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Gabriel Javaux a silloné les mers et le Saint-Laurent pendant sa longue carrière d’officier
Gabriel Javaux a silloné les mers et le Saint-Laurent pendant sa longue carrière d’officier

50 ans à sillonner le fleuve et les mers

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
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Lorsqu’il observe les navires passer sur le Saint-Laurent depuis les hauteurs de sa résidence beauportoise, Gabriel Javaux ne peut s’empêcher de penser qu’il y a maintenant un monde entre les conditions de travail qui prévalent à bord et celles qu’il a connues au début de sa carrière, il y a de cela 50 ans.

«C’est beaucoup mieux qu’avant. Ç’a changé énormément. Aujourd’hui, c’est l’électronique qui mène tout», glisse en entrevue téléphonique l’ancien officier de 73 ans, qui souligne cette année le demi-siècle de sa sortie de l’Institut maritime de Rimouski. Pandémie oblige, les célébrations et sa rencontre avec les quelques rares membres de sa promotion ont été remises à l’an prochain. Si la situation revient un tant soit peu à la normale, évidemment.

C’est par la mer, en avril 1956, à l’âge de sept ans, que M. Javaux est débarqué en sol québécois depuis ses Ardennes natales, en Belgique. Installé avec sa famille à Matane, le gamin qu’il était découvre les beautés du fleuve. «On avait un voisin qui avait une chaloupe. On allait à la pêche à la morue. Je suis beaucoup allé sur l’eau quand j’étais jeune.»

Jeune adulte, ne sachant trop vers quel métier se tourner à l’heure des choix, les grands espaces marins lui font de l’œil. «Mon beau-frère était apprenti pilote, alors j’ai décidé de m’essayer là-dedans. Je me suis inscrit dans la marine après ma 11e année. Je me suis trouvé une job comme matelot pendant un an. Après je me suis inscrit à l’École de la marine à Rimouski [aujourd’hui l’Institut maritime].»

Recrutement difficile

Ce sera le début de la carrière du capitaine au long cours. Il sillonne les mers à la barre de cargos et surtout de pétroliers, jusqu’en Afrique de l’Ouest et au Venezuela, pays riche en or noir. Les semaines de travail sont longues, souvent plus de 80 heures.

«Il ne faut pas avoir peur de travailler la nuit et les fins de semaine. Il y en a qui n’aiment pas ça, mais moi, ça ne m’a jamais dérangé, je dors n’importe où et n’importe quand. Je n’ai jamais eu de problème de ce côté-là, contrairement à certains de mes confrères.»

Gabriel Javaux, en 1970-71, à l’École de marine, aujourd’hui l’Institut maritime de Rimouski.

Les longs voyages et les difficiles conditions de travail expliqueraient d’ailleurs, selon le retraité de 72 ans, les difficultés de recrutement d’officiers et de matelots. «Ils veulent être plus souvent chez eux. C’est une autre mentalité.»

En joignant la Corporation des pilotes du Bas-Saint-Laurent, où il a œuvré pendant 39 ans, M. Javaux s’est assuré d’une vie professionnelle plus stable, ce qui lui a permis de fonder une famille avec sa conjointe, Josée Tremblay. Ensemble, ils ont eu deux enfants, un garçon et une fille.

Brume sur le fleuve

Voie maritime reconnue pour ses dangers, le Saint-Laurent a très de peu de secrets pour lui. Comme le veut la réglementation, il a pris les commandes de nombreux navires étrangers à partir des Escoumins, pour remonter jusqu’à Québec, Montréal ou les Grands Lacs. L’avènement des cartes électroniques a beaucoup aidé les officiers dans leur travail.

N’empêche, il faut garder l’œil ouvert, et le bon, sur le Saint-Laurent. «Il y a des courants très forts et des marées énormes. Dans le coin de Cap-Tourmente, il faut se surveiller. À l’entrée du Saguenay, l’eau est très froide et l’été, dès qu’il y a de l’air chaud qui passe là-dessus, ça fait de la brume.»

L’ancien officier peut se targuer de n’avoir connu aucun pépin majeur pendant sa longue carrière. «J’ai été chanceux. Il y a eu de petits accrochages le long du quai, des affaires comme ça, mais rien de majeur.»