Akena lohamba okoko
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Akena Lohamba Okoko: travelling man

Alain Bouchard
Alain Bouchard
Le Soleil
Une petite cuiller fait office de clenche pour ouvrir la porte du repaire. «Ainsi, dit Okoko, un peu tout le monde a la chance de se sentir un jour pamplemousse!»
Bienvenue dans le «poste de résistance de la bonne vib»! Vib pour vibration. C'est ainsi qu'Akena Lohamba Okoko définit le lieu. «Là où la bonne énergie circule», poursuit-il, le ton enjoué.
Akena Lohamba Okoko, KenLO de son nom de rapper, se définit comme un travelling man. «Je suis à Québec maintenant. Demain, je ne sais pas.» Son père Onekanda Okoko avait commencé le grand voyage avant lui, en immigrant du Congo à Québec, à l'époque où la démarche était aussi rare qu'héroïque.
Ce père a eu Akena et trois autres garçons avec Micheline-Marguerite Massicotte. Ce qui fait dire à ce demi-Black de 24 ans : «Vous voyez, quand les skin heads veulent me péter la tête, ils s'attaquent à leur cousin. Je suis descendant de l'ancêtre Jacques Massicot, démontre ma généalogie.»
Akena voit le jour à Sainte-Foy. Mais son quartier n'est pas géographique, il est socioculturel. Il va partout où il retrouve ses frères noirs ou mulâtres. Il est considéré comme un élève à problèmes jusqu'au milieu du secondaire où ses talents de basketteur font oublier beaucoup de choses.
Il s'en retrouve même un jour à étudier chez lui à la chandelle tout en étudiant au Petit Séminaire de Québec ; comme quoi il faut se méfier des apparences à propos des écoles privées. Hydro coupe le courant à son papa subitement et passagèrement devenu chômeur, alors qu'une quelconque fondation paie les études de l'étoile du panier.
Capharnaüm
Basket et rap, même combat. La gestuelle, le rythme, les soubresauts et les saccades les rapprochent. Il passe quatre étés à jouer du ballon tous les jours, alors qu'il joue aussi de la trompette et des percussions avec ses frères dans le sous-sol de la maison du quartier Sainte-Geneviève. À 13 ans, il donne son premier spectacle dans un bar plus ou moins clandestin du centre-ville de Québec. Il est la voix du band.
Le bric-à-brac, ou capharnaüm, comme vous voulez, dans lequel il raconte tout cela abrite un studio de musique avec cabine d'enregistrement. Trois colocs occupent officiellement l'appartement. Mais le va-et- vient est continuel dans ce surprenant dernier étage du coin Cartier-Fraser, en Haute-Ville de Québec. Toutes sortes de jeunes musiciens-chanteurs y viennent utiliser le studio, moyennant une contribution financière.
Un tas de chaussures gisent pêle-mêle sur le plancher. Une laveuse et une sécheuse sont installées au beau milieu du hall d'entrée. Toutes sortes d'objets hétéroclites sont empilés dans le tambour. Les chambres ressemblent à tout sauf à des chambres. Une chatte y perdrait ses petits.
Mais Okoko n'y perd pas ses paroles de rapper. Il les connaît si bien qu'il ne les écrit nulle part, ou à peu près. Il chante sa mère Micheline-Marguerite. Dans une autre composition, il glisse son numéro de téléphone en espérant que sa première blonde Eva Fisher le rappelle.
«J'ai plus peur de la police que des skins», dira-t-il en m'interprétant un passage où il parle d'une arrestation de routine absolument non fondée, simplement parce qu'il est Noir et qu'il marche dans la rue tard le soir. «Les skins portent un uniforme ennemi, explique-t-il. Alors qu'en principe, la police porte un uniforme ami.»
Culte de la femme
Après avoir aussi fréquenté l'école secondaire du Mont-Saint-Sacrement, grâce au basket toujours, Akena s'inscrit au Cégep de Sainte-Foy. Il maîtrise très bien le français écrit et parlé, et aimerait s'y mettre à plein temps. Mais il doit placer les sciences pures à son agenda sous la pression des parents. «J'aimais l'école, dit-il. Mais je n'y trouvais pas ce que je cherchais.»
Une année de psychologie à l'Université Concordia et des morceaux de différents programmes à l'Université Laval ne lui apportent pas davantage de réponses. «J'aurais voulu mixer la philosophie pure avec la musique. Mais ça n'existe dans aucun programme scolaire. Si je veux découvrir les connaissances de la vie à 360 degrés, je ne vais pas le faire à l'université. Mes mentors ne sont pas là.»
- As-tu une blonde?
- Oui, depuis ce matin, répond-il de but en blanc.
Mais il ne va pas se limiter à quatre mots sur un si grand sujet. «La nature de l'homme est dans la femme, dit-il. J'ai un grand culte de la femme. Le seul vrai mariage humain est celui de la chair.»
KenLO, acronyme d'AKENa et LOhamba, fait partie du groupe Movèzerbe, avec huit autres musiciens tentacules, illustre-t-il pour expliquer la mouvance du groupe. Celui-ci fait ceci avec celui-là. Celui-là fait cela avec un ou d'autres, etc.
Il est arrivé en juillet sur l'avenue Cartier. Il revenait à peine de Cuba. Il partira à Marseille en novembre. Toujours pour la même chose : la rencontre. «Mon approche de musique repose sur la conversation, dit-il. La seule chose qui m'intéresse, c'est de raconter quelque chose. J'ai un énorme sentiment d'ultimatum. Et je sens que la réponse au désarroi de l'humanité ne sera pas politique. Elle sera artistique.»