Hoffman Wolff et Jackie Smith observant leur petit garçon Adrian.
Hoffman Wolff et Jackie Smith observant leur petit garçon Adrian.

4 juillet: citoyens de Québec, made in USA

Quitter le pays de l’Oncle Sam pour s’établir dans la cité de Sam...uel de Champlain. Le choix qu’ont fait les 2010 citoyens de Québec qui ont leurs racines chez nos voisins du sud, selon le dernier recensement de 2016, 2730 pour l’ensemble de la région. En ce 4 juillet, jour de l’Indépendance des États-Unis d’Amérique, Le Soleil vous offre quatre portraits américains pour autant de parcours fascinants ayant fait de ces Américains vos concitoyens de Québec.

PORTE-PAROLE D'UN PAYS

«On est peu nombreux, alors on se sent souvent comme le porte-parole des États-Unis auprès des gens de Québec!» affirme Hoffman Wolff, tout en ayant à l’œil le petit Adrian, qui court après son ballon.

Le natif de la Caroline du Nord habite en permanence à Québec depuis 2013. Il y a rencontré sa blonde, une sympathique Ontarienne. Ils ont un fils de 18 mois, très mignon et tout blond.

L’entrevue s’est tenue au monument La Rencontre de deux mondes, au parc Cartier-Brébeuf, dans Limoilou. Leur quartier. Les deux stèles de granit rappellent le contact entre Autochtones et Européens. Dans les circonstances, facile d’y voir la jonction entre les cultures québécoise et américaine.

La relation de M. Wolff avec Québec remonte à plus de 20 ans. Son père, Miles, a été le premier propriétaire des Capitales de Québec, l’équipe de baseball, dès 1999. Le jeune Américain a fait une année d’école secondaire ici et y a joué plusieurs étés de baseball mineur.

Sa mère, Michelle Guimond, est une Franco-Américaine. Son ancêtre Louis Guimont a été reconnu comme le premier miraculé de Sainte-Anne-de-Beaupré, en 1658.

Aujourd’hui âgé de 36 ans, il est le seul de la famille encore à Québec. Sa sœur habite Saint-Louis et ses parents passent leur premier été en presque un quart de siècle à la maison familiale de Durham, près de Raleigh. La faute à la COVID.

Après avoir exploré le domaine sportif comme papa, Hoffman Wolff est maintenant consultant en gestion et en technologies de l’information chez ABna, une entreprise de Sainte-Foy.

«Le 4 juillet éveille chaque année en moi un sens de l’attachement aux États-Unis. Mais à Québec, la petite communauté américaine est absorbée dans la communauté anglophone plus large», explique celui qui préside Voice of English-speaking Québec, organisme regroupant les anglophones dans la capitale.

«Cette année, ce sera un samedi comme les autres. On n’a rien de prévu», constate-t-il. La COVID limite les rassemblements. Mais la semaine passée, sa douce est quand même sortie pour la Saint-Jean-Baptiste, pendant que les garçons sont restés à la maison. Olivier Bossé

Hoffman Wolff et sa famille au monument La Rencontre de deux mondes, au parc Cartier-Brébeuf, dans Limoilou.

LA FIERTÉ QUI VACILLE

La fierté américaine de Jill Gagnon vacille. «D’habitude, le 4 juillet, on porte le rouge, le blanc et le bleu. Mais cette année, pour moi, ce sera juste rouge et blanc. Je ne me suis jamais sentie aussi Canadienne! Je ne reconnais plus mon pays! C’est très inquiétant ce qui se passe là-bas.»

La femme de 52 ans est établie à Québec depuis 2004. Originaire de Pittsburgh, en Pennsylvanie, elle a rencontré son Québécois de mari aux Bahamas. Ils ont vécu à plusieurs endroits, dont trois ans en Chine, avant de se poser ici.

Selon elle, la vitalité de la communauté américaine à Québec dépend beaucoup de la personne en poste au consulat général des États-Unis situé dans le Vieux-Québec. Le 4 juillet s’avère une date phare, avec l’Action de grâce américaine, en novembre, et le Super Bowl, en février. La consule en place depuis septembre, Mélanie Zimmerman, a toutefois vu ses ambitions freinées par le virus.

Administratrice avec Daniel Lowing du groupe Facebook The American Colony of Quebec, qui compte 129 membres, Mme Gagnon tâche de garder sa culture vivante pour ses enfants, Leah, 16 ans, et Alec, 12. «Passer la porte de ma maison, c’est comme passer la frontière pour entrer aux États-Unis!» rigole celle qui réside derrière le Cineplex de Sainte-Foy.

«Mes enfants n’ont aucun intérêt à aller vivre aux États-Unis. Et je les comprends! La vente d’armes a bondi durant la pandémie. Des millions et millions de gens en colère. C’est un endroit où je ne voudrais pas aller, même si c’est ma maison!» explique-t-elle, ajoutant avoir abandonné son projet de retourner passer les hivers dans la chaleur de son pays natal.

Impressionnée par la gestion de crise de François Legault, elle croit que Donald Trump se retirera avant même les élections du 3 novembre prochain, au lieu d’encaisser la défaite.

À défaut d’un fiston américain joueur de football, comme elle l’aurait souhaité, elle a engendré un gardien de but de hockey québécois. Son amitié avec l’entraîneur privé des portiers de la LNH Marc-André Fleury et Carter Hart permet néanmoins à son garçon de s’entraîner l’été à Pittsburgh avec les pros. Sauf cette année. Olivier Bossé

Jill Gagnon et la fillette d’une amie, la petite Madison Nadeau, à l’occasion d’une fête du 4 juillet il y a quelques années au Stade municipal de Québec.

BRASSER DE BONNES IDÉES

Daniel Lowing a eu l’idée de suivre des cours de français dès le high school, à Philadelphie. Il est ensuite parti faire son baccalauréat à 1000 km de la maison, en 2000, pour devenir enseignant.

Puis tout juste diplômé, il s’est mis à travailler à l’Archibald, microbrasserie de Lac-Beauport. Et le voilà aujourd’hui maître brasseur et copropriétaire de la SNO Microbrasserie Nordik, au Grand Marché.

«J’avais affiché ce drapeau dans ma chambre des résidences, à l’Université Laval. Je l’ai ressorti pour le mettre dans la chambre de mon fils, tandis que ma fille a un drapeau du Québec dans la sienne», raconte le résident de Beauport, en posant fièrement avec son drapeau de Betsy Ross.

La Déclaration d’indépendance des États-Unis a été signée à Philadelphie, sa ville natale, le 4 juillet 1776. La légende raconte qu’un peu avant, George Washington avait demandé à une couturière locale, Betsy Ross, de fabriquer le premier drapeau du nouveau pays. Sur lequel 13 étoiles, représentant les 13 États fondateurs, sont disposées en rond.

Son père l’a toujours encouragé à faire sa vie au nord de la frontière, mais sa mère lui a longtemps envoyé les offres d’emploi d’enseignant dans la région de Philadelphie.

Lui et son amoureuse, Marie-Ève Leblond, rencontrée au Carnaval, ont maintenant deux enfants, de neuf et six ans. «Ils trouvent ça cool de savoir qu’ils sont aussi Américains, mais ils sont trop jeunes pour comprendre. Plus tard, ils pourront travailler dans les deux pays», fait valoir celui qui conserve le statut de résident permanent.

M. Lowing s’attend à l’«une des pires élections présidentielles depuis longtemps», cet automne. «Ça va être sale!» prédit-il, sur la tentative de Donald Trump d’obtenir un second mandat. «S’il perd, ça va être encore plus le bordel!»

Il s’interroge sur la recrudescence des cas de coronavirus dans plusieurs États, s’inquiète pour la conjointe de son père, à la santé fragile. «Mais sa mère de 98 ans a eu la COVID et a survécu!» s’encourage-t-il.

Il propose une visite gustative de sa Pennsylvanie aux Québécois avec la Sno Fox, une lager de style Philadelphie (Philly Lager). Olivier Bossé

Daniel Lowing, maître brasseur et copropriétaire de la SNO Microbrasserie Nordik, au Grand Marché.

SE FAIRE UN CADEAU

«Un article sur les Américains à Québec? Tu as combien d’autres entrevues?» Sa première question au journaliste. Car depuis son arrivée à Québec il y a un an, James Kary n’a rencontré aucun concitoyen des États-Unis.

Il vient de l’Illinois et a habité plusieurs États. A rencontré sa femme, Esther Duquette devenue Kary, au Venezuela. Le couple d’enseignants a résidé sept ans dans le Maine, au bord de l’océan, avant de monter s’installer avec les enfants à Québec. Dans Limoilou, où elle a passé sa jeunesse.

«On voulait prioriser la vie avec nos enfants, déplacer le focus du travail vers la famille. Aussi leur montrer leur langue, leur culture», affirme M. Kary, soulignant que le confinement n’a pas tellement affecté leur rythme de vie.

L’apprentissage d’une nouvelle langue constitue tout un défi pour Aiden, 12 ans, et Cecilia, 5 ans, qui fréquentaient l’école primaire du quartier. La réduction de la taille des classes lors du déconfinement a été salutaire.

«Papa, viens voir!» lance en français la petite à son père, tout naturellement, pendant l’entrevue. L’École de cirque et sa passion du monocycle ont beaucoup aidé le plus vieux.

«Ils ont trouvé ça difficile, mais dès le début, on leur a expliqué : “On vous fait un cadeau. Ce n’est pas évident pour le moment, mais vous allez nous remercier plus tard”» dit le paternel.

«C’est plus difficile pour moi, dans la quarantaine. Je suis le vieux chien qui apprend de nouveaux trucs!» s’esclaffe ce «gars de la petite ville américaine» tombé amoureux de la «grande ville de Québec», ses activités culturelles et sa proximité avec la nature.

Elle a dirigé une classe de sixième année dans une école anglophone de Sainte-Foy. Lui termine son année sabbatique, mais le retard dans l’obtention d’un permis de travail demandé en février pourrait l’empêcher de se trouver un emploi pour la rentrée.

Chose certaine, ils restent au moins une autre année.

Mais rien de prévu chez les Kary ce 4 juillet. «Autrement, ma femme me demanderait combien de fois on a célébré la Saint-Jean-Baptiste ou même la fête du Canada en 15 ans aux États-Unis...» Olivier Bossé

Le couple James et Esther Kary accompagné de leurs deux enfants, Aiden et Cecilia.