Assise à son bureau, dans une pièce débordante d’archives et de souvenirs, Élaine Réhel passe des heures à fouiller le Web, les archives et les documents historiques à la recherche des traces du passé.
Assise à son bureau, dans une pièce débordante d’archives et de souvenirs, Élaine Réhel passe des heures à fouiller le Web, les archives et les documents historiques à la recherche des traces du passé.

À la recherche des traces du passé

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
«John Vibert de La Malbaie, pêcheur, s’est marié à Ellen Raille de Coin-du-banc à l’église de La Malbaie, le vingt-septième jour de novembre, de l’année mille-huit-cent-cinquante». Une ligne à la fois, paroisse par paroisse, Élaine Réhel déterre l’histoire de générations de Gaspésiens, s’assurant d’immortaliser le passage des familles qui ont bâti la péninsule, du dix-neuvième siècle à aujourd’hui.

Assise à son bureau, dans une pièce débordante d’archives et de souvenirs, Élaine Réhel passe des heures à fouiller le Web, les archives et les documents historiques à la recherche des traces du passé. «J’adore fouiller dans les archives, tellement que parfois j’oublie de manger!», lance l’énergique dame, les yeux rivés sur des avis de mariage manuscrits rédigés il y a des dizaines d’années.

Elle a eu la piqûre de la généalogie il y a près de 25 ans, lorsqu’elle a proposé son aide à son cousin afin de retracer l’histoire familiale. «Je ne voulais pas faire la recherche, juste la mise en page», se rappelle-t-elle. Deux décennies plus tard, elle a publié une quinzaine d’imposants livres rassemblant le passé de générations de Gaspésiens, son travail étant notamment reconnu par la Société généalogique canadienne-française. Cette société, la plus vieille au pays, lui a remis le prix du meilleur outil généalogique en 2003 pour son ouvrage sur les communautés catholiques de Grande-Rivière. «C’est vraiment un bel honneur, ça fait plaisir de se faire reconnaître», admet Mme Réhel.

Majoritairement vendus à des particuliers, ses ouvrages sont aussi disponibles pour consultation au Musée de la Gaspésie ainsi qu’à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), où elle sait que son travail perdurera au fil du temps. «C’est mon héritage à la belle région de la Gaspésie. On veut tous laisser quelque chose, et moi, mon legs, c’est l’histoire de milliers de Gaspésiens. Dans 200 ans, mes livres vont encore exister et rappeler le passé», se plaît-elle à imaginer, visiblement fière du travail colossal qu’elle a réalisé au fil des ans.

De Cape-Cove à Gaspé, l’histoire des paroisses anglicanes

Depuis deux ans, elle travaille d’arrache-pied sur le classement des archives anglicanes, allant de Cape-Cove, près de Percé, jusqu’à Gaspé. «Un ami généalogiste m’a souhaité bonne chance quand je me suis lancé dans les paroisses anglicanes, mais je ne suis pas du genre à lâcher mes projets», lance-t-elle en riant. Contrairement aux catholiques, les archives anglicanes contiennent très peu d’informations, rendant la tâche d’Élaine plus complexe, et surtout plus longue. «Ce n’est pas ça qui va me décourager par exemple!», ajoute-t-elle.

Son prochain livre devrait paraître en 2022, lors des célébrations du 350e anniversaire du village de Barachois, faisant maintenant partie de la ville de Percé. «C’est l’occasion parfaite pour partager avec les habitants l’histoire de leur village, explique-t-elle. Les gens sont tellement contents d’avoir accès à ces registres et de retrouver leurs ancêtres. Je me sens utile tout en apportant du bonheur».

Ce projet, débuté il y a deux ans, l’a d’ailleurs aidé à passer à travers du confinement, particulièrement pénible pour de nombreux Québécois. «Mon travail, c’est mon passe-temps. À partir de 5h30, je suis dans mon bureau en train de fouiller dans des archives. C’est un hobby que je peux faire toute seule, alors le confinement ne m’a pas trop dérangé. Tout le monde devrait avoir un passe-temps qu’ils peuvent pratiquer seuls, ça aide à traverser des épreuves», confie la dame.

L’histoire des noms

«Tout le monde veut comprendre d’où il vient. La généalogie est témoin de beaucoup d’histoires et d’événements qui ont eu lieu dans la région», explique-t-elle, rappelant par exemple les belles années de la ville minière de Murdochville. «Quand la mine a ouvert, on a vu plein de nouveaux noms apparaître, et quand elle a fermé, beaucoup d’entre eux ont disparu. C’est fascinant à observer», raconte la dame. Elle a aussi remarqué plusieurs inscriptions «influenza» sur les avis de décès en 1918, rappelant que la région de la Gaspésie n’avait pas été épargnée lors de la dernière pandémie.

Si elle se promet que ce livre sera son dernier, «il me semble que j’ai déjà entendu ça», lui dirait son mari.