L’usine de biométhanisation doit être érigée en 2022 dans le quartier Limoilou.

65,5 millions $ de plus pour la construction de l’usine de biométhanisation de Québec

Avant même la première pelletée de terre, le projet d’usine de biométhanisation de la Ville de Québec passe de 124,5 millions $ à 190 millions $. C’est une hausse de 64,5 millions $ entièrement assumée par les citoyens de Québec, mais qui devrait permettre de rapporter plus, estiment les élus municipaux.

C’est l’information dévoilée jeudi lors d’un comité plénier de la Ville de Québec pour faire la mise à jour du projet d’usine qui doit être érigée en 2022 dans le quartier Limoilou. C’est donc une différence d’environ 53 % par rapport à l’estimation initiale de 2014.

La Ville explique cette augmentation par plusieurs facteurs. Le taux de change défavorable et la hausse du coût des matières premières comme l’acier comptent pour 14,8 millions $ supplémentaires. Un autre montant de 7,7 millions $ en plus servira à la décontamination des sols. Au départ, la Ville pensait pouvoir compacter les sols, mais de nouvelles règles environnementales l’obligent à les décontaminer.

L’autre poste budgétaire qui fait grimper la note est dû au choix de collecte. Le transport des résidus alimentaires se fera dans les mêmes camions que les sacs d’ordures. Le tri sera effectué dans un bâtiment annexé à l’usine de biométhanisation. 

L’avantage de cette option élimine une collecte supplémentaire, impliquant l’ajout de camions de récupération sur les routes. Cependant, elle oblige un investissement additionnel de 31 millions $ pour les technologies qui serviront à séparer les sacs d’ordures et les sacs de résidus dans le futur centre de tri. Le coût total de la construction du centre et de l’achat d’équipements passe donc de 26 millions $ à une estimation de 55 millions $.

Enfin, un dernier 14 millions $ sont investis pour améliorer le procédé de biométhanisation des résidus alimentaires et des boues de l’usine de traitement des eaux usées. 

Plus de gaz

Cette amélioration du procédé permet d’augmenter de 50 % la production de gaz naturel. Ainsi, la Ville a conclu une entente de principe avec Énergir qui lui garantit un revenu de vente de gaz de 100 millions $ sur 20 ans plutôt que les 20 millions $ prévus au départ. De ce fait, les coûts annuels d’exploitation passent de 11,4 $ à 7,2 millions $, une diminution de 4,2 millions $ par an.

La qualité du digestat (compost), produit par la transformation des résidus alimentaires et des boues des eaux usées, sera aussi grandement améliorée. La Ville ne peut pour l’heure anticiper les revenus qu’elle retirera de la vente du compost vendu à des fins agricoles.

Malgré la hausse des coûts basée principalement sur des choix technologiques, la Ville garantit que c’est le meilleur projet, réalisé quasiment à «coût nul, voire éventuellement profitable», a assuré devant les élus, Gilles Dufour, directeur général adjoint, responsable du dossier de biométhanisation.

Des choix

«Ce n’est pas que les coûts explosent et qu’on a perdu le contrôle», a insisté la conseillère Suzanne Verreault, responsable des dossiers environnement au comité exécutif de la Ville. Elle se défend aussi d’avoir voulu cacher des coûts alors que la Ville parlait toujours d’un projet à 124 millions $ en décembre. «Il y a des coûts qui se sont décidés en février, dont l’entente avec Énergir», évoque la conseillère. 

Le vice-président du comité exécutif, Rémy Normand, a souligné que «c’est l’attrait des revenus supplémentaires qui fait que la Ville souhaite investir plus». Carl Desharnais du service des projets industriels de la valorisation est lui aussi tout aussi convaincu de la rentabilité du projet. «Il y a des coûts qu’on n’aura plus. Par exemple, les redevances pour l’élimination des déchets dans l’incinérateur», signale-t-il.

Au chapitre des revenus, il y a aussi des inconnus comme les recettes potentielles de la vente du compost et la vente d’énergie au nouveau complexe hospitalier du CHU sur le site de l’hôpital de l’Enfant-Jésus. Les négociations sont en cours.

L’usine de biométhanisation pourra traiter annuellement 96 000 tonnes de boues municipales et 86 000 tonnes de résidus alimentaires. Si l’approvisionnement des boues est garanti, M. Desharnais souhaite une bonne participation citoyenne pour atteindre les objectifs de transformation des résidus et fournir la matière suffisante pour optimiser la vente de gaz à Énergir.

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«On est au pays des calinours»

L’opposition à l’hôtel de ville entretient des doutes sur les revenus anticipés et l’efficacité du procédé retenu.

«C’est complètement absurde. Les citoyens vont devoir piger 65 millions $ supplémentaires dans leur poche. On peut désormais la renommer, l’usine à bio-dollars», a lancé le chef de Québec21, Jean-François Gosselin, à la sortie du plénier.

«Les revenus, je n’embarque pas là-dedans. Ce qu’on sait, c’est que les dépenses sont garanties, mais pas les revenus. Ça dépend de la qualité de la quantité», ajoute le représentant de l’opposition officielle.

Le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau, n’est pas davantage convaincu de l’efficacité du système de biométhanisation. 

«J’adore les ingénieurs. On a la certitude qu’on va faire 80 millions $ [supplémentaires] de chiffre d’affaires, qu’on va avoir un système optimal et qu’on va être en mesure d’avoir une réduction importante des gaz à effet de serre», ironise l’élu de Cap-aux-Diamants, qui freine les ambitions de la Ville avec les défis de rodage, notamment. 

M. Rousseau se dit aussi déçu de ne pas avoir obtenu de chiffres plus précis sur la diminution du nombre de tonnes de gaz à effet de serre. 

«On nous dit que l’usine sera à coût nul, même rentable. On serait bien les seuls en Amérique du Nord à réussir cet exploit. J’attends de voir. On est au pays des calinours», renchérit-il, croyant que la performance de l’usine est surévaluée. 

Le député de Québec solidaire dans Jean-Lesage, Sol Zanetti, a démontré son inquiétude face à la hausse des coûts. «Les gens de Limoilou sont très préoccupés par le projet d’usine de biométhanisation de Québec, notamment parce qu’ils craignent une explosion des coûts liés au projet, comme on l’a vu dans le cas de Montréal et de Longueuil. On a aujourd’hui la preuve que leurs inquiétudes étaient fondées [...] Ça remet une couche de pertinence à l’idée de tenir un BAPE avant de dépenser tout cet argent-là [...]» Jean-François Néron

Qu'est-ce que la biométhanisation? 

La Biométhanisation ou digestion anaérobie, est un processus de décomposition biologique contrôlé qui se déroule sans oxygène et qui génère du biogaz convertible en énergie et un résidu solide valorisable appelé digestat. Ce digestat provient des résidus alimentaires et des boues de l’usine de traitement des eaux usées. (Tirée du site de la Ville de Québec)