Figure de proue de la souveraineté israélienne, ayant été de la guerre d'indépendance du pays en 1948, Ariel Sharon restera toujours associé aux dispositifs militaires, une stratégie qui ne fait pas nécessairement l'unanimité.

Ariel Sharon (1928-2014): un héritage entre guerre et paix

Difficile de juger d'un homme à la carrière aussi imposante qu'Ariel Sharon, admet l'historien Pierre Anctil, spécialiste de la question juive montréalaise à l'Université d'Ottawa. Selon lui, l'ancien premier ministre israélien était aussi controversé auprès de la communauté internationale qu'au sein de la communauté juive elle-même.
Figure de proue de la souveraineté israélienne, ayant été de la guerre d'indépendance du pays en 1948, Ariel Sharon restera toujours associé aux dispositifs militaires, une stratégie qui ne fait pas nécessairement l'unanimité. «Il y a plusieurs façons de préparer la paix, et Sharon faisait partie des Israéliens qui pensaient que la meilleure façon [pour y parvenir], c'était de se défendre et de montrer sa force militaire, explique M. Anctil. C'est ce qui fait que Sharon était une figure très controversée, encore aujourd'hui, probablement beaucoup plus que d'autres militaires israéliens. Son héritage est en quelque sorte ambigu, difficile à saisir, parce que oui, Israël s'est défendu, mais la paix n'est toujours pas arrivée.»
Bref, Ariel Sharon a réussi à protéger l'État d'Israël d'invasions ennemies, mais pas à établir des relations pacifiques durables avec ses voisins. «L'obligation de faire la guerre, de riposter et de prendre une position militaire [forte], évidemment, ça a souvent été plus pressant que de préparer la paix à plus long terme.»
Bien qu'incomplet, le professeur d'histoire estime que l'héritage de Sharon est bel et bien présent. «Le plan de Sharon était de se retirer des territoires de Cisjordanie occupés par l'armée israélienne, comme ça avait été le cas à Gaza, et d'établir des frontières plus claires et plus fermes. Fondamentalement, c'est ce qui est en train de se passer depuis les années 2000. L'héritage de Sharon est resté, c'est-à-dire des frontières plus claires et une solution de paix armée basée sur une défense très ferme des intérêts d'Israël, tout en libérant de plus en plus d'espace pour qu'une société palestinienne prenne sa place et se développe à côté de l'État d'Israël, si possible en alliance avec [lui]. On en est là encore, et les négociations se poursuivent à l'heure où on se parle.»
Quand l'homme politique est tombé dans le coma, en 2006, à la suite d'une attaque cérébrale à l'âge de 78 ans, son entourage était persuadé qu'il allait briguer un troisième mandat comme premier ministre. «C'est son état de santé qui l'a retiré de la vie politique, soutient M. Anctil, parce que sinon, il aurait sûrement continué de marquer son pays encore longtemps.»