Les Résidences de la Vallée hébergeaient une quarantaine d’aînés âgés de 87 à 98 ans.

40 aînés expulsés de chez eux à 48 heures d'avis

Une quarantaine d’aînés âgés de 87 à 98 ans sont forcés de déménager d’ici vendredi 16h après que le propriétaire de leur résidence située à Vallée-Jonction, en Beauce, eut décidé mercredi de mettre la clé sous la porte. Un maigre 48 heures d’avis pour trouver une nouvelle adresse.

Le propriétaire des Résidences de la Vallée, Ghyslain Carrier, a pris sa décision mercredi matin, sans prévenir. «On a eu une rencontre mercredi matin avec le CISSS [de la Chaudière-Appalaches] et il a décidé qu’il [fermait]», a expliqué Caroline Audet, directrice générale de la résidence, la seule de Vallée-Jonction. Une rencontre a eu lieu plus tard le même jour avec les familles concernées.

Une cellule de crise a été mise en place au CISSS de la Chaudière-Appalaches afin de relocaliser ces résidents. Jeudi soir, un nouveau toit avait été trouvé pour 32 d’entre eux, selon Mme Audet. Vendredi, tous avaient été relogés.

Un autre pensionnaire est actuellement hospitalisé.

«Un choc»

Le maire de Vallée-Jonction, Réal Bisson, n’était pas impressionné par la décision de Ghyslain Carrier, d’autant plus que les deux hommes s’étaient parlé «à plusieurs reprises» ces derniers jours. 

Joint par Le Soleil, M. Bisson a expliqué que le propriétaire était en difficultés financières et qu’il souhaitait vendre la résidence. «Je l’ai mis en contact avec des acheteurs pour faire reprendre la résidence», a relaté le maire. «On s’était donné la semaine.»

Mais M. Carrier a visiblement manqué de patience. Il n’a pas avisé le maire et a pris la décision de fermer de son propre chef. M. Bisson l’a appris d’une famille touchée par l’expulsion. «Tant qu’à moi, ça a été fait prématurément et ça a été mal fait», a-t-il déploré. «C’est un choc pour les personnes qui sont là et pour les familles.»

La municipalité demeure active dans le dossier et tente toujours de trouver un acheteur. La résidence accueille plusieurs natifs de Vallée-Jonction, a fait valoir le maire. «On y tient, on ne veut pas que ça ferme.» La municipalité offre même une aide financière pour le prochain acquéreur. Le bâtiment est évalué à 1,2 million $. 

Manque de personnel

Une autre raison évoquée pour expliquer la fermeture est le manque de personnel. Selon la directrice Caroline Audet, la résidence privée subissait une pénurie de main-d’œuvre depuis le mois de novembre. La gestionnaire peinait, a-t-elle insisté, à recruter des infirmières auxiliaires et des préposés aux bénéficiaires.

«Les employés pensent qu’une résidence pour personnes âgées, c’est ouvert du lundi au vendredi de 8h à 17h. […] Trouver du personnel de nuit, c’est très difficile. De soir, les gens ne veulent plus travailler; et la fin de semaine, ils veulent être avec leur famille», a maugréé Mme Audet, affirmant que la quinzaine d’employés en place avaient eu à faire du temps supplémentaire ces derniers mois.

Ghyslain Carrier est le propriétaire de la résidence depuis 2011. Plus tôt la même année, les anciens propriétaires avaient perdu leur certification pour divers manquements aux critères ministériels.  

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POLITICIENS IMPUISSANTS

Le député caquiste de Beauce-Nord, André Spénard, s’est désolé jeudi du «déracinement» que subissaient les aînés de la résidence Les Résidences de la Vallée, qui se trouve dans sa circonscription. 

L’élu se disait cependant bien impuissant devant la situation. «On ne peut pas faire grand-chose parce que c’est une résidence privée. [...] Il n’y a aucun règlement là-dessus», a-t-il résumé, faisant référence au délai trop court laissé aux familles. Il se disait «en mode solution» afin «de replacer les aînés» le plus rapidement possible. M. Spénard entendait se rendre sur place vendredi matin.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a pour sa part assuré que le CISSS de la Chaudière-Appalaches était «à pied d’œuvre pour accompagner chacune des personnes» touchées, puisqu’il s’agit «de personnes vulnérables». Il a lui aussi rappelé que la résidence, puisque privée, n’était pas «dans le giron gouvernemental». 

Du côté du Parti québécois, le député Harold Lebel s’inquiète d’autres fermetures récentes de résidences privées pour personnes âgées. Il a cité en exemple les cas de La Villa des Basques, à Trois-Pistoles, et du Domaine de la Marguerite, à Rimouski. «La population vieillit et j’ai l’impression qu’on n’est pas prêt.»