Action-Chômage Québec en difficulté

L’organisme Action-Chômage Québec, fondé en 1973 et mené à bout de bras par une femme de 75 ans, lutte pour sa survie et peine à former de la relève. Centraide a mis fin à son financement après 43 ans de partenariat. «On est pas assez communautaire pour eux autres.»

Selon des chiffres fournis par Action-Chômage Québec, qui loue un local sur la 4e Avenue dans le quartier Limoilou, l’organisme est amputé cette année des 57 000 $ provenant de Centraide. Montant dont il avait besoin pour boucler son budget de fonctionnement de 107 000 $. Une campagne de financement a été lancée le 3 janvier et doit se poursuivre jusqu’au 31 mars afin de pallier ce manque à gagner. En attendant, seuls des services téléphoniques seront offerts et l’organisme envisage de mettre fin à son bail le 1er février.  

Selon le dernier rapport d’activités, 3700 personnes dans les régions de Québec, de Lévis, de Bellechasse, de Portneuf, de Charlevoix et de la Beauce ont utilisé ses services dans la dernière année comptabilisée. L’organisme fournit de l’aide en matière de «défense des droits des prestataires d’assurance-emploi ou des personnes à faible revenu».

L’avenir de l’organisme est maintenant compromis devant le trou laissé dans le budget, selon sa directrice générale Jeanne Lalanne, qui continue d’y œuvrer malgré ses 75 ans. «J’ai gagné des milliers de causes [depuis les années 70]», s’est-elle targuée, précisant toutefois qu’elle ne pourrait continuer encore longtemps. «J’ai assez donné, je me suis dévouée et j’ai fait mon devoir à la perfection.» Avant de quitter, elle aimerait avoir le temps de former de la relève, «deux jeunes» si possible. Mission qui sera difficile à accomplir sans un financement adéquat, a-t-elle plaidé. 

Centraide s’explique

La décision de Centraide de mettre fin à ses subventions après 43 ans a été prise cet été et semble irréversible. Les deux parties se renvoient aujourd’hui la balle pour expliquer pareille situation. D’un côté l’organisme prétend que les critères d’attribution des subventions ont changé, de l’autre Centraide affirme qu’Action-Chômage n’a pas fait ses devoirs pour conserver sa part du lion.

Joint par Le Soleil, Bruno Marchand, pdg de Centraide Québec–Chaudière-Appalaches, n’a pas nié les chiffres d’Action-Chômage ni les besoins qu’il vient combler pour les chômeurs. «Ça fait longtemps qu’on les soutient et ça n’a pas toujours été à cette hauteur-là», a-t-il dit. Il a aussi salué le travail de Mme Lalanne durant toutes ses années de service. 

Mais pour lui, son organisation ne peut être exemptée «des critères» sur lesquels Centraide se base pour accorder une enveloppe. M. Marchand a expliqué que «des lumières jaunes et rouges» se sont allumées «en 2015» dans le cas d’Action-Chômage Québec. 

L’organisme aurait notamment des problèmes «de gouvernance». L’absence de relève — Mme Lalanne serait la seule à prendre les appels — et le peu d’interaction d’Action-Chômage avec d’autres groupes communautaires de son milieu ont pesé dans la balance. «On a donné des chances, on a été patient», a ajouté M. Marchand, mentionnant que des rencontres ont eu lieu ces deux dernières années pour corriger le tir. Finalement, c’est un comité de bénévoles indépendant qui a pris la décision finale de ne pas renouveler le financement.

M. Marchand juge la situation «triste», mais estime «qu’il y a une limite à ce qu’on peut faire». Son organisation doit favoriser les organismes qui sont conformes aux critères, a-t-il dit, soulignant que 60 organisations font la file pour obtenir une subvention de Centraide dans la région de Québec. M. Marchand a également affirmé que le milieu communautaire n’était plus seulement une affaire «de cœur» et qu’il s’est produit une certaine «professionnalisation».

Jeanne Lalanne a rejeté les raisons fournies par Centraide et a assuré que des efforts ont été faits pour se conformer. «J’ai engagé une travailleuse sociale à contrat. Elle a fait le tour des groupes pour offrir nos services», a-t-elle cité en exemple. 

Elle a aussi rappelé que l’organisme étant chapeauté par un conseil d’administration en bonne et due forme. «C’est tellement fou cette affaire-là. On ne réussissait pas à savoir ce qu’ils voulaient. On est pas assez communautaire pour eux autres.»