Le commissaire Robert Lafrenière dit comprendre la population d’être troublée et de se poser des questions cette semaine. Toutefois, il dit que son équipe mène une enquête sur des fuites de document, une enquête qui est toujours en cours.

Affaire Guy Ouellette : l’UPAC se défend

L'Unité permanente anticorruption (UPAC) résiste aux pressions politiques et rejette du revers de la main toutes les critiques formulées ces derniers jours relativement à l'arrestation récente du député Guy Ouellette.

Si des accusations sont portées dans ce dossier, elles seront déposées «en temps et lieu quand l'enquête sera complète», a dit avec fermeté le commissaire de l'UPAC, Robert Lafrenière, en conférence de presse, mardi en fin de journée.

M. Lafrenière indique ainsi qu'il n'a pas l'intention de se faire dicter sa ligne de conduite ou la façon de mener ses enquêtes, même si elles impliquent un député de l'Assemblée nationale.

Ne prenant aucun blâme, il a rappelé qu'il reviendrait au bout du compte au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de déposer ou non des accusations, à partir de la preuve montée par l'UPAC.

M. Lafrenière s'est dit convaincu que des accusations seront un jour portées en relation avec les fuites entourant l'enquête Mâchurer, ce qui est au coeur de l'histoire.

Il a confirmé que l'arrestation de M. Ouellette était en lien avec ces fuites survenues dans les médias dans ce dossier aux dimensions politiques évidentes.

L'enquête Mâchurer porte sur le financement possiblement illégal du Parti libéral du Québec (PLQ), à l'époque où Jean Charest en était le chef.

M. Ouellette a affirmé qu'il n'était pas l'auteur de ces fuites, alléguant que les soupçons de l'UPAC à son endroit étaient «sans fondement».

Le député s'expose à des accusations d'entrave à la justice. La diffusion illégale de documents reliés à une enquête policière est un geste «extrêmement grave», a rappelé le commissaire de l'UPAC, qui n'entend pas lâcher prise.

«Soulever chaque pierre»

Contrairement à ce que prétend M. Ouellette, lui-même un ancien policier, le directeur des opérations de l'UPAC, André Boulanger, a indiqué pour sa part que les méthodes utilisées lors de l'arrestation du député avaient respecté les règles en vigueur.

Il a nié avoir piégé M. Ouellette, comme ce dernier le prétend, nié aussi qu'il faisait l'objet d'une filature le jour de son arrestation et nié «avec véhémence» que le député ait pu faire l'objet d'intimidation de la part des enquêteurs de l'UPAC.

M. Boulanger a aussi affirmé avoir obtenu à l'avance toutes les autorisations requises d'un juge de la Cour du Québec pour procéder à l'arrestation du député, l'interroger et effectuer une perquisition à son domicile.

Il a promis de «soulever chaque pierre» pour mener à bien cette enquête.

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L'opposition reviendra à la charge

Les précisions apportées en fin d’après-midi mardi par le commissaire Robert Lafrenière confortent chaque camp politique dans ses positions. Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec réclament toujours d’entendre le patron de l’UPAC en commission parlementaire. Ils reviendront à la charge.

La situation «est à la fois grave et exceptionnelle», a déclaré mardi Philippe Couillard en parlant de l’arrestation du député Guy Ouellette. «Je n’aime pas voir ça», a dit le premier ministre avant d’inviter l’Unité permanente anticorruption à s’expliquer davantage — ce qu’elle a fait plus tard en journée.

«Un membre de l’Assemblée nationale, président d’une commission parlementaire, dont le mandat inclut la vérification d’un corps de police, est arrêté par ce même corps de police sans que des précisions aient été données sur les motifs de son arrestation», a résumé M. Couillard pour illustrer le côté inouï de la situation.

Quelques instants avant de faire sa déclaration au sujet de son arrestation par l’Unité permanente anticorruption, le député indépendant Guy Ouellette a été accueilli à l’Assemblée nationale par la députée de la CAQ Nathalie Roy.

Commission parlementaire

Ces propos tenus, et même si certains de ses propres députés voient cette perspective d’un bon œil, le premier ministre n’a pas accepté, mardi, que Guy Ouellette et Robert Lafrenière soient convoqués en commission parlementaire afin d’être interrogés par les parlementaires de tous les partis. C’est en vain que ceux de l’opposition en ont fait la demande.

Il serait inusité d’entendre dans une même instance une personne arrêtée et celle qui l’a arrêtée, estime le premier ministre. Il s’est appuyé sur la «séparation» devant exister entre les pouvoirs législatif et judiciaire.

La Coalition avenir Québec souhaite aussi entendre Annie Trudel en commission parlementaire. Mme Trudel, qui vit une relation personnelle avec le député Ouellette, a dénoncé l’existence d’un stratagème impliquant l’UPAC et l’Autorité des marchés financiers pour certifier des entreprises voulant obtenir des contrats publics.

L’AMF a vigoureusement nié que ce soit le cas. À la suggestion du gouvernement, la Vérificatrice générale du Québec enquêtera sur cet aspect du feuilleton politico-policier.

Intimidation?

Reprenant les propos de son ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, Philippe Couillard pense que le projet de loi 107 accordant plus de pouvoirs à l’UPAC doit être amendé. Il devrait comporter des mécanismes de reddition de comptes, de transparence et d’imputabilité, a-t-il fait valoir. Il n’avait jamais été question de ces amendements avant les récents événements.

«Le problème, ce n’est pas la reddition de comptes», soumet Amir Khadir, de Québec solidaire. C’est le fait que des enquêtes comme celle de Mâchurer, portant entre autres sur Jean Charest, «piétinent».

Les partis d’opposition réclament depuis longtemps que le patron de l’UPAC soit nommé avec l’appui des deux tiers des députés, et pas seulement par le gouvernement. Ce dernier refuse en brandissant les recommandations de la Commission Charbonneau.

Philippe Couillard a par ailleurs éludé les questions sur l’«intimidation» dont aurait fait preuve le patron de l’UPAC à l’égard du gouvernement, comme l’a affirmé Guy Ouellette en entrevue. Notamment en procédant à l’arrestation de l’ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau au printemps 2016 au moment où son premier mandat expirait, ce qui aurait en quelque sorte forcé la main au gouvernement.

M. Couillard a indiqué laisser chacun libre de faire ses propres analyses, tout en notant, tout de même, que son gouvernement avait reconduit M. Lafrenière dans ses fonctions afin de ne pas interrompre les enquêtes qui étaient en cours. Il sait tout le tollé qu’aurait provoqué à ce moment-là une décision de non-renouvellement du mandat de M. Lafrenière.

Le député Pascal Bérubé s’est interrogé sur les liens familiaux entre le patron de l’UPAC et celui de la Sûreté du Québec. Le second est le gendre du premier. «Il faut tout mettre sur la table», a affirmé l’élu péquiste.  Jean-Marc Salvet