Pour contrer les effets d’une précédente étude sur la réputation de l’aéroport international Jean-Lesage et ses gestionnaires, Aéroport de Québec inc. a décidé d’embaucher InterVISTAS, une firme internationale de consultation en aviation, fondée à Vancouver.

Aéroport de Québec: un consultant conclut à une saine gestion

L’aéroport de Québec ne doit pas être considéré comme un dernier de classe, mais comme un bon élève, selon un consultant embauché par le président et chef de la direction, Gaëtan Gagné, pour contrer un classement annuel où son administration fait mauvaise figure.

Aéroport de Québec inc. (AQi), la société privée qui gère les installations portuaires, en avait assez de fermer la marche des aéroports nord-américains dans le classement de l’Air Transport Research Society (ATRS), préparé par des chercheurs liés à l’Université du Maryland. Gaëtan Gagné a même déjà qualifié l’exercice comparatif de «bullshit».

Pour contrer ses effets sur la réputation de l’aéroport international Jean-Lesage et ses gestionnaires, AQi a donc décidé d’embaucher InterVISTAS, une firme internationale de consultation en aviation, fondée à Vancouver. 

Son économiste en chef, Michael Tretheway, était à Québec lundi pour livrer ses conclusions. «C’est mon opinion que les résultats [de l’ATRS] n’ont pas de crédibilité et devraient être ignorés et écartés», a-t-il lancé sans détour. À son avis, les lignes aériennes n’ont d’ailleurs pas d’intérêt pour ce benchmarking. 

Selon l’ex-professeur en logistique du transport de l’Université de Colombie-Britannique, l’étude de l’ATRS — dont il a élaboré les critères avant de s’en dissocier — compare des pommes et des oranges, car la taille des quelque 80 aéroports du classement nord-américain varie considérablement. Québec étant bien sûr parmi les plus petits du lot avec 1,6 million de passagers accueillis l’an dernier. 

M. Tretheway fait également ressortir que le rapport ignore des coûts que seuls les aéroports canadiens doivent assumer, comme le loyer à payer à Transports Canada et les taxes foncières. Et c’est sans compter la facture du déneigement, une particularité à Québec, deuxième aéroport le plus enneigé en Amérique du Nord. 

Mais surtout, le consultant pointe une erreur grossière, «une violation fondamentale de la théorie économique», soit le fait que les chercheurs de l’ATRS ne tiennent pas compte des investissements en capital avant de comparer les coûts variables des aéroports.

Or, Québec complète une deuxième phase d’agrandissement de ses installations en 10 ans. Ces investissements d’environ 350 millions $, l’économiste les juge justifiés et même «prudents» compte tenu de la croissance de l’achalandage, qui dépasse la moyenne canadienne tous les ans depuis 2001. 

Rappelant qu’il a travaillé avec une centaine d’aéroports dans le passé, M. Tretheway a déclaré que «la gestion doit être vue positivement» à Québec. Selon lui, les frais d’atterrissage et ceux refilés aux passagers sont corrects, tout comme les coûts d’entretien, de main-d’œuvre et de rémunération des dirigeants. 

Le sous-traitant a forgé son opinion à partir des rapports annuels et des informations fournies par l’administration aéroportuaire. Il n’a pas mis son nez dans les livres comptables. 

Gaëtan Gagné tout sourire

Le grand patron de l’aéroport était évidemment tout sourire aux côtés de son expert. «Je suis heureux ce matin qu’on puisse sortir de l’univers des perceptions pour rentrer dans l’univers des réalités», a-t-il commenté. «Nous avons toujours dit que cette étude était sans fondement et truffée d’erreurs fatales.»

Gaëtan Gagné a répété que les investissements dans les infrastructures ont augmenté la capacité de l’aéroport, stimulé la concurrence entre les lignes aériennes et «fait baisser les prix drastiquement sur certaines routes». 

Il s’est fait un plaisir de rappeler que l’aéroport de Québec est le «deuxième plus taxé sur le plan municipal». Dans la loi sur le statut de capitale nationale, le gouvernement du Québec s’est d’ailleurs avancé pour que l’impôt foncier soit ramené à la moyenne canadienne. 

M. Gagné a refusé net de dire combien la contre-étude a coûté. «Il n’y a pas de montant assez important pour protéger la réputation de l’entreprise», a-t-il martelé. 

UN EXPERT RESPECTÉ, MAIS BIAISÉ, SELON L’ATAC

Il aurait été surprenant qu’un expert payé par l’aéroport de Québec arrive à des conclusions qui lui sont défavorables, fait remarquer John McKenna, président et chef de la direction de l’Association du transport aérien du Canada (ATAC). 

Ses membres contestent le projet d’agrandissement en cours et son effet sur les frais d’amélioration aéroportuaires payés par les voyageurs. À 35 $ par billet au départ de Québec, ils sont parmi les plus élevés au Canada. 

Les transporteurs aériens ont aussi critiqué la gestion de l’aéroport en se basant notamment sur le travail de l’ATRS. M. McKenna convient que Michael Tretheway est un spécialiste respecté, mais souligne aussitôt que le consultant est souvent employé par le Conseil des aéroports du Canada, dont Gaëtan Gagné est directeur. 

«Ça m’aurait étonné qu’il en parle en mal. Il sait où son pain est beurré», illustre le porte-parole de l’ATAC. Selon lui, il est faux de dire que le classement de l’ATRS n’a pas de crédibilité dans l’industrie aérienne. 

«En affaires, tu t’en sers si c’est bon pour tes besoins. Si ça ne te sert pas, tu le dénigres», résume M. McKenna.