Les 216 résidents de l'Île-d'Anticosti veulent avoir accès à un service de traversier régulier et abordable.

Anticosti veut son propre traversier

Les résidents de l'Île-d'Anticosti réclament qu'on les sorte de leur isolement avec un service régulier de la Société des traversiers du Québec (STQ). «Si l'Isle-aux-Coudres, l'Isle-aux-Grues et l'île Verte sont desservies par la STQ, pourquoi pas la plus grosse île de la province?» demande le maire John Pineault.
L'accès difficile à l'île gonfle les coûts pour les 216 habitants, concentrés à Port-Menier, et mine leurs efforts de développement. «On importe 280 travailleurs saisonniers par an. Il y a un coût pour les donneurs d'ouvrage : il faut les loger, les transporter, leur donner un per diem. Pourquoi on ne réussit pas à les convaincre de rester ici? C'est l'éloignement et l'isolement», dit M. Pineault. 
Le navire Bella-Desgagnés, de Relais Nordik, s'amarre deux fois par semaine au quai de l'île d'Anticosti, mais ces traversées ne proviennent pas du même port. Les véhicules doivent être chargés dans un conteneur. «Je m'en vais en vacances avec ma voiture, ça va me coûter entre 500 $ et 600 $ pour l'aller-retour», indique le directeur général de la municipalité, Frédérick Lee. 
Le transport aérien n'est pas fiable, puisque la compagnie qui dessert l'île change parfois l'horaire à la dernière minute pour saisir l'opportunité d'offrir un vol nolisé, ajoute M. Lee.
L'absence de lien régulier et abordable «prive les gens d'un parc absolument magnifique [le parc national d'Anticosti, géré par la Sépaq], et prive les gens d'ici d'aller et venir à leur guise sans devoir prendre une deuxième hypothèque sur leur maison», lance M. Pineault. 
Sa municipalité a compilé un argumentaire sur le «désenclavement» l'île, qui tient compte des coûts économiques et sociaux de l'isolement. 
«Souvent, les clients du marché d'alimentation trouvent des produits périmés pour ne pas dire pourris, sur les étals», indique le document. Une planche de deux par quatre coûte 56 % plus cher à l'île que sur le continent. 
Transporter de la machinerie sur l'île coûte 5000 $ par unité, de l'argent dépensé par Transports Québec et la Municipalité pour leurs travaux de voirie. 
Quand les patients du dispensaire de Port-Menier doivent recevoir des soins à Havre-Saint-Pierre ou à Sept-Îles, le Centre de santé assume les coûts du transport en avion.
Deux points d'arrivée
À partir de 14 ans, les enfants de l'île doivent aller à l'école sur le continent. Ils ne peuvent revenir que pour les occasions spéciales et dans 80 % des cas, les mères les suivent, ce qui sépare les familles.
Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord, et Rivière-au-Renard, dans la municipalité de Gaspé, seraient les points d'arrivée d'une éventuelle traverse. Ce lien entre les parcs Forillon, d'Anticosti et de l'archipel de Mingan pourrait apporter des retombées touristiques majeures, arguent ces destinations.
L'île d'Anticosti souhaite aussi être reconnue comme Patrimoine mondial de l'UNESCO. «S'il y avait une traverse, ça mettrait du poids dans le dossier», dit M. Pineault. 
Jusqu'ici, deux demandes de rencontre des municipalités concernées avec le ministre des Transports Laurent Lessard, en décembre 2016 et en juin 2017, sont restées lettre morte. «Pourtant, je pense qu'on a mis de l'eau dans notre vin. Ce qu'on demande, c'est une étude de faisabilité de la Société des traversiers du Québec», précise le maire Pineault.
Par courriel, le ministère des Transports indique que «nous sommes actuellement en contact avec la Ville et évaluons cette demande».