Le président de l’Assemblée nationale Jacques Chagnon a prononcé un discours mardi à l'Assemblée nationale.

Affaire Ouellette: Moreau fait bande à part

Votant pour la première fois différemment de son chef Philippe Couillard, le ministre Pierre Moreau a pris ses distances mercredi par rapport au discours prononcé la veille par Jacques Chagnon, président de l’Assemblée nationale.

Tous les députés ont appuyé en chambre une motion déposée par le Parti québécois visant à saluer ce «discours historique». Tous, sauf M. Moreau, qui s’est abstenu.

«On politise un débat qui est essentiellement dans les mains du système de justice», déplore-t-il. Le ministre des Ressources naturelles soutient qu’il faut laisser le temps aux autorités de faire la lumière sur l’arrestation du député Guy Ouellette. «Laissons les gens faire leur travail et on va l’avoir, la vérité à la fin», croit-il. 

M. Moreau dit avoir «confiance dans la police» qui «n’a pas agi de façon illégale» lors de l’arrestation la semaine dernière de son ex-collègue libéral, devenu indépendant. Aucune accusation n’a toutefois encore été déposée contre M. Ouellette. 

M. Moreau affirme qu’il ne «lance pas de pierre» à M. Chagnon, qui, dans son discours du 31 octobre, s’est fait le défenseur de tous les députés de l’Assemblée nationale. 

Mais lorsque M. Chagnon a servi un avertissement à l’Unité permanente anticorruption (UPAC), demandant des accusations ou des excuses, M. Moreau a tiqué. Car ce n’est pas à l’UPAC de porter des accusations, mais bien au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), plaide le ministre. 

M. Moreau trouve également exagéré que M. Chagnon ait parlé de «dérives totalitaires». «Sur les éléments liés à une société totalitaire, je ne pense pas que le Québec soit une société totalitaire.»

Un discours qui tranche avec celui de ses collègues libéraux, qui disent avoir apprécié l’allocution de M. Chagnon. 

À la suite de cette abstention, François Legault, chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), a soutenu que Couillard avait «perdu le contrôle de son caucus». Amir Khadir, député de Québec solidaire, a quant à lui affirmé qu’il n’était pas surpris, étant donné que M. Moreau était ministre sous l’ex-premier ministre Jean Charest, qui est aujourd’hui visé par l’enquête Mâchurer de l’UPAC. «M. Moreau a toujours été un vaillant soldat de Jean Charest.»

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SURVEILLANCE DE L'UPAC: LE QUÉBEC SERA UN MODÈLE, SOUTIENT COITEUX

Le gouvernement libéral s’engage à mettre en place un mécanisme de surveillance de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) qui fera du Québec «un modèle en la matière», soutient le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux.

Le gouvernement Couillard n’a pas dit oui tout de suite à la motion de la Coalition avenir Québec, qui demandait la création d’un tel comité de surveillance de l’UPAC mercredi. Il veut prendre le temps d’examiner la situation «avec prudence» avant d’arriver avec sa propre proposition. «On a l’intention, nous, d’aller dans la direction de ce qui se fait de mieux dans le monde entier pour superviser ou encadrer ce que fait l’UPAC», a soutenu le premier ministre Philippe Couillard. 

Le premier ministre a tenu à répéter l’attachement qu’il a envers Guy Ouellette, le député libéral qui est devenu indépendant la semaine dernière, à la suite de son arrestation par l’UPAC, en lien avec une possible fuite de documents. «On aime Guy Ouellette. On a combattu politiquement avec Guy Ouellette. Il fait partie de notre équipe», a soutenu M. Couillard. 

Il n’a toutefois pas posé de geste concret au cours de la journée qui aurait pu permettre un déblocage ou des avancées dans cette affaire. Ce que lui ont reproché les partis d’opposition, qui parlent d’une crise de confiance de la population envers les institutions. «Il y a une tempête et le premier ministre refuse de tenir le gouvernail», a lancé François Legault, le chef de la CAQ. 

Les libéraux ont également bloqué une proposition du Parti québécois en fin de journée. Soit celle de nommer le commissaire de l’UPAC, un poste actuellement occupé par Robert Lafrenière, après avoir reçu l’aval des deux tiers de la chambre. M. Couillard a fait valoir que cette prérogative appartenait au gouvernement et qu’il en était ainsi dans plusieurs pays. «C’est une fausse bonne idée.»