Adrienne Cyr est rentrée en Gaspésie le 1er juillet d'un périple à vélo de 118 jours. Elle trouvait généralement de l'hébergement en cognant aux portes ou par le biais d'un contact rencontré lors d'un arrêt précédent.

6000 km pour découvrir les Autochtones

Adrienne Cyr, cycliste de 20 ans ayant amorcé en mars la découverte du Québec et de ses communautés autochtones, est revenue en Gaspésie samedi, presque quatre mois après son départ hivernal. Elle revient «avec des sujets de réflexion pour des mois»!
Elle était partie de Caplan, dans la baie des Chaleurs, le 6 mars, quelques jours avant la pire vague de froid de l'hiver. Puis a fait des escales chez les Micmacs de Listutguj et les Malécites de Viger, ainsi que des arrêts chez les Abénakis de Wolinak et Odanak, au Centre-du-Québec.
Après une pause à Montréal, elle a roulé vers Québec, où elle a fait un court arrêt à Wendake, avant de traverser Charlevoix et de parcourir la Côte-Nord, où elle a fait le plus de rencontres avec les Premières Nations. Ses découvertes ont aiguisé sa curiosité autant qu'elles ont répondu à des questions.
«Je me sens troublée depuis que je suis revenue parce que les gens me posent des questions et je ne peux répondre simplement. Je pensais revenir avec une idée complète à propos du Québec et des Autochtones, mais je réalise que ça me prendrait des années à faire d'autres visites et à lire avant de répondre avec satisfaction. Ça me motive à en apprendre davantage. Je vois que j'ai besoin de réfléchir encore à ce que j'ai vu», dit-elle.
Adrienne Cyr avait pensé organiser ce voyage après avoir roulé 8000 kilomètres dans 13 pays d'Europe en 2016, où on lui demandait régulièrement des questions sur le Québec et parfois sur les Autochtones. Sa méconnaissance de son propre pays l'avait incitée à partir à sa découverte.
«Dans les Balkans, il y avait eu beaucoup de discussions à propos des relations entre les différents peuples. Ils ont vécu des guerres dans les années 90, des grandes tensions entre Serbes et Croates, entre autres. Ça m'a ramenée chez moi. En réfléchissant, je me suis rendu compte que j'en savais peu sur le Québec. De la Bosnie, le Canada paraît bien, mais je ne connaissais pas assez bien nos rapports entre les peuples pour en parler.»
Adrienne Cyr a été impressionnée par l'accueil des peuples autochtones en général. Elle croit que les Innus de la Côte-Nord constituent le groupe qui a le mieux conservé sa culture, parmi ceux rencontrés.
«Ils vivent tous la transformation vers la société moderne, avec le défi de protéger leur culture. J'ai entendu des gens dénoncer la place qu'ils font à la modernité, comme s'il était déraisonnable d'avoir un téléphone intelligent et de protéger sa culture. On ne peut pas leur demander ce qu'on n'attend pas de nous-mêmes. Les Autochtones ont beaucoup souffert des pensionnats. Ça revient souvent. Ils ont un grand esprit communautaire, le sens du partage, de la générosité. J'ai vu un grand sens de l'humour, chez les Innus encore plus qu'ailleurs. Les communautés innues sont plus isolées par rapport aux autres groupes, et elles ont gardé leur langue. Je l'ai beaucoup entendue. Chez les Micmacs, les gens qui la parlent sont plus âgés», dit l'aventurière.
Privilégiée
Adrienne Cyr s'est sentie privilégiée d'assister à diverses cérémonies, notamment à l'invitation du chef Jean-Charles Piétacho, d'Ekuanitshit, près de Mingan.
«Il y avait un enterrement la journée où je suis arrivée. Jean-Charles Piétacho m'a suggéré d'assister à la messe. C'était intéressant à voir, un beau mélange entre la religion catholique et la spiritualité innue.» Elle garde aussi un souvenir impérissable des heures passées avec Rita Mestokosho, du centre culturel d'Ekuanitshit.
Adrienne Cyr a également marqué quelques-uns de ses hôtes, le chef Piétacho la qualifiant «d'ange».
Consommation accélérée
La jeune femme est revenue en Gaspésie après un long détour incluant un passage en navire, le Bella-Desgagnés, de Natashquan à Blanc-Sablon, la traversée de Blanc-Sablon à Terre-Neuve, puis le parcours de cette province, «un endroit merveilleux et accueillant», de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, «trop rapide, mais il fallait que je revienne travailler».
Elle s'inquiète à propos de l'environnement. «J'ai été frappée par la consommation accélérée et la taille des véhicules sur la Côte-Nord et à Terre-Neuve. J'ai vu beaucoup de Nord-Côtiers travailler dans l'industrie minière et de Terre-Neuviens qui vont dans les sables bitumineux en Alberta, pour maintenir un haut degré de consommation. Disons que c'est un choc. J'ai encore besoin de réfléchir à ces questions», conclut-elle.