Quelques femmes se relaient pour nourrir et abreuver un groupe de sept ou huit chats sans foyer en haute ville, malgré l'interdiction qui en est faite.

Appel à un contrôle strict des chats errants

Le Soleil profite de la Journée nationale de la stérilisation qui aura lieu mardi pour faire le point sur la situation engendrée par la surpopulation féline dans les villes et quelques solutions pour y faire face
Les municipalités doivent agir d'urgence pour contrer la surpopulation féline, disent les organismes de protection animale.
Alanna Devine, directrice de la défense des animaux à la SPCA de Montréal, ne peut que constater que la prolifération des félins a atteint un niveau problématique. Lorsqu'on lui demande si les municipalités en font assez face à ce problème, l'avocate lance un «non» sans équivoque et dit souhaiter l'adoption de règlements sévères.
Le directeur général de la SPA de Québec et président de la nouvelle Association québécoise des SPA et des SPCA, Denys Pelletier, en appelle lui aussi à des mesures draconiennes.
D'autres organismes proposent des solutions. Johanne Tassé, des Centres d'adoption d'animaux de compagnie du Québec (CAACQ - www.caacq.ca), croit dans la formule des unités mobiles de stérilisation qui sillonnent les quartiers comme cela se fait aux États-Unis, offrant l'opération à faible coût.
Denys Pelletier est plutôt tiède par rapport à cette proposition. Une telle unité coûte un demi-million de dollars, dit-il. Il vaut mieux selon lui se doter de cages de capture et emmener les bêtes dans un endroit spécialisé. «Quand on a une crise cardiaque, on n'emmène pas le chirurgien à la maison.»
Conséquences graves
Bien des propriétaires d'animaux ne réalisent pas les conséquences de la non-stérilisation, dit M. Pelletier. Leur matou part se promener pour la journée et eux n'ont jamais de problème.
Théoriquement, un seul d'entre eux pourrait engendrer un demi-million de descendants (!) en sept ans. Bien sûr, dans la vraie vie, l'adversité en élimine un bon nombre, mais il en reste beaucoup et la croissance est exponentielle.
Selon une étude de l'Association des médecins vétérinaires du Québec datant de janvier 2013, les Québécois possèdent 1,5 million de chats, ce qui exclut les chats errants, ceux vivants dans des refuges et ceux des boutiques d'animaux. Ils sont présents dans le tiers des foyers.
Denys Pelletier croit que les municipalités devraient forcer la stérilisation des petits animaux, sauf en certaines circonstances. Il favorise également l'identification obligatoire par une micropuce. Des mesures incitatives, comme des coûts d'enregistrement moindres lorsque l'animal a été opéré, devraient être mises de l'avant.
Alanna Devine, elle, rêve du jour où la SPCA pourra offrir la stérilisation à moindre coût aux personnes dans le besoin. Présentement, les organismes comme le sien ne peuvent stériliser que leurs propres animaux et ne peuvent agir comme des cliniques vétérinaires. Elle dit recevoir des centaines d'appels par semaine de gens qui veulent stériliser leur animal, mais n'en ont pas les moyens. Denys Pelletier, lui, ne croit pas que le prix soit une réelle contrainte, mais qu'il s'agit plutôt d'une question d'éducation. Lorsque les citoyens sont bien sensibilisés aux conséquences de la non-stérilisation, ils agissent, dit-il.
En deux mots
SPCA: Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux, organisation apparue en Angleterre en 1824
SPA: Société protectrice des animaux, organisation apparue en France en 1845
Ces organismes sont indépendants les uns des autres.
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Une pétition pour la stérilisation
Un petit groupe de citoyens préoccupés par le bien-être des chats errants et les conséquences de leur reproduction débridée déposera mardi à l'hôtel de ville de Québec une pétition demandant aux autorités de modifier la réglementation les concernant. Une façon constructive de souligner la Journée nationale de la stérilisation, espèrent-ils.
L'organisme Mouvement Chats errants a récolté les signatures de plus de 1000 personnes qui souhaiteraient que Québec emboîte le pas aux quelques administrations qui ont commencé à prendre la situation en main. Car il y a un réel problème. Andrée Juneau, qui a cofondé l'organisme, témoigne des conséquences d'hygiène publique qui affligent pratiquement tous les quartiers de la ville, de ces cadavres que l'on trouve dans les arrière-cours au printemps, des odeurs pestilentielles causées par les mâles qui marquent leur territoire sous le chaud soleil d'été.
Depuis deux ans et demi, son petit groupe de six personnes arpente les rues et identifie les secteurs où se réfugient les chats sans-abri. Lorsqu'elles le peuvent, elles les attrapent et les font soigner par un vétérinaire et, surtout, les font stériliser. Ensuite, elles leur cherchent un foyer d'adoption. En deux ans et demi, une centaine de minets ont ainsi trouvé la sécurité d'un toit et une nourriture quotidienne. Pour payer les frais, elles vendent du chocolat, font des marchés aux puces et demandent une contribution aux adoptants.
À Québec, des dizaines de personnes nourrissent les chats errants, et ce, malgré l'interdiction qui en est faite. «Constitue une nuisance le fait de nourrir un animal domestique errant en distribuant de la nourriture ou en laissant de la nourriture ou des déchets de nourriture à l'air libre», stipule le règlement de la Ville.
Un groupe de femmes qui nourrissent des minous sans foyer ayant trouvé refuge dans un secteur de la haute ville sont d'ailleurs confrontées présentement aux menaces de la loi. Interdiction de continuer, leur a fait savoir une policière, à défaut de quoi elles recevront une amende.
«Moi, je n'arrêterai pas», disait une de ces femmes au Soleil la semaine dernière, alors qu'elle allait porter pitance et eau propre à ses protégés. Il est selon elle «inhumain» de laisser sans secours des animaux domestiques livrés à eux-mêmes.
«Qui peut être assez naïf pour croire que si on ne les nourrit pas, les chats errants vont cesser de se multiplier?» demande pour sa part Andrée Juneau.
Licence
L'organisme Mouvement Chats errants demande à la Ville de Québec de faire comme l'a fait l'arrondissement de Cartierville-Ahuntsic à Montréal où tous les chats doivent être munis d'une licence dont les coûts sont plus élevés lorsqu'ils ne sont pas stérilisés.
Et pour ceux qui n'ont pas de maîtres, l'arrondissement a choisi d'investir dans un programme «capture-stérilisation-retour», où l'animal est capturé, stérilisé et retourné dans son environnement. Cette pratique a notamment fait ses preuves à New York où elle a permis d'abaisser le nombre de félins en liberté.
Histoire de faire un petit clin d'oeil au maire Régis Labeaume, le groupe livrera sa pétition accompagnée d'un joli ballon soufflé... en forme de minet.
Voir le site de l'organisme à www.mouvementchatserrants.com
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Trop d'euthanasies
Effet direct de la surpopulation des chats, un grand nombre d'entre eux doivent être euthanasiés. Un portrait sommaire réalisé à partir des données de 13 organismes d'accueil révèle qu'au cours de l'année 2008, il y a eu 19 175 euthanasies contre 8248 adoptions. Ces chiffres font frémir Johanne Tassé, des Centres d'adoption d'animaux de compagnie du Québec. Celle-ci reproche d'ailleurs leur manque de transparence aux SPA et SPCA qui refusent de donner leurs statistiques individuelles. Selon Denys Pelletier, dg de la SPA de Québec et président de l'Association québécoise des SPA et des SPCA, ce silence s'explique par la crainte que «les gens regardent juste le nombre d'euthanasies et qu'ils cessent de faire des dons sans comprendre le contexte». Il y a, dit-il, beaucoup d'efforts qui sont faits pour inverser la situation. Mais encore faut-il que la source se tarisse! Après des années d'attente, la SPA de Québec a obtenu en mai 2013 une salle de stérilisation. Elle a depuis pratiqué un peu plus de 1000 opérations. Sa politique: stériliser tous les chats pour empêcher leur multiplication et tous les chiens de race pour empêcher leur reproduction à des fins de revente.
Contre la vente d'animaux sur Kijiji
Une Montréalaise demande au site de petites annonces Kijiji de ne plus permettre la vente de petits animaux par des individus, car cela encourage l'élevage illégal. Ces annonces devraient selon elle être réservées à la recherche de foyers d'adoption et aux refuges pour animaux certifiés. Une pétition à cette fin a recueilli plus de 63 000 signatures (http://goo.gl/SXlrFl). Pour l'instant, Kijiji dit ne pas avoir l'intention de modifier ses pratiques.