Une première candidate fait le saut dans la course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ): sans surprise, la députée de Saint-Henri-Sainte-Anne, Dominique Anglade, a lancé officiellement sa campagne jeudi matin à Shawinigan.

Anglade dans la course à la direction du PLQ [VIDÉO]

SHAWINIGAN — Fortement pressentie depuis plusieurs mois pour se porter candidate à la chefferie libérale, la députée de Saint-Henri - Sainte-Anne, Dominique Anglade, a confirmé son intérêt jeudi matin, dans les locaux de l’entreprise Elmec, dans le secteur Grand-Mère. En fait, la surprise portait surtout sur le choix de l’endroit pour communiquer cette décision potentiellement historique, puisqu’elle pourrait devenir la première femme à la tête du PLQ.

«Ce n’est pas un hasard si j’ai décidé de faire cette annonce ici», explique-t-elle. «Shawinigan représente une région qui a su se renouveler, se réinventer.»

La femme de 45 ans n’aborde pas ce défi avec des lunettes roses. Elle a évidemment pris bonne note de la gifle encaissée par les libéraux le 1er octobre dernier, où le parti n’a fait élire que 31 candidats sur 125, en plus d’arriver à quelques poussières de la barre de 25 % du vote populaire. La Mauricie fait partie des régions qui ont sévèrement jugé le PLQ, rayant complètement ses représentants de ses terres lors de ce scrutin.

Son défi consistera à «rebrancher» le parti avec les Québécois, reconnaît-elle. «Pour assembler ceux qui cherchent une force emballante pour le Québec, le Parti libéral doit se reconstruire et se renouveler avec audace, avec ambition. Quiconque aspire à diriger le Parti libéral du Québec devrait avoir, comme priorité, d’élargir la base militante, de redonner davantage de pouvoir à ses membres et de s’assurer que les idées qui émanent viennent vraiment de notre base militante.»

«Comme membres du Parti libéral du Québec, nous avons un travail qu’on qualifiera de colossal à effectuer au cours des prochains mois, soit celui de remettre notre parti sur les rails et de reconnecter avec l’ensemble de la population québécoise.»

Pour réaliser ce tour de force, Mme Anglade annonce une tournée de consultation à travers la province, afin d’aller à la rencontre des militants et des citoyens. Pas moins de dix thèmes seront alors proposés. L’aspirante compte bien s’inspirer des commentaires reçus pour mettre la prochaine plateforme libérale à la hauteur de ces attentes.

Le lancement de cette tournée explique également pourquoi Mme Anglade tenait à organiser sa conférence d’information en région plutôt que dans son comté.

«Les gens de ma circonscription me connaissent», sourit-elle. «Ils savent très bien quel genre de personne je suis. (...)Au-delà des belles paroles, de dire qu’on veut être dans les régions, il faut le démontrer. C’est ce que nous faisons aujourd’hui.»

Appuis

Mme Anglade a été accueillie par une quarantaine de militants provenant d’un peu partout à travers le Québec. Pendant son allocution, elle était entourée de ses collègues Hélène David, Kathleen Weil, Monique Sauvé, David Birnbaum, Saul Polo et Frantz Benjamin. 

La présence de l’ex-ministre des Finances Carlos J. Leitao, dont l’intérêt pour la succession de Philippe Couillard était pressenti par certains analystes, n’est également pas passée inaperçue. Dans son esprit, il ne renonce à rien en se présentant aux côtés de sa collègue.

«J’avais déjà dit, au début octobre, qu’il nous fallait une leader d’une autre génération», fait-il remarquer.

Les ex-députés Pierre Giguère, Jean Boucher, Paul Busque et Henri-François Gautrin ont également signifié leur appui par leur présence, en plus de confirmer leur participation à la tournée annoncée par la candidate.

Mme Anglade a sommairement énuméré, avec passion, les enjeux qui l’animeront au cours des prochains mois. Reste à savoir si les militants libéraux partageront le même enthousiasme à l’idée de porter une première femme à leur tête, d’origine autre que la majorité caucasienne de surcroît. D’ailleurs, l’équipe de communication de la candidate met son prénom bien en évidence, sans doute pour établir une certaine familiarité dès le départ.

«Dans les trois dernières années, j’ai eu l’opportunité de faire la tournée de toutes les régions du Québec», explique Mme Anglade. «Les gens veulent avant tout des leaders rassembleurs, à l’écoute et capables de prendre ce qui est dit et de passer à l’action. C’est ce que les gens recherchent, au-delà de savoir si c’est un homme ou une femme, ou la couleur de la peau.»

Le Parti libéral du Québec doit lancer officiellement sa course à la direction à l’automne et le choix du prochain chef est prévu au printemps 2020. 

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LAÏCITÉ: DOMINIQUE ANGLADE EST PRÊTE À REVOIR LA POSITION DU PLQ

À peine lancée dans la course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade veut revoir la position du parti sur la laïcité, mais ses partisans ne sont pas tous d'accord avec elle.

La nouvelle loi du gouvernement Legault sur la laïcité a été adoptée récemment, mais Mme Anglade est prête à relancer le débat avec les militants, même si cela lui avait pourtant déjà valu des reproches de certains de ses collègues.

Au lancement de sa campagne à la direction du parti jeudi matin à Shawinigan, Mme Anglade s'est néanmoins affichée avec l'appui de sept élus du caucus sur 29: Carlos Leitao, Hélène David, Kathleen Weil, Monique Sauvé, David Birnbaum, Saul Polo et Frantz Benjamin.

À la question d'un journaliste pour savoir si elle allait ramener le parti au compromis Bouchard-Taylor, elle a répondu: «Pour la suite des choses, on va vouloir impliquer les militants dans des débats et des échanges».

Parmi les partisans qui l'appuient dans la course et qui étaient présents jeudi, l'ancien député libéral d'Ungava, Jean Boucher, battu au scrutin d'octobre 2018, est quant à lui plutôt réfractaire. Il a en quelque sorte lancé une mise en garde.

«Je pense que le débat est fait, la loi est passée, a-t-il dit en entrevue avec La Presse canadienne. Moi, je ne serais pas (favorable à l'idée) d'arriver au pouvoir et défaire ce qui a été fait, on va vivre avec ça. On va voir comment les Québécois se positionnent avec ça.»

L'opposition officielle libérale a voté unanimement contre le projet de loi 21 du gouvernement Legault sur la laïcité de l'État, adopté par bâillon récemment, mais quant à savoir ce que le PLQ propose, il y a divergence au sein des troupes.

La laïcité est un enjeu pénible pour le Parti libéral. L'ancien gouvernement de Philippe Couillard avait fait adopter une loi pour que les services gouvernementaux soient donnés et reçus à visage découvert.

Cependant, elle était loin du compromis recommandé par la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables: interdiction des signes religieux pour les personnes en situation d'autorité, telles que les juges, les gardiens de prison et les policiers. Le gouvernement caquiste a repris cette position, en l'étendant aux enseignants.

Au conseil général du PLQ en mai, Mme Anglade avait entrouvert la porte à un débat, mais elle avait été critiquée notamment par la députée Marwah Rizqy et l'ancien ministre Pierre Moreau, qui lui reprochaient de renoncer à la défense des droits fondamentaux.

«C'est aux membres à voir si on veut d'autre chose», a pour sa part lancé Pierre Giguère, l'ancien député libéral de Saint-Maurice, venu appuyer Dominique Anglade au lancement de sa campagne.

Il est donc d'accord pour qu'on révise la position du PLQ sur la laïcité. Selon lui, la plupart des citoyens ne connaissent pas la nouvelle loi sur la laïcité, de toute façon, alors autant refaire le débat.

«C'est sûr qu'on n'aura pas le choix d'y toucher, a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse canadienne. Il faut que ça soit clair.»

Et le parti doit le faire plus tôt que tard, sinon il risque de se faire piéger en campagne électorale par la CAQ qui va brandir cette question à quelques jours du vote.

Il redoute que la laïcité devienne l'enjeu clivant qui va décider du vote, comme l'indépendance l'était pour le PLQ contre le Parti québécois. M. Giguère, qui est éleveur de bovins, a conclu sur une métaphore adressée à sa candidate.

«Chez moi, il y avait des "trous de bouette" au printemps, je n'ai pas fait exprès pour passer là, j'ai fait le tour. Essaie de passer un drain, sors l'eau, et règle le trou pour l'année suivante. Mais c'est la même chose: Dominique (Anglade), il y a un gros trou, faut poser un drain, sortir l'eau, le parti, c'est ça. Après, on va passer sur le terrain qui va être solide et sec.»

Le PLQ est au plus bas dans les sondages et Mme Anglade affirme qu'elle veut «rebrancher le parti au Québec».

Elle se lancera dans une tournée de consultations des membres, mais aussi des sympathisants, l'automne prochain.

Patrice Bergeron, La Presse canadienne