Pour le maire de Québec Régis Labeaume, la saison des paquebots est courte et ne cause pas de problème.

Afflux de touristes: «tout le monde est heureux qu’on ait du succès», dit Labeaume

Il n’y a pas trop de touristes en ville, même lorsque les navires de croisière déversent des dizaines de milliers de visiteurs en quelques jours dans les rues du Vieux-Québec, évalue le maire Régis Labeaume.

L’élu repousse donc la critique d’un hôtelier installé à deux pas du Château Frontenac qui juge que la cité a atteint son point de saturation

Trop de touristes nuit à la qualité de l’expérience des vacanciers, avance Romuald Georgeon, copropriétaire depuis cinq ans du Château Fleur de Lys.

«C’est la première fois que j’entends ça», rétorque le maire Labeaume. Il n’y a pas un commerçant qui m’a parlé de ça dans les dernières années. Tout ce que j’entends c’est que le monde est euphorique, le monde est heureux de pouvoir faire du commerce en septembre et en octobre en dehors de la vraie saison touristique.»

Les fortifications sont capables de contenir l’afflux, selon lui. D’autant plus que la saison des paquebots est courte : «Les croisiéristes, en passant, c’est quoi, c’est un mois et demi. Ce n’est pas 12 mois par année. Alors quand on a du succès, moi je pense que tout le monde est heureux qu’on ait du succès.»

La capitale a connu le pic de sa saison des croisières durant la longue fin de semaine de l’Action de grâces. Une vingtaine de navires, logeant plus de 50 000 passagers et membres d’équipage, ont fait escale au port, dont quelque 14 000 samedi seulement.

Romuald Georgeon, du Château Fleur de Lys, assure que certains de ses clients se plaignent quand les rues sont bondées. «Essayer de battre tous les ans des records de bateaux à quai en une seule journée dans un centre-ville tout petit qui n’est ni prêt, ni conçu pour cela est une aberration, un manque d’empathie envers nos visiteurs, pour ne pas dire un gros manque de vision à long terme», évalue-t-il. «Si les responsables du port se félicitent de ce genre de record, ils devraient aussi s’intéresser au ressenti des croisiéristes et surtout à celui des autres touristes qui voyagent chez nous.»

Plus tôt dans la saison, Nature Québec dénonçait quant à elle la pollution générée par les navires accostés. Pollution sonore et pollution de l’air des moteurs roulant en tout temps, même à quai, pour assurer le fonctionnement du navire, rapportait Ici Radio-Canada.

De son côté, Eau secours redoute les impacts de la présence d’un nombre grandissant de navires dans le Saint-Laurent sur les mammifères marins et craint l’introduction d’espèces envahissantes dans l’écosystème.

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CROISSANCE DES CROISIÈRES: UN CONSENSUS SELON LE PORT

Bien que la fin de semaine dernière ait été exceptionnelle quant au nombre de navires de croisières et de passagers présents dans la capitale, le Port de Québec rappelle que ce n’est pas nouveau et qu’il y en a «une à chaque année depuis au moins cinq ans» qui génère un très fort achalandage dans le Vieux-Québec.

Interrogée au lendemain de la sortie dans Le Soleil d’un hôtelier qui déplorait le «tourisme de masse» généré par la présence de croisiéristes par dizaines de milliers dans la vieille ville, la porte-parole du Port de Québec Marie-Andrée Blanchet signale que l’ensemble des intervenants du milieu touristique a donné son appui à la croissance de l’industrie des croisières. «Nous avons organisé un forum en 2014 où nous avons demandé : veut-on continuer de faire croître l’industrie des croisières à Québec? La réponse de tous les intervenants présents, c’était “oui”.»

Mme Blanchet ajoute que les embarquements et débarquements de navires dans la capitale représentent une manne pour l’industrie touristique, car un croisiériste qui commence ou termine son voyage à Québec y dépensera près du triple (339 $ par personne) qu’un croisiériste en escale (116 $).

Fort de «la plus haute cote d’amour» au pays — Québec a été réélue en 2017 meilleure destination croisières aux États-Unis et au Canada par les croisiéristes sur le site Cruise Critic —, le Port de Québec maintient un objectif d’accueillir 400 000 passagers d’ici 2025 dans la capitale. Ce nombre se chiffrait à 201 000 pour la saison 2017.

L’ajout d’un deuxième terminal de croisières au quai 30, derrière les silos de la Bunge, permettra d’accueillir des navires de plus de 4000 passagers, ce qui devrait désengorger un peu le secteur de la Pointe-à-Carcy, indique Mme Blanchet. Ce nouveau terminal doit être prêt en 2020.

Quant à la saison 2019, elle devrait être similaire à cette année avec quelques navires en été, dès le mois de mai, et une concentration en septembre et octobre. Le Port indique que des efforts sont faits pour attirer davantage de croisières en été et en hiver, mais rappelle que la capitale fait partie d’un «itinéraire global» qui compte plusieurs escales.  Raphaëlle Plante