La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc

Affaire Guy Ouellette: la vérificatrice générale enquêtera

Les multiples allégations véhiculées par les médias depuis l’arrestation du député Guy Ouellette forcent le gouvernement à agir. La vérificatrice générale enquêtera sur les pratiques de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), alors que le projet de loi 107, qui doit donner plus de pouvoirs à l’UPAC, est mis sur la glace.

Trois ministres ont annoncé ces mesures en fin de journée lundi. Le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux a soutenu que «ce sont des allégations qui sont graves» et que la confiance que les Québécois portent à leurs institutions peut être «mise à rude épreuve». 

La vérificatrice générale Guylaine Leclerc aura la latitude «de soulever toute irrégularité potentielle» sur les pratiques de l’AMF et de l’UPAC, indique M. Coiteux. 

Mme Leclerc devra se pencher spécifiquement sur ce que la sonneuse d’alerte Annie Trudel, qui entretient une relation personnelle avec M. Ouellette, a raconté au bureau d’enquête de Québecor. La vérificatrice générale devra valider si, comme le prétend Mme Trudel, il existe un stratagème qui lie l’AMF, l’UPAC et une firme de consultants, et qui ferait en sorte que les entreprises sont obligées de payer des centaines de milliers de dollars en honoraires avant d’avoir le droit de soumissionner pour des contrats publics. «La lumière doit être faite», soutient le président du Conseil du trésor Pierre Arcand. 

Son collègue Robert Poëti, nouveau ministre délégué à l’Intégrité des marchés publics, a quant à lui assuré qu’il créera rapidement l’Autorité des marchés publics. Ce sera bientôt l’entité responsable de délivrer les autorisations pour que les entreprises puissent faire affaire avec l’État québécois. 

Les allégations de collusion lancées par l’analyste Annie Trudel (photo) ont incité le gouvernement à demander une enquête de la Vérificatrice générale sur les pratiques de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Projet de loi sur la glace

Le ministre Coiteux a également annoncé qu’il met sur la glace les travaux parlementaires entourant le projet de loi 107, qui vise à donner plus de pouvoirs à l’UPAC et à rendre cette unité plus indépendante. «Indépendance ne veut pas dire absence de reddition de comptes», a averti le ministre, qui dit être en réflexion depuis un bon moment sur l’ajout d’un «mécanisme» qui permettrait de mieux surveiller les activités de l’UPAC et d’«assurer la confiance de la population». 

M. Coiteux n’a pas précisé quand il allait être en mesure de présenter un projet de loi 107 bonifié. «On va prendre le temps de bien faire les choses», a-t-il assuré. 

Le ministre Coiteux a affirmé toutefois qu’il n’y a «aucune raison de ne pas avoir confiance» en l’UPAC et son commissaire Robert Lafrenière. L’UPAC n’a pas réagi aux attaques dont elle a été la cible lundi. 

L’Autorité des marchés financiers s’est quant à elle défendue et a nié, dans un communiqué de presse «toute allégation de collusion». «Ces allégations sont non seulement fausses et d’une totale gratuité, mais elles entachent la réputation et l’intégrité de l’ensemble du personnel de l’Autorité».

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GUY OUELLETTE SOUTIENT QU'ON VEUT LE MUSELER

Guy Ouellette pourrait profiter de l’immunité parlementaire que lui procure son statut de député pour faire une déclaration en Chambre cette semaine et régler ses comptes avec l’UPAC.

L’ex-député libéral Guy Ouellette affirme que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) tente de toutes les manières de le museler.

L’ancien policier pourrait profiter de l’immunité parlementaire que lui procure son statut de député pour faire une déclaration en Chambre cette semaine et régler ses comptes avec l’UPAC. Tout ce que déclare un député à l’intérieur des murs du parlement est soustrait à d’éventuelles poursuites judiciaires.

De son côté, l’opposition péquiste déposera une motion en Chambre mardi pour réclamer que le député Ouellette, devenu indépendant, et le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, viennent témoigner devant la Commission des institutions, pour faire la lumière sur les événements récents.

La Coalition avenir Québec et Québec solidaire réclament aussi d’entendre les acteurs de cette histoire fertile en rebondissements.

«Je dérange»

«Je dérange», a commenté M. Ouellette, en parlant des dirigeants et enquêteurs de l’UPAC, dans une entrevue à l’animateur Bernard Drainville du réseau Cogeco. M. Ouellette y affirme qu’il s’était «réfugié» dans les bureaux de Cogeco pour échapper à la filature des limiers de  l’UPAC.

Dans cette entrevue, il nie formellement être la source ayant transmis des informations sur l’enquête Mâchurer à certains médias. Cette enquête de l’UPAC porte sur un possible financement illégal au Parti libéral du Québec, à l’époque où Jean Charest en était le chef.

M. Ouellette affirme aussi que le gouvernement Couillard s’est senti forcé de renouveler le mandat du commissaire Lafrenière en 2016. En conférence de presse, le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux nie le tout. «Le gouvernement n’a pas été intimidé dans ses décisions». Le ministre soutient que son gouvernement continue d’assumer pleinement» cette décision.  La Presse Canadienne et Patricia Cloutier

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CHRONOLOGIE

25 octobre

Le député Guy Ouellette est arrêté par l’UPAC pour abus de confiance et entrave à la justice. Aucune accusation n’est portée. 

26 octobre

Guy Ouellette se retire du caucus du gouvernement libéral, le premier ministre Couillard se dit «sous le choc». 

27 octobre

Guy Ouellette donne une entrevue au FM 98,5 de Montréal où il défend sa réputation et accuse l’UPAC d’intimidation. L’entrevue est diffusée le 30 octobre. 

30 octobre

La sonneuse d’alerte Annie Trudel, proche de M. Ouellette, soutient en entrevue à Québecor qu’un stratagème de collusion lie l’AMF, l’UPAC et une firme de consultants.