Heureusement, personne n’a été blessé lorsque l’Apollo a heurté le quai de Godbout le 25 février 2019 et les véhicules ont pu débarquer malgré les dommages à la proue du navire.

Apollo: problèmes techniques et compétences du capitaine pointés du doigt

BAIE-COMEAU — Les problèmes techniques des moteurs du navire, jumelés au manque de formation du capitaine, expliquent l’accident du traversier Apollo au quai de Godbout le 25 février 2019. C’est ce que met en lumière le rapport du Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada.

La journée de l’accident, l’Apollo est parti de Matane à 8h en direction de Godbout avec 100 passagers à bord et le pont des véhicules chargé à pleine capacité. Le capitaine en était à son premier voyage entre Godbout et Matane aux commandes de l’Apollo, mais il avait à son actif sept aller-retour entre Baie-Comeau et Matane avec ce navire. Il avait aussi réalisé 400 débarquements à Godbout avec d’autres traversiers, sans aucun problème notable.

Les pépins ont débuté à l’entrée de la baie de Godbout, à 10h17. Comme le navire avait deux moteurs principaux de puissances différentes, l’un datant de 1970 et l’autre de 2005, il n’a pas réagi comme prévu aux différentes manœuvres. Son pilotage représentait tout un défi.

De plus, en raison d’un état mécanique déficient, les trois moteurs auxiliaires ne fonctionnaient qu’à 50 % de leur capacité, forçant le capitaine à réduire au minimum l’utilisation du propulseur d’étrave, ce qui a considérablement nui aux manœuvres. Il a percuté l’extrémité du quai de Godbout à 10h18.

Le BST mentionne que «le peu d’expérience du capitaine à manœuvrer le navire acquis récemment ainsi que la formation limitée qu’il a reçue à cet égard ont mené à une évaluation erronée de la vitesse et du cap du navire, et des effets de la glace et du vent à l’approche du quai du traversier à Godbout». L’homme est à l’emploi de la Société des traversiers du Québec (STQ) depuis 2015 et capitaine permanent depuis mars 2017.

Heureusement, personne n’a été blessé dans l’accident et les véhicules ont pu débarquer à Godbout malgré les dommages à la proue du navire. L’Apollo n’était cependant pas au bout de ses peines car quelques jours plus tard, le 16 mars, il allait heurter le quai de Matane. Ce fut là sa dernière traversée. D’ailleurs, le BST enquête toujours sur ce dernier incident.

Dans son rapport, le Bureau de la sécurité des transports ne fait aucune recommandation, à part de rappeler que «pour la sécurité du navire, de ses passagers et de l’environnement, il est important que toute machine conçue pour aider le capitaine à manœuvrer le navire soit en bon état de fonctionnement, et que le capitaine connaisse bien la réaction des machines ainsi que leurs limitations opérationnelles».

Du côté de la STQ, on rappelle que depuis l’incident, toutes les procédures de pré-achat de navires ont été revues de fond en comble, comme l’a annoncé le président-directeur général Stéphane Lafaut au lendemain de la collision de Matane.

«Ces procédures ont été appliquées pour l’achat du Saaremaa, pour lequel il y a eu inspection exhaustive de la coque et du système de propulsion, entre autres», a déclaré le porte-parole de l’organisation, Alexandre Lavoie. «On s’assure ainsi que ça [la saga de l’Apollo] ne se reproduise plus», a-t-il ajouté.

M. Lavoie a aussi souligné que le capitaine n’a pas reçu de blâme pour l’événement du 25 février, faisant valoir qu’il «y avait tout un contexte avec le vent, la glace et les conditions difficiles». Il signale au passage que le capitaine a tout de même eu une période de familiarisation aux commandes de l’Apollo. «Mais était-ce optimal? Non», a-t-il convenu.

Après avoir débuté ses traversées du Saint-Laurent le 14 février 2019, l’Apollo aura été en service moins d’une vingtaine de jours. Il a été acquis au coût de 2,1 millions $ de la firme Labrador Marine, qui l’opérait entre Blanc-Sablon et St.Barbe, à Terre-Neuve. La STQ a aussi dépensé 1,4 million $ pour une rapide mise à niveau après l’acquisition, mise à niveau qui, de toute évidence, n’aura pas été suffisante.

Ironie du sort, l’Apollo finira ses jours près du quai de Godbout. Après été vidé de toute substance polluante, il sera coulé au large du village nord-côtier afin de servir de récif artificiel pour les amateurs de plongée sous-marine.