Selon le Centre Cyber-aide, à Québec, des jeunes utilisateurs de Musical.ly se mettent en petit groupe et dénigrent une personne en écrivant plusieurs commentaires désobligeants ou carrément méchants sous sa vidéo.

Alerte au dénigrement des enfants sur Musical.ly

Plusieurs jeunes québécois ont pris l'habitude de filmer leurs prestations de chant ou de danse et de les publier Musical.ly, un réseau social qui connaît une progression fulgurante. Sauf que les cas d'intimidation et de dénigrement s'y multiplient.
Cathy Tétreault, directrice générale du Centre Cyber-aide, à Québec, entend de plus en plus parler de cette application dans les ateliers qu'elle donne dans les écoles primaires et secondaires. «C'est vraiment en vogue. Quel enfant ne veut pas chanter, danser ou devenir une star? Cette application comble ce besoin-là», explique-t-elle.
Sauf que ces petits spectacles inoffensifs en apparence sont publiés dans un espace public où ils peuvent être vus de tous les utilisateurs de Musical.ly, à moins de sélectionner des paramètres privés. Mme Tétreault raconte que parfois, les jeunes utilisateurs se mettent en petit groupe et commencent à dénigrer une personne en écrivant plusieurs commentaires carrément méchants sous sa vidéo. 
«Ça fait deux ou trois semaines que c'est plus intense. Encore hier (mardi), j'en ai entendu parler dans mes ateliers de prévention. C'est la course aux «j'aime», mais les enfants ne pensent pas que ça peut aussi amener des dérives et des moqueries», exprime Mme Tétreault. 
L'intervenante a été surprise de constater que des enfants aussi jeunes qu'en 2e année du primaire utilisaient l'application. Pourtant, celle-ci est interdite aux moins de 13 ans. 
Populaire aussi dans les écoles secondaires et jusqu'à l'université, l'application est alors souvent utilisée pour publier des vidéos où les prestations de danse deviennent plus lascives et dénudées chez les jeunes filles. «On retrouve encore là le phénomène de l'hypersexualisation, de la banalisation du corps de la femme», déplore Mme Tétreault.
Des exemples de prestations d'utilisateurs de Musical.ly
Comme découcher
L'intervenante ne croit pas que les parents doivent interdire à leurs jeunes l'utilisation de ce réseau social. Elle leur conseille toutefois d'être vigilants et de vérifier les vidéos qui y sont publiés. «Utiliser une nouvelle application, c'est comme si votre enfant vous demandait d'aller dormir à une nouvelle place. Il faut se renseigner et faire quelques vérifications avant», illustre-t-elle. 
Le Centre Cyber-aide a également dénoncé il y a quelques semaines l'application Yellow, une sorte de Tinder très populaire auprès des jeunes de 13 à 18 ans. Yellow permet de faire des rencontres, amicales ou amoureuses, mais certains en profitent pour demander des photos nues ou échanger des sextos. 
«On ne peut pas tout contrôler, tout interdire. Il y aura toujours de nouvelles applications. Ce qu'il faut, c'est plutôt développer le jugement critique des jeunes et leur montrer que tout ce qu'ils publient n'est jamais totalement privé», explique Mme Tétreault. Elle conseille aux parents de s'asseoir avec leur progéniture de temps en temps pour faire un décompte de ce qu'ils utilisent comme applications et vérifier les paramètres des comptes. 
Depuis 2011, le Centre Cyber-aide donne des ateliers aux enfants et des conférences aux parents dans des dizaines d'écoles des régions de Québec et de la Chaudière-Appalaches.
100 millions d'utilisateurs
Créé en 2014, Musical.ly compte maintenant 100 millions d'utilisateurs à travers le monde. En 2016, le réseau social s'est aussi lancé dans la vidéo en direct avec live.ly. Sur son site web (https://musical.ly), l'application propose de l'information pour les parents qui veulent surveiller les vidéos produites par leurs enfants et demande de dénoncer tout comportement inapproprié. Il édicte aussi certaines règles, comme l'interdiction de publier du contenu explicite ou de la nudité et l'interdiction d'intimider, de harceler ou de manquer de respect à un autre utilisateur, sous peine de voir son compte supprimé.