Les sœurs SSCM ont reçu cette semaine la «confirmation» que la Ville et le gouvernement québécois ont un œil sur leur maison, classée bâtiment patrimonial.

À qui ira le couvent des Servantes du Saint-Cœur de Marie?

Les 178 sœurs ont déménagé. Les 601 sépultures de celles qui les ont précédées aussi. Et les meubles sont liquidés depuis quelques jours. Le couvent des Servantes du Saint-Cœur de Marie (SSCM) de Beauport est vide. Ne reste qu’à finaliser la cession du bâtiment patrimonial à un promoteur.

«On a quitté. Ça ne fait pas longtemps», explique la supérieure, Anne-Marie Richard. La résidence des sœurs plantée au 37, de l’avenue des Cascades depuis 1940 changera donc de vocation.

«Elle n’est pas vendue, mais il y a des promoteurs intéressés», ajoute Mme Richard. Pense-t-elle que l’acheteur voudra démolir pour reconstruire en neuf sur le vaste lot? «À ce stade-ci, on ne sait vraiment pas. Ça va être selon le promoteur. C’est sûr que l’éventualité de sa démolition… Ça pourrait arriver. On est conscientes de ça.»

Les sœurs SSCM ont toutefois reçu cette semaine la «confirmation» que la Ville et le gouvernement québécois ont un œil sur leur maison. «On a appris que c’était un édifice patrimonial récemment. On ne le savait pas.»

«C’est sûr que ça prend une autre couleur de savoir que c’est un édifice patrimonial.» Mme Richard attend des informations supplémentaires pour savoir ce que la réglementation autorisera sur le site.

Les sœurs espèrent que le preneur conservera les murs qui les ont abritées durant près de 80 ans. «Nous avons un attachement très grand à ce bâtiment.»

«On aurait à cœur que nos bâtiments servent pour le bien, des organismes communautaires. Quelque chose qui peut faire du bien au monde. Mais c’est sûr qu’on ne vendra pas notre propriété pour n’importe quoi parce qu’on souhaite que ça serve pour de bonnes causes.»

«Le terrain est magnifique. C’est un très beau grand terrain», fait-elle remarquer. La Ville évalue d’ailleurs que l’ensemble vaut plus de 10,7 millions $.

En attendant la cession officielle, les sœurs poursuivent le grand ménage. «Les derniers jours, nous avons beaucoup vidé. […] Nous avons liquidé beaucoup de meubles.»

Aussi, les sépultures des centaines de religieuses inhumées à l’arrière ont été transférées au cimetière Saint-Charles.

Manque de relève

Les religieuses SSCM n’échappent pas au manque de relève qui frappe «toutes les communautés religieuses», note Anne-Marie Richard. «Avec des ressources qui sont vieillissantes, nous devons penser à organiser notre avenir autrement.»

«Nous sommes peu de sœurs de moins de 70 ans au Canada. […] La gestion, l’administration, c’est devenu trop difficile pour les sœurs de nos âges. Des gros bâtiments comme ça, ça demande beaucoup de ressources […]. Et dans l’avenir, nous n’aurons plus de religieuses qui pourront faire ça.»

Les 178 religieuses qui habitaient au 37, avenue des Cascades sont donc maintenant installées à la résidence privée les Jardins d’Évangéline avec les Ursulines, près de l’hôpital Robert-Giffard.

Les sœurs demeurent cependant propriétaires de leur autre maison de Beauport, juste en face de celle qui est mise en vente.

En fait, elles sont copropriétaires des lieux puisque l’externat Saint-Cœur de Marie et ses 540 élèves occupent une bonne part du 30, avenue des Cascades. L’établissement d’enseignement privé a été transféré à une corporation laïque indépendante en 2016. Mais la portion de l’édifice faisant face à la voie publique appartient toujours à la communauté.

Anne-Marie Richard et 34 de ses consœurs y logent toujours et administrent la congrégation. «Éventuellement, nous aussi nous allons partir.»

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DE PARIS À BEAUPORT, APRÈS UN ARRÊT À SAINT-ÉPHREM-DE-BEAUCE

Originaire de Paris, la communauté des Servantes du Saint-Cœur de Marie a envoyé ses premières ambassadrices aux États-Unis en 1889, apprend-on dans une vidéo réalisée ce printemps par le diocèse de Québec. Elles s’installeront à Saint-Éphrem-de-Beauce en 1892. Dans la région de la capitale, les sœurs auront leur premier établissement, «une petite maison» de Limoilou, dès 1903. 

Elles ont acquis le terrain de Beauport en 1930 et y ont cultivé la terre, indique la fiche du bâtiment patrimonial produite par la Ville de Québec (bit.ly/2rncXIs). «La construction de la maison provinciale des Sœurs servantes du Saint-Cœur de Marie s’amorce le 28 avril 1939. Dès le 2 septembre 1940, les religieuses s’installent dans leur nouveau couvent.» Elles y sont demeurées jusqu’à l’automne 2018.

«Au Canada, nous sommes 288», compte la supérieure, Anne-Marie Richard. Outre les 178 du secteur Beauport, des membres de la communauté sont installées à Port-Meunier, Montréal, Sherbrooke, Québec, en Beauce, dans Portneuf… «Plus de 90 sœurs sont encore dans de petits milieux.»