoin de notre clientèle», écrit Mme St-Germain.

La porte-parole de l’Armée du Salut nous prévient ensuite que «ce seront les dernières informations que nous vous partagerons concernant les installations ou les activités de l’Armée du Salut». «Notre mission est d’offrir des services et du support aux personnes dans le besoin, et c’est à ces activités que notre temps sera consacré», termine Brigitte St-Germain. 

Plusieurs réactions

Notre récent reportage sur le style «contrôlant» du capitaine Andy Albert, qui gère depuis 2017 l’Hôtellerie pour hommes et la Maison Charlotte, dans le Vieux-Québec, a par ailleurs suscité beaucoup de réactions chez d’autres ex-employés de l’Armée du Salut, qui nous ont contactés pour témoigner à leur tour de leur expérience. Tous se sont dits «marqués» par leur passage dans l’un ou l’autre des deux centres d’hébergement de l’organisation, et «soulagés» de voir enfin «la vérité» mise au jour. 

L’un d’eux nous a notamment raconté avoir été «mis à la porte» parce qu’il «prenait trop de temps à jaser avec les résidents».

Le fils d’un autre ex-employé nous a pour sa part confié que son père serait parti en congé de maladie pour burn-out et qu’à son retour, «M. Albert avait fait croire à tout le monde qu’il avait démissionné». «Ça a été une humiliation pour lui, et il est donc parti», nous a-t-il écrit. 

Un employé encore actif, qui estime à une trentaine le nombre de démissions ou de «congédiements tout croches» et à une vingtaine le nombre d’employés partis en maladie en seulement deux ans, a affirmé que sous Andy Albert, «tout le monde marchait sur des œufs». 

Cet employé a dit avoir vu plusieurs collègues «pleurer» dans les mois suivants l’arrivée de M. Albert, un homme notamment dépeint comme «très contrôlant» et «méprisant» à l’endroit des membres du personnel. 

Dans une déclaration que le service des communications de l’Armée du Salut nous a fait parvenir la semaine dernière au nom de l’officier Albert, celui-ci reconnaît «avoir eu à prendre des décisions qui ont soulevé des préoccupations au sein de l’équipe, et avoir resserré les pratiques, ce qui fait partie de mon mandat confié par l’organisation il y a maintenant un peu plus de deux ans». 

«Mon arrivée dans l’équipe ne fut pas sans heurt, d’autant plus que mon style de gestion est ferme, j’en conviens, puisque je tiens à appliquer et faire respecter les politiques de l’Armée du Salut. Ces échanges me font réaliser que mes “compétences relationnelles” pourraient être affinées, ce que je m’efforcerai d’améliorer», d’ajouter le capitaine Albert. 

L’Armée du Salut a évoqué des difficultés financières pour justifier la fermeture, le 31 juillet prochain, de l’Hôtellerie pour hommes et de la Maison Charlotte. Des discussions sont actuellement en cours avec la Ville de Québec, le Centre intégré universitaire de la Capitale-Nationale et la Société d’habitation du Québec pour que la mission de l’Armée du Salut se poursuivre après le 31 juillet.