Le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, à sa sortie de Rideau Hall, lundi, après avoir assermenté la nouvelle présidente du Conseil du trésor Joyce Murray.

Affaire SNC-Lavalin: le greffier du Conseil privé prend sa retraite

OTTAWA — Jugeant qu'il lui est impossible d'avoir une relation de confiance et de respect mutuels avec les chefs de partis d'opposition, le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, a annoncé lundi qu'il allait prendre sa retraite.

Le bureau du premier ministre en a fait l'annonce lundi, par communiqué, indiquant que M. Wernick quittera son poste au terme de près de 38 ans de services au sein de la fonction publique.

Ian Shugart a été désigné pour lui succéder. Celui qui est actuellement sous-ministre des Affaires étrangères assumera ses nouvelles fonctions au cours des prochaines semaines, précise-t-on.

Dans une lettre annonçant son intention au premier ministre Justin Trudeau, M. Wernick explique vouloir se retirer de la fonction publique avant le déclenchement des prochaines élections.

«Les événements des dernières semaines m'ont amené à conclure que je ne pourrai agir en tant que greffier du Conseil privé et secrétaire du cabinet durant la prochaine campagne électorale», écrit-il dans sa lettre.

Michael Wernick faisait partie des témoins attendus devant le comité permanent de la justice, alors qu'il a dû répondre à des allégations de l'ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould voulant qu'il ait fait pression sur elle pour que cesse une poursuite contre la firme d'ingénierie montréalaise SNC-Lavalin.

Le plus haut fonctionnaire du gouvernement avait affirmé, le 21 février dernier, que Mme Wilson-Raybould n'avait pas subi de pression inappropriée lors d'une conversation qu'ils avaient eue, en décembre dernier.

M. Wernick avait déclaré qu'il avait seulement fourni des informations contextuelles évoquées dans les médias entourant les conséquences que pourrait avoir un procès pour la firme d'ingénierie québécoise sur ses employés, fournisseurs ou retraités. Il a soutenu que son intervention avait eu lieu «dans les limites» de ce qui est «légal et approprié».

Sa version des faits venait largement appuyer celle de Justin Trudeau.

Le greffier du Conseil privé avait également fait vivement réagir l'opposition en se disant préoccupé par la possibilité que la rhétorique acerbe de certains politiciens ne mène à un assassinat au Canada. Ces propos avaient fait sursauter le député néo-démocrate Charlie Angus, qui avait réclamé sa démission.

M. Wernick a maintenu son témoignage lorsqu'il est repassé devant le comité, près de deux semaines plus tard, pour répondre aux propos présentés par l'ex-ministre Wilson-Raybould lorsqu'elle a elle-même témoigné.

«Il est essentiel que durant la période électorale, le greffier soit considéré par tous les partis politiques comme étant impartial, surtout dans un contexte où de l'interférence étrangère aurait eu lieu», affirme M. Wernick dans sa lettre à M. Trudeau.

«C'est pourquoi je souhaite renoncer à ces responsabilités avant les élections. Il est primordial que les Canadiens continuent de croire en la non-partisannerie de leur fonction publique et qu'ils soient assurés que celle-ci leur offre un service excellent ainsi qu'au gouvernement qu'ils auront élu.»

Michael Wernick occupe le poste de greffier du Conseil privé depuis 2016.

Conseillère spéciale

«J'aimerais remercier Michael Wernick pour ses années de service auprès de la fonction publique, auprès du peuple canadien. Je reconnais que depuis trois ans et demi on a accompli beaucoup en tant que gouvernement. C'est en grande partie à cause de Michael et du service public extraordinaire qui nous a aidés, nous a entourés», a déclaré Justin Trudeau tout juste avant le début de la période de questions.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, qui faisait son entrée aux Communes après son élection dans une partielle il y a quelques semaines, a de son côté réitéré sa demande pour une enquête publique dans l'affaire SNC-Lavalin.

«À ce moment, c'est plus que jamais clair qu'on a besoin d'une enquête publique avec l'indépendance d'un juge», a-t-il martelé.

Le premier ministre a plutôt annoncé en Chambre la nomination d'Anne McLellan à titre de conseillère spéciale en vue d'examiner les questions qui ont été soulevées sur la relation entre le gouvernement fédéral et les fonctions du ministre de la Justice et procureur général du Canada.

Mme McLellan devra fournir des recommandations indépendantes au premier ministre d'ici le 30 juin 2019, précise-t-on dans le communiqué annonçant sa nomination.

La nouvelle conseillère étudiera la structure en place depuis la Confédération en vertu de laquelle un seul ministre occupe les fonctions de ministre de la Justice et de procureur général du Canada. Elle devra déterminer si des changements à l'appareil gouvernemental ou aux lois devraient être recommandés ou non.

Elle analysera également les politiques et pratiques opérationnelles en vigueur au sein du conseil des ministres ainsi que le rôle du personnel politique et des fonctionnaires dans leurs échanges avec le ministre de la Justice et procureur général du Canada.

«Les Canadiens s'attendent non seulement à ce que le gouvernement soit ouvert et transparent, mais aussi à ce qu'il travaille constamment pour rehausser la barre. Le travail de Mme McLellan sera une étape importante en ce sens», a déclaré M. Trudeau par communiqué.