Le ministère des Affaires municipales force la main aux villes et villages du Québec pour installer aléatoirement des compteurs d’eau dans les maisons et appartements.

400 compteurs d'eau «gratuits»

La Ville de Québec poursuit, lentement mais sûrement, l’installation de quelque 400 compteurs d’eau dans des maisons privées, histoire de réaliser une étude sur notre consommation... Elle jure que ce n’est pas le prélude à l’instauration d’une tarification universelle du précieux liquide.

Au bout du fil, en cette journée de janvier comme les autres, il y a cet homme que nous ne nommerons pas. Il ne veut pas mettre l’accent sur son cas particulier; plutôt sur le collectif. Le citoyen s’interroge: «On n’en avait jamais entendu parler. [Le technicien de la Ville] est arrivé par hasard. On avait été sélectionnés.»

Sélectionnés pour quoi, au juste? Pour autoriser la mairie à installer un compteur d’eau sur leur tuyauterie principale pour les 20 prochaines années. C’est écrit dans le contrat que nous avons consulté. Gratuitement, sans facturation. Garanti dans ledit contrat.

Monsieur X doute que la gratuité survivra aux années: «Je suis sûr que ben avant 20 ans, tout le monde aura son compteur d’eau.»

Faux, assurent les autorités municipales. «Les citoyens ne seront jamais facturés pour les débits relevés pour cette étude», certifie une conseillère en communication, Wendy Whittom. Notre contribuable a vraiment été choisi «au hasard», ajoute-t-elle.

En fait, c’est le ministère des Affaires municipales qui force la main aux villes et villages du Québec pour installer aléatoirement des compteurs d’eau. 

Politique de l’eau

Petit voyage dans le temps. Le Québec s’est doté d’une Politique nationale de l’eau en 2002. Puis, en repoussant certaines échéances, il a «créé» une Stratégie québécoise d’économie d’eau potable en 2005, dixit le Ministère. Pis? Dans ces documents, les municipalités devaient atteindre plein d’objectifs… qui ont été repoussés. Et alors? En 2017, tout le monde devait avoir réparé ses aqueducs pour éliminer un maximum de fuites et, surtout, avoir réduit notre excessive consommation d’eau, jugée hors normes.

Nous revoici en 2018, et les objectifs n’ont pas vraiment été atteints. Conséquence, les secteurs commercial et industriel doivent payer leur eau au volume; plusieurs commerces et usines de la capitale ont déjà des compteurs d’eau.

Mais voici que le gouvernement force à nouveau la main aux maires pour, cette fois, qu’ils comptabilisent le débit dans les tuyaux des appartements et maisons. «Alors, concernant les compteurs d’eau, l’installation sur des propriétés résidentielles répond à une demande de la Stratégie québécoise d’économie d’eau potable, du [Ministère]», écrit Mme Whittom. L’échéancier était en 2017. Il a été étiré jusqu’en septembre 2018.

Donc, la Ville de Québec, comme toutes les municipalités, doit en installer. Ici, la cible est de 380 unités.

Jusqu’à ce jour, 50 % sont en place. Vous pourriez donc recevoir la visite d’un inspecteur qui cherche à combler l’autre 50%.

Est-ce que ce projet pourrait éventuellement mener à l’installation de compteurs d’eau pour tous les résidents? «Non. Les compteurs sont installés pour la production de notre bilan en eau au [Ministère]», répète Mme Whittom.

Tous ne sont pas aussi affirmatifs. L’ancien maire de Saguenay, Jean Tremblay, était d’ailleurs réticent: «Ça, c’est le début, mais habituellement, quand tu as le pied dans la porte, ça continue», disait-il, selon un article du Journal de Québec.

Dans Le Soleil, des universitaires ont émis le même avis au fil des ans. Dont en 2008, quand la Ville de Québec a annoncé que tous les ICI (industries, commerces et institutions) devraient avoir un compteur d’eau et payer en fonction du débit. Déjà à l’époque, des érudits évaluaient que le secteur résidentiel suivrait.

Le contrat octroyé par la Ville pour environ 380 compteurs d’eau vaut quelque 500 000 $, selon les données transmises. «L’installation a débuté au printemps 2017.»