Le PQ nuira au projet d'indépendance s'il s'oppose au port de signes religieux par les employés de l'État.

Accommodements religieux: pas de restrictions pour les élèves

Les interdits sur le port de signes religieux ne viseront en aucun cas les enfants fréquentant les institutions d'enseignement et les centres de la petite enfance (CPE), dira très clairement le ministre québécois Bernard Drainville lorsqu'il dévoilera ses propositions le mois prochain. L'idée de suivre l'exemple français, où les restrictions concernent aussi les élèves, a été écartée d'emblée, a-t-on dit au Soleil, mercredi.
La future Charte des valeurs québécoises et le projet de loi que déposera le ministre Drainville viseront à interdire le port de signes religieux ostensibles chez les fonctionnaires, les enseignants des écoles primaires et secondaires, ainsi que chez les employés du réseau de la santé et dans les CPE.
Les «usagers» des services publics ne seront pas du tout concernés par ces interdits, assure-t-on; pas plus les enfants d'âge préscolaire et scolaire que les adultes.
Sauf, précise-t-on en coulisses, les quelques femmes portant par exemple la burqa ou le niqab, puisque les relations avec l'État devront toujours se dérouler à «visage découvert». Ce dernier élément fait l'unanimité chez les partis politiques, mais c'est bien le seul.
Même si elles paraissent rallier une majorité de citoyens selon les sondages, les intentions gouvernementales ont suscité la réprobation générale chez les partis d'opposition représentés à l'Assemblée nationale. Les libéraux, les caquistes et les solidaires les ont qualifiées de «radicales», de contre-productives.
Au gouvernement du Parti québécois, on pense au contraire que «le Québec en est là». On rappelle qu'on respecte l'engagement de la chef péquiste, Pauline Marois, qui avait annoncé en campagne électorale que «les agents de la fonction publique et parapublique devront s'abstenir de porter, dans l'exercice de leurs fonctions officielles, tout signe religieux ostensible».
S'il n'en tenait qu'à l'actuel gouvernement, à terme, les fonctionnaires, les représentants de l'État et des services publics ne pourraient plus porter une croix catholique ostensible, la kippa, le hidjab ou le turban sur leur lieu de travail.
Cela, bien sûr, si ses projets étaient adoptés par une majorité d'élus de l'Assemblée nationale, ce qui est peu probable compte tenu de sa situation de minoritaire. Les péquistes feront vraisemblablement la prochaine campagne électorale avec ces éléments en poche - et avec l'espoir d'arracher une majorité de voix dans les urnes.
Le cas de la France
Si la question d'interdire le port de signes religieux chez les élèves des écoles primaires et secondaires, ainsi que chez les étudiants des établissements postsecondaires, a pu se poser chez certains, c'est entre autres parce qu'une telle restriction existe ailleurs.
En 2004, le Parlement français a adopté, après de houleux débats, une loi proscrivant le port de tout signe religieux ostensible dans les collèges et les lycées non seulement chez les enseignants, mais aussi chez les élèves les fréquentant.
Sur cette même lancée, la France a voté, en 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, une loi interdisant le port du voile intégral dans tout l'espace public, y compris dans les rues et les transports publics.
S'il n'est absolument pas question pour le gouvernement Marois d'aller jusque-là, les opposants aux mesures à venir au Québec estiment néanmoins que celles-ci isoleront des individus plutôt que de favoriser leur intégration.
«En quoi interdire le port d'un foulard à une fonctionnaire qui travaille dans un cubicule peut bien assurer la préservation de l'identité québécoise?» a demandé mardi la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David.