Aria Dufresne (à gauche) et Noémie Allaire se sont font refuser l’accès aux toilettes et au vestiaire de la piscine du parc Frank-Gauthier de Shawinigan en raison de leur identité de genre.

Accès refusé aux toilettes pour deux transgenres à Shawinigan: «C’est révoltant»

SHAWINIGAN — Lorsque la chaleur de l’été devient trop accablante, les Shawiniganais peuvent aller se rafraîchir dans l’une des quatre piscines extérieures de la ville. Mais pour Aria Dufresne, ce qui devrait être un plaisir est, depuis un an, un calvaire. La jeune femme transgenre affirme se faire fréquemment refuser l’accès aux vestiaires et aux toilettes de la piscine du parc Frank-Gauthier en raison de son identité de genre.

«Depuis l’été passé, ma copine et moi, on se fait interdire de se changer dans le vestiaire des filles de la piscine et on se fait même interdire d’aller aux toilettes, que ce soit celles des gars ou des filles, parce qu’on est transgenre, dénonce Mme Dufresne. Je suis allée aux toilettes la dernière fois, parce que je n’étais plus capable de me retenir, et je me suis fait menacer de me faire bannir de la piscine et chialer après comme si j’étais un monstre.»

«On avait beau leur dire que la loi nous permettait d’aller là, ils ne voulaient rien savoir. Ils voulaient nous amener devant leur boss, nous faire embarquer par la police; ils voulaient même nous sortir de force des vestiaires. C’est révoltant», rage la jeune femme en évoquant les paroles dites par des sauveteurs de la piscine. Elle mentionne être déjà revenue de la piscine en pleurant, se disant même qu’elle «serait mieux morte».

La discrimination qu’elle dit subir vient s’ajouter aux insultes et menaces qu’Aria Dufresne affirme déjà recevoir sur les réseaux sociaux.

«On reçoit des menaces sur internet que si on se fait pogner à se changer là (dans le vestiaire des filles), qu’on va se faire violenter ou ‘’chopper le bout’’», dénonce-t-elle. La jeune femme, qui est en démarche, tout comme sa copine Noémie, pour changer de sexe, affirme qu’elle a été intimidée en diverses occasions par des citoyens lors d’événements publics, par exemple, en se rendant aux feux d’artifice de la fête nationale, l’an dernier.

«On fait de la costumade (cosplay), on est gothiques et transgenre, ça fait qu’on est différentes, alors le monde ne nous aime pas la face à cause de ça», se désole Mme Dufresne.

La jeune femme a porté plainte officiellement à la Ville de Shawinigan. Elle affirme avoir reçu un appel de l’administration municipale accusant réception de sa plainte, mais a été déçue de la réponse reçue. «On m’a dit que la plainte est en traitement, mais qu’on ne peut rien me promettre. Mais je veux que quelque chose se fasse et si je n’ai pas droit à mes propres droits, je veux que ça se sache», souligne-t-elle.

Le Nouvelliste a tenté jeudi de rejoindre la Ville de Shawinigan pour savoir quel traitement serait réservé à la plainte de Mme Dufresne et si des actions seraient prises. Au moment de mettre sous presse, aucune réponse ne nous était parvenue.

Pratique interdite

Comme Mme Dufresne le mentionne avec raison, la Charte des droits et libertés de la personne du Québec stipule qu’interdire à quelqu’un l’accès à une toilette ou un vestiaire réservé au genre auquel il ou elle s’identifie est discriminatoire et, donc, illégal. Une telle situation est d’ailleurs citée en exemple sur le site internet de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). La Charte interdit - entre autres choses - la discrimination basée sur le sexe. Ce terme a été remplacé en 2016 par «l’identité ou l’expression de genre» afin de mieux protéger les personnes trans, précise le site educaloi.qc.ca.

«Concrètement, cet ajout protège les personnes trans contre la discrimination, notamment dans l’emploi, le logement, les moyens de transport et les lieux publics, tels que les toilettes publiques, les commerces, les hôtels, les restaurants, les théâtres, les cinémas et les parcs», précise le site. En 2016 également, «l’identité ou l’expression de genre» a été inscrit comme motif interdit de discrimination dans la Loi canadienne sur les droits de la personne.

Si ces modifications aux lois sont relativement récentes, la discrimination envers les personnes transgenres, notamment en les privant d’un libre accès aux toilettes ou vestiaires correspondant à leur identité de genre, n’était pas plus tolérée avant, précise Julie Dumontier, agente d’éducation et coopération de la CDPDJ.

«Bien que la loi ait été modifiée en 2016, ce motif était quand même protégé sous le terme ‘‘sexe’’ depuis le début de la Charte, explique-t-elle. Donc, ça n’a pas amené une si grande nouveauté que ça, en terme de protection, parce que légalement, c’était déjà là. Ce qu’on voulait, c’était donner une visibilité et une représentativité aux personnes trans, notamment, mais aussi à toutes les personnes de la diversité sexuelle.»

La CDPDJ a reçu, pour l’année 2018-2019, 14 plaintes de gens se disant discriminés en raison de leur genre. Bien qu’elle ne puisse pas déterminer le nombre d’incidents comme celui que dit vivre Aria Dufresne, Mme Dumontier reconnaît que cette problématique est régulièrement évoquée par les personnes transgenres avec qui la CDPDJ communique. Cette dernière invite les personnes qui s’estiment victime de discrimination à lui faire parvenir une plainte, par courriel ou au téléphone. Cette plainte sera ensuite évaluée, en vertu des informations transmises par la personne plaignante, pour voir si elle est recevable ou non. La CDPDJ traite également les demandes d’accommodement raisonnable - comme l’accès à une toilette non genrée - transmises par les organismes et entreprises qui en reçoivent de la part du public ou d’employés.