Entre deux sanglots, la chef démissionnaire de Démocratie Québec, Anne Guérette, a répété qu’elle partait «avec le sentiment du devoir accompli».

Anne Guérette quitte la vie politique

La chef de Démocratie Québec, Anne Guérette, a annoncé, mardi, son départ de la vie politique après 10 années passées au conseil municipal. «Sereine, mais émotive», elle a adressé des remerciements marqués aux électeurs et citoyens.

Symbole de son implication politique, Mme Guérette a choisi le hall d’entrée de l’hôtel de ville pour faire son annonce. Elle était entourée de l’un de ses deux fils, Olivier, et de son candidat élu, Jean Rousseau. D’entrée de jeu, elle ne s’est pas défilée en faisant un retour sur le résultat du scrutin de dimanche.

«J’ai entrepris la dernière campagne électorale avec mon équipe dans l’objectif de diriger la ville. Les citoyens de Québec en ont décidé autrement. J’en prends la responsabilité», a-t-elle déclaré, le souffle court. Mme Guérette est arrivée troisième avec un mince 14,64 % des voix. Mais elle a souligné qu’aucun résultat autre que la victoire ne pouvait la convaincre de rester.

«Il y a 15 ans, alors que j’étais enceinte de mon premier enfant, j’ai décidé de m’engager comme citoyenne sur la scène politique municipale parce que j’avais des idées pour ma ville, parce que je voulais contribuer à améliorer la politique de l’intérieur et parce que je voulais contribuer à bâtir un monde meilleur, une ville meilleure à léguer en héritage à mes enfants, à nos enfants», a-t-elle poursuivie, peinant parfois à s’exprimer, étouffée par l’émotion.

Les gens retiendront peut-être son échec à la mairie, mais elle a tenu à rappeler que son parcours a aussi été ponctué de succès. «Aujourd’hui, je quitte en ayant cumulé une défaite à la mairie et cinq victoires consécutives comme conseillère municipale et chef», soulignant qu’elle partait la tête haute.

Crises

Elle a aussi fait allusion aux crises qui ont secoué son passage en politique. La plus marquante est sûrement le départ de ses deux collègues, Paul Shoiry et Yvon Bussières, devenus tous deux candidats indépendants au cours du dernier mandat. «Ce dont je suis la plus fière, c’est d’avoir eu le courage de me tenir debout malgré l’adversité à l’extérieur comme à l’intérieur [du parti] en restant toujours fidèle aux valeurs, à la vision et aux convictions profondes qui ont été à la source de mon engagement politique.» Elle dira plus tard que les crises internes ont été les plus difficiles.

À l’externe, les nombreuses frictions avec le maire Régis Labeaume ont aussi fait la manchette. À savoir quel souvenir elle retient de sa relation avec lui, elle n’avait visiblement pas l’intention de s’y attarder. «Je n’étais pas là pour être en relation avec Régis Labeaume, mais pour servir les citoyens.»

«Je pars avec le sentiment du devoir accompli. J’ai donné le meilleur de moi-même avec honnêteté et dévouement», a-t-elle renchéri, entre deux sanglots. Mme Guérette a gardé le mot de la fin pour les citoyens de son quartier. «Vous êtes ce que j’ai vécu de plus beau dans toute cette aventure. Vous avez été ma source de motivation et d’inspiration au quotidien et ce fut un bonheur et un honneur de vous représenter et de défendre vos intérêts.»

Au moins, croit-elle, la dernière campagne a permis de former au sein du parti qu’elle a fondé des candidats et des bénévoles qui pourront faire de Québec une ville animée. «Le temps est venu de passer le flambeau et de céder la place à une relève.» Au premier chef, c’est son candidat Jean Rousseau dans Cap-aux-Diamants, qui gardera la flamme allumée au conseil de ville. Celui-ci a dit accepter le défi avec enthousiasme et promet de représenter la continuité.

Mme Guérette part sans aucun regret et préfère regarder vers l’avant sans projet autre que d’être avec ses proches. «Je vais m’occuper de moi, de mes amis et ma famille. Je vais surveiller davantage les devoirs et confisquer le cellulaire», a-t-elle conclu sous l’œil dubitatif de son fils.

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PAS DE COURSE DANS L'IMMÉDIAT

Démocratie Québec devra se choisir prochainement un chef par intérim, mais pourra attendre longtemps avant de tenir une course à la direction.

Le président du parti, Denis L’Anglais, explique que c’est le conseil d’administration qui désignera le chef, sans avancer aucune date. Du même souffle, il indique que la formation politique n’est pas obligée à court terme de ternir une course à la direction. Elle se fera d’ailleurs sans lui puisqu’il termine en décembre.

Avant même d’avoir pu confirmer si elle quitte ou reste, Mme Guérette faisait face à de l’opposition. Le candidat défait dans le district Les Saules et membre du conseil d’administration, Jean Cloutier, confirmait mardi matin son intérêt de prendre la tête de la formation politique.

«Déjà, en 2007, c’était connu que je voulais être candidat à la mairie de Québec», a expliqué celui qui a fondé le parti Défi vert avant sa fusion avec Québec Autrement, puis Démocratie Québec.

Même s’il a «beaucoup aimé» la campagne de Mme Guérette, il retient l’échec. «On ne peut qu’être déçu du résultat. Je veux la pérennité du parti», indique celui qui a brigué plusieurs postes politiques, notamment au fédéral, sans atteindre son but.

De son côté, Me François Marchand, candidat indépendant défait dans Cap-aux-Diamants contre le colistier de Mme Guérette, qu’il avait aussi affronté à la direction en 2016, n’écarte pas un retour au bercail. «Si on me sollicite, j’irai», lance celui qui prévoit une longue traversée du désert pour le parti.

Des réactions

Le président de Démocratie Québec reconnaît le travail de fond effectué par la candidate. Il avance que l’attrait de la nouveauté a malheureusement pris le pas sur la profondeur des idées. «On aime ou on n’aime pas Anne Guérette. Cependant, le programme était là. Soudain, quelqu’un d’une génération spontanée [Jean-François Gosselin] arrive et les gens se sentent attirés comme un miroir aux alouettes», affirme Denis L’Anglais

«Anne Guérette quitte la vie politique en ayant fait une contribution remarquable de plus de 10 ans à la démocratie municipale de Québec, en travaillant pour les citoyens de la ville et de son district avec passion et dévouement, a souligné Régis Labeaume, par voie de communiqué, soulignant aussi sa participation à la protection du patrimoine et à l’urbanisme.»

Paul Shoiry, ex-conseiller sous la bannière de Démocratie Québec, retient la détermination de son ancienne chef. «C’est une femme convaincue et engager pour ses citoyens. Elle est déterminée et l’a prouvé jusqu’à la fin. Il faut la féliciter pour sa contribution.»

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CHRONOLOGIE

  • 1990 Devient membre de l’Ordre des architectes du Québec. 
  • 1994 Obtient une maîtrise en génie du bâtiment
  • 2002 Devient bénévole sur le conseil de quartier de Montcalm
  • 2006 Fonde la Coalition Héritage Québec pour la conservation du patrimoine
  • 2007 Est élue conseillère une première fois, puis en 2009, 2013 et 2017 (colistier)
  • 2012 Fonde Démocratie Québec
  • 2016 Devient chef d’opposition officielle

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