Aéroport de Québec: deux contrats donnés sans appels d'offres

L'aéroport de Québec a accordé sans appels d'offres un contrat d'entretien ménager et un autre de gérance de projet de construction de plusieurs centaines de milliers de dollars, malgré la vive concurrence dans ces secteurs d'activité.
L'information est contenue à la page 38 du rapport annuel d'Aéroport de Québec inc. (AQI), la corporation privée qui gère l'aéroport international Jean-Lesage.
La politique nationale des aéroports, adoptée en 1995 par le gouvernement fédéral pour encadrer le processus de cession des aéroports, précise que «tous les contrats de plus de 75 000 $ seront normalement octroyés selon un processus d'appel d'offres ouvert». Toute dérogation doit être approuvée par le conseil d'administration.
Ce principe d'imputabilité est repris dans les statuts et règlements des administrations locales. Le montant est toutefois ajusté chaque année, par région, «pour tenir compte de l'inflation de l'année précédente selon les chiffres publiés par Statistique Canada». Si bien que la barre est désormais fixée à 104 600 $ pour Québec.
Même s'ils ne sont pas soumis à la Loi sur l'accès à l'information, contrairement aux administrations portuaires, les aéroports sont tenus de dévoiler et de justifier tous les contrats échappant à la règle dans leur rapport annuel. Au cours des dernières années, les quelques inscriptions d'AQI portaient sur des produits de haute technologie ou de sécurité. Mais en 2012, la porte s'est ouverte sur des services plus courants, où il y a beaucoup de concurrence.
Le conseil d'administration de l'aéroport de Québec a ainsi autorisé un contrat d'entretien ménager aux Entretiens d'édifices de la Capitale «selon des taux horaires, pour une durée indéterminée et résiliable». De juin à décembre, le fournisseur a été payé 484 330 $ plus taxes.
Jonathan Trudeau, directeur des communications, explique que l'organisation n'était pas satisfaite du rendement du précédent sous-traitant, qui s'avérait le plus bas soumissionnaire d'un appel d'offres lancé en 2008. «Le service n'était pas adapté à notre réalité», dit-il.
L'entretien ménager du terminal se faisait sans égard aux pointes d'achalandage, qui peuvent survenir à toute heure du jour et de la nuit, même les fins de semaine. Si bien que les planchers, poubelles, rampes et même la salle à manger n'étaient pas toujours aussi propres qu'attendu.
À l'expiration du contrat, la direction d'AQI a donc décidé de créer un «partenariat» avec une entreprise ayant développé une expertise dans des lieux publics similaires. L'équipement et les produits d'entretien sont achetés directement par l'aéroport, et Les Entretiens d'édifices de la Capitale fournit la main-d'oeuvre selon les besoins. M. Trudeau vante la flexibilité du nouveau modèle, qui donne déjà de bons résultats selon lui.
Construction
Le C. A. de l'aéroport a également autorisé la négociation d'un contrat de gré à gré avec l'entrepreneur en construction Verreault pour la gérance du projet de construction d'un «complexe de services combinés» qui réunit sous un même toit une caserne de pompiers et un garage pour les services d'entretien de l'aéroport. Une somme de 176 121 $ a été versée en 2012 sur un maximum autorisé de 684 316 $.
C'est le même sous-traitant qui a supervisé l'agrandissement du terminal en 2008. Il a aussi obtenu - à la suite d'un appel d'offres- le contrat de gérance de projet du réaménagement des arrivées internationales en cours actuellement. Un ajout à ce contrat évoquait la possibilité d'y greffer le projet de complexe de services combinés. Ce qui a été fait.
M. Trudeau fait valoir que la caserne et le garage, qui seront déménagés à la fin de l'année, sont localisés sur le site du futur agrandissement du terminal. Tout retard dans ce projet aurait un effet domino sur la suite des travaux, dit-il. D'où la décision, «tout à fait justifiée» selon lui, d'une négociation de gré à gré.
Le porte-parole précise que le contrat de gérance du projet de stationnement étagé fait présentement l'objet d'un appel d'offres, puisqu'il n'y a pas de lien ou d'incidence sur le reste du chantier. «Il n'y a pas de temps mort nulle part. On a beaucoup de projets à mener de front. C'est 225 millions $ d'investissement qu'on doit faire sur cinq ans», conclut-il.
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Salaires réduits artificiellement
Depuis plusieurs années, des questions étaient posées sur les salaires de la haute direction de l'aéroport de Québec à l'occasion de l'assemblée annuelle. En 2011, ce poste de dépenses atteignait presque 1,5 million$. En 2012, la rémunération des cadres est retombée à 897 582$, nous apprend le rapport annuel.
Non pas que la rémunération ou le nombre de dirigeants ait diminué. L'organisation a simplement décidé d'inclure dans le total les cinq plus hauts cadres, incluant le président et chef de la direction, au lieu des neuf visés l'an dernier.
Sur une période de quatre ans, un calcul indique toutefois que la moyenne salariale par dirigeant est passée de 112 099 $ à 179 516$, une augmentation de 60 %.