Le Soleil a appris que le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx profitera du débat sur l’école à domicile jeudi après-midi à l’Assemblée nationale pour annoncer qu’il fera passer de 3 à 7 millions $ le montant dédié aux enfants qui apprennent en marge du système d’éducation traditionnel.

7 millions $ pour l’école à la maison

EXCLUSIF / Le gouvernement Couillard double la mise et investit 7 millions $ par année pour soutenir les familles qui font l’école à la maison.

Le Soleil a appris que le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx profitera du débat sur l’école à domicile jeudi après-midi à l’Assemblée nationale pour annoncer qu’il fera passer de 3 à 7 millions $ le montant dédié aux enfants qui apprennent en marge du système d’éducation traditionnel.

Versé aux commissions scolaires, l’argent servira à offrir des manuels scolaires à ces familles, de même que des services d’orthopédagogie, d’orthophonie, etc. Les commissions scolaires devront faire preuve d’ouverture et accueillir au besoin ces familles dans leurs bibliothèques, leurs gymnases, et leurs laboratoires de sciences, entre autres. 

L’objectif est d’offrir à ces jeunes de meilleures chances de réussir et à leurs parents une bonne raison de reprendre contact avec leur commission scolaire. 

Publié à la fin mars, le projet de règlement sur l’enseignement à la maison prévoit que les parents devront transmettre des notions de français, d’une deuxième langue et de mathématiques à leurs enfants. Aucune autre matière n’est exigée et les examens du ministère de l’Éducation restent optionnels. 

Le ministre Proulx croit que ce règlement permet de respecter le «tronc commun» de l’éducation au Québec, tout en laissant de la latitude aux parents qui font ce choix. «C’est un droit de vouloir faire l’école à la maison», a-t-il évoqué en mêlée de presse mercredi. 

Les parents qui enseignent à domicile devront présenter des plans d’apprentissages et des évaluations de leurs enfants au ministère de l’Éducation. Ils pourront simplement envoyer des portfolios, qui ne mèneront toutefois pas à l’obtention d’un diplôme d’études secondaires.

L’objectif du ministre Proulx est de faire en sorte que les enfants scolarisés à la maison sortent de l’ombre. À l’heure actuelle, environ 2000 sont signalés aux différentes commissions scolaires, un chiffre qui serait sous-représentatif du phénomène au Québec.

Doutes à la CAQ et au PQ

La Coalition avenir Québec (CAQ) qualifie ce règlement de «recul». Le député Jean-François Roberge souhaite que ces enfants reçoivent obligatoirement des notions d’histoire, de géographie et de sciences. M. Roberge se méfie de ceux qui pourraient se servir de ce nouveau règlement pour envoyer leur enfant dans une école religieuse illégale une grande partie de la journée en prétextant faire l’école à la maison. 

Il accuse le gouvernement libéral de «bafouer le droit à l’éducation» de ces enfants et d’être «à genoux devant certains lobbys ultrareligieux».

La députée du Parti québécois Carole Poirier s’inquiète quant à elle de la «flexibilité» du règlement, qui permettrait à certaines familles francophones de contourner la loi 101 et d’offrir une formation en anglais à la maison à leurs enfants. «Aussi, ce que je veux m’assurer, c’est que les enfants puisent aller au cégep et à l’université.»

Noémie Berlus, présidente de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), voit quant à elle d’un bon oeil le fait que pour la première fois, le gouvernement reconnaît les particularités de l’enseignement à domicile, une option dans toute «société ouverte où la pensée est libre.»

Mme Berlus doute toutefois que les écoles ouvrent vraiment leurs portes aux jeunes scolarisés à la maison et déplore que leurs parents seront maintenant submergés de «paperasse».