Selon l’Association des médecins omnipraticiens de Québec, il manque plus de 50 médecins dans la région pour vider le Guichet d’accès à un médecin de famille.

4000 patients orphelins de plus à Québec

La clinique médicale de la Cité Verte a perdu cinq médecins de famille depuis deux ans et demi, laissant environ 4000 patients orphelins. Des patients qui devront attendre au Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF), où plus de 73 400 personnes patientaient au 31 décembre dans la région de la Capitale-Nationale.

Les deux derniers médecins à quitter le groupe de médecine familiale (GMF) de la rue des Sœurs-du-Bon-Pasteur, dans le quartier Saint-Sacrement, sont partis en janvier pour la retraite, laissant chacun autour de 1500 patients orphelins.

«Ces patients ont la possibilité de consulter au sans rendez-vous jusqu’au 30 juin, après quoi les médecins devront réserver les plages de sans rendez-vous à la clientèle inscrite. Les patients orphelins sont informés qu’après le 30 juin, ils peuvent se présenter dans une clinique réseau [superclinique] pour voir un médecin», précise au bout du fil la coordonnatrice des ressources humaines, Nicole Lacasse.

Selon elle, les médecins restants auraient aimé pouvoir en faire plus, mais leur liste de patients est déjà fort garnie. «Les médecins qui restent ont pris un certain nombre de patients de leurs collègues qui sont partis, mais ils ne peuvent pas tous les prendre», dit Nicole Lacasse, ajoutant que les nouveaux médecins qui ont joint le GMF sont arrivés avec leur propre liste de patients.

Le GMF de la Cité Verte compte au total 20 médecins et plus de 20 000 patients inscrits, précise Mme Lacasse.

Selon les données du ministère de la Santé transmises au Soleil, il y avait au 31 décembre 597 484 Québécois en attente au GAMF, dont 73 415 dans la Capitale-Nationale. Une augmentation substantielle par rapport à février 2019, alors qu’environ 58 300 personnes étaient en attente au guichet dans la région de Québec. 

«Pas capable de recruter»

Le président de l’Association des médecins omnipraticiens de Québec (AMOQ), le Dr Pascal Renaud, explique que des médecins de la région ont quitté la prise en charge — «une pratique très lourde» —, soit pour la retraite, soit pour un autre type de pratique. «On n’est pas capable de recruter assez de médecins dans la région», dit le Dr Renaud.

Selon le Plan régional d’effectifs médicaux (PREM) 2020, seulement 10 nouveaux médecins ont été octroyés pour la région de Québec, et ils ne commenceront vraisemblablement pas à voir des patients avant l’automne, indique le Dr Pascal Renaud.

Quelque 23 «retours de région» (des médecins qui reviennent d’une région éloignée après avoir cumulé au moins 200 jours de facturation) ont aussi été accordés à la Capitale-Nationale, mais «ces postes-là n’ont pas encore été comblés», mentionne le Dr Renaud.

Manque criant de médecins

Le président de l’AMOQ précise également qu’environ 25 000 patients de l’extérieur de la Capitale-Nationale, qui s’étend de Portneuf à la Charlevoix, sont suivis par des médecins de la région. «C’est l’équivalent de 25 médecins qu’on n’a pas pour suivre des patients de la région 03», calcule le Dr Renaud, qui note aussi que 16 000 citoyens de plus ont obtenu une carte d’assurance maladie dans la région de Québec au cours de la dernière année.

Selon lui, il manque plus de 50 médecins dans la région de Québec pour vider le GAMF. En moyenne, calcule-t-il, les médecins qui pratiquent à temps plein en première ligne suivent entre 900 et 1000 patients. «Ils sont déjà au maximum de ce qu’ils peuvent prendre.»

Les médecins déjà en pratique n’ont aucune obligation de prendre des patients au GAMF, leur liste déjà bien établie leur permettant d’inscrire plutôt des membres de l’entourage de leurs patients, par exemple. Ce sont donc surtout les «nouveaux facturants» qui vont se tourner vers le GAMF pour se constituer une liste de patients.

Le manque d’effectifs médicaux en première ligne ne touche pas que la région de Québec, mais l’ensemble de la province, note par ailleurs le président de l’AMOQ, selon qui le règne de Gaétan Barrette a découragé la relève médicale à s’inscrire en médecine familiale. Pendant quatre ans, entre 2014 et 2018, environ 200 postes de résidents en médecine familiale sont demeurés vacants, rappelle-t-il.

«Là, les résidents sont plus nombreux à choisir la médecine familiale, mais ce n’est que dans deux ans qu’on va en voir les effets», dit le Dr Renaud.

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Près d’un an d’attente pour des conditions «urgentes», «pressantes» ou «prioritaires»

Sur les 73 415 patients en attente au GAMF dans la région de la Capitale-Nationale, pas moins de 26 342 ont une cote A, B ou C, soit «urgente», «pressante» ou «prioritaire». Pour ces personnes, le délai moyen d’attente est de... 355 jours.

La cote A, ou urgente, est attribuée aux personnes présentant des conditions de santé pour lesquelles tout délai d’inscription à un médecin de famille pourrait avoir des conséquences sur sa santé (cancer actif, état psychotique, soins palliatifs, par exemple), explique le ministère de la Santé.

La cote B, elle, est donnée aux personnes pour lesquelles l’inscription est pressante, parce qu’elles ont été hospitalisées au cours du dernier mois pour un problème chronique, par exemple, ou parce qu’elles sont atteintes du VIH ou du SIDA, illustre le ministère.

Quant à la cote C, ou prioritaire, elle est notamment attribuée aux personnes de plus de 70 ans ou de moins de deux ans, ou encore aux personnes qui ont déjà eu une cote de vulnérabilité lors d’une précédente inscription.

Au 31 décembre, 47 073 des 73 415 personnes en attente au GAMF présentaient une cote de priorité D (importante, ou personne se jugeant en mauvaise santé) ou E (personne se jugeant en bonne santé). Pour elles, le délai moyen d’attente était de 506 jours à la fin de l’année dernière.  Élisabeth Fleury et Mylène Moisan