Le palais de justice de Québec
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Agression haineuse ou geste de «gars soûl»

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Louis Fernandez a-t-il battu un client en raison de son idéologie fasciste ou tout simplement parce qu’il était soûl?

Les positions de la Couronne et de la défense étaient à des années-lumière mercredi, à l’occasion des représentations sur la peine de Louis Fernandez, 25 ans, sympathisant du groupe d’extrême-droite Atalante. L’homme a plaidé coupable à des voies de fait ayant causé des lésions sur un client du bar Lvlop, au centre-ville de Québec.

Aux petites heures du matin le 15 décembre 2018, Louis Fernandez, les cheveux rasés, vêtu d’habits de type paramilitaire et de bottillons noirs, s’est approché d’un client en lui demandant s’il était un «antifa».

Le client répond oui. Un ami de Fernandez donne un premier coup de poing au client. Louis Fernandez va ensuite le projeter au sol. Quand la victime veut se relever, Fernandez lui donne un violent coup de pied au visage.

Les agresseurs laissent le client étendu, avec le visage ensanglanté et un léger traumatisme crânien. Louis Fernandez est arrêté non loin de là. 

Dans ses poches, les policiers ont trouvé une bonbonne de poivre de cayenne et un autocollant du groupe Atalante.

Avant de plaider, le procureur de la Couronne Me Matthieu Rochette a pris soin de déposer à la cour une définition académique de l’idéologie fasciste. 

Aux yeux du représentant du ministère public, le caractère haineux est le principal facteur aggravant du crime commis par Louis Fernandez. En proposant une détention de 15 mois comme peine, le procureur de la Couronne invite le tribunal à envoyer un message à tous les groupes radicaux qui peuvent «menacer les piliers de notre société démocratique».

L’avocat de la défense MBenoît Labrecque a une vision bien différente de son client et de l’agression. «Monsieur n’est pas un extrémiste radical, insiste Me Labreque. C’est quelqu’un qui a eu des comportements stupides un soir où il était soûl.»

L’accusé est repentant et a commencé à se faire traiter pour un problème d’agressivité, dit la défense.

Selon la défense, la peine appropriée serait une période de 90 jours à être purgée de façon discontinue avec un don et des travaux communautaires si le tribunal le juge approprié.

Presque deux ans après l’agression, la victime de Louis Fernandez souffre du syndrôme de choc post-traumatique en plus d’avoir des douleurs continues au cou. 

Le jeune homme de 24 ans dit s’être senti forcé de quitter Québec, sa ville natale. «J’adorais cette ville; maintenant, elle me dégoûte», écrit-il dans sa déclaration. 

La juge Réna Émond de la Cour du Québec rendra sa décision sur la peine en décembre.