Les 32 places annoncées en appel d’offres lundi par le ministre ne constituent même pas 1,064 % des 4359 places annoncées, en référence à la part démographique gaspésienne par rapport à l’ensemble de la population québécoise.
Les 32 places annoncées en appel d’offres lundi par le ministre ne constituent même pas 1,064 % des 4359 places annoncées, en référence à la part démographique gaspésienne par rapport à l’ensemble de la population québécoise.

32 nouvelles places en garderie en Gaspésie: «un diachylon sur une plaie ouverte»

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
CARLETON – L’annonce de l’appel d’offres du ministre de la Famille Mathieu Lacombe est qualifiée de «diachylon sur une plaie ouverte» par Mireille Chartrand, coordonnatrice de la Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.

Madame Chartrand fait notamment valoir que les 32 places subventionnées par le ministre ne constituent qu’une très faible proportion des besoins identifiés par les organismes travaillant à l’amélioration de la situation en Gaspésie et aux Îles.

«Les chiffres des bureaux coordonnateurs de services de garde indiquent qu’il manque 500 places dans la région, mais il en manquerait plus que ça. Selon ce qu’on peut déduire du site zeroplace.ca, il manquerait 700 places en services de garde en Gaspésie et aux Îles», précise Mireille Chartrand.

Les listes actuelles tiennent comptent des parents en attente d’une place, des parents qui ont un enfant à naître bientôt et de certains parents qui ont une place qui ne convient pas. «Quand des parents doivent faire une heure et demie de route par jour pour faire garder leur enfant, c’est ce qu’on appelle une place qui ne convient pas», souligne-t-elle.

L’arithmétique des places à combler en services de garde tend à justifier la déception de Mireille Chartrand. Les 32 places annoncées en appel d’offres lundi par le ministre ne constituent même pas 1,064 % des 4359 places annoncées, en référence à la part démographique gaspésienne par rapport à l’ensemble de la population québécoise. Il aurait fallu au moins 46,37 places pour que la proportion soit respectée. La région perd donc à cet égard, et elle perd parce que les deux chiffres sont à des années-lumière de ses besoins, fait valoir Mireille Chartrand.

«Une étude complémentaire réalisée aux Îles-de-la-Madeleine mène à des constats; il manque 82 places juste dans l’archipel! À Gaspé, il y a beaucoup de naissances et des emplois disponibles. Il y a des places «accordées» dans la région mais non construites. Ça prend souvent trois ans avant d’avoir une place. Quand l’enfant obtient sa place, il est à la veille d’aller à l’école», décrit-elle.

«Les femmes sont celles qui souffrent le plus de la situation actuelle. Dans un contexte de manque de places en garderie, elles sont les plus susceptibles de rester à la maison si les deux membres d’un couple ont un emploi. Il y a potentiellement 700 femmes qui ne peuvent retourner au travail, 700 femmes qui n’ont pas le choix!» insiste-t-elle.


« Quand des parents doivent faire une heure et demie de route par jour pour faire garder leur enfant, c’est ce qu’on appelle une place qui ne convient pas »
Mireille Chartrand, coordonnatrice de la Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine

Les conditions de travail dans les services de garde ont contribué à la détérioration de la situation au cours des dernières années. «Le métier en général a souffert de non-valorisation ou de dévalorisation et en milieu familial, c’est encore moins avantageux. Des milieux de garde ont fermé. On espère que l’entente récente (entre le gouvernement et les responsables de services de garde) va améliorer la situation», analyse Mireille Chartrand.

Catherine Cyr-Wright, agente de développement à cette même Table de concertation des groupes de femmes Gaspésie-les-Îles, vit aux premières loges le manque de places en garderie. Elle a accouché il y a 11 mois.

«Mon chum et moi, on partage les journées de travail. Avec mes parents qui prennent Philémon deux jours par semaine, on réussit à faire 30 heures par semaine. Ça fait peu de temps de famille et ça affecte le budget. La fin de semaine est consacrée à préparer la semaine à venir et on essaie de se reposer. Le manque de places pour les (poupons de) 18 mois et moins fait mal. Je suis chanceuse parce que mes parents sont proches, parce que mon chum et moi partageons le temps de travail. Il a réduit son temps de travail et on travaille à la maison», aborde Mme Cyr-Wright.

«Je pense aux femmes du secteur de la santé qui doivent sortir pour travailler. Si elles ne le font pas, elles perdent de l’expérience, des occasions d’avancement et elles ne cotisent pas pour leur fonds de pension. Elles arriveront à la retraite plus tard, et avec un fonds de pension inférieur. Je pense aussi aux personnes qui font du «fly-in-fly-out». De notre côté, on demande si on continuera ça jusqu’en mai 2021, quand Philémon aura 18 mois», dit-elle.

«Frein au développement régional»

Catherine Cyr-Wright et Mireille Chartrand connaissent toutes deux des Gaspésiens et des Madelinots qui sont partis de la région ou qui ont dû changer de MRC afin de trouver une place en garderie.

«On dépense beaucoup d’argent pour attirer des jeunes familles et elles risquent d’avoir de la difficulté à trouver une place pour leurs enfants. Des gens n’auront pas de deuxième ou de troisième enfant pour ne pas vivre le stress de trouver une place en garderie. C’est tout un frein au développement régional», disent-elles à tour de rôle.

Il manque 40 000 places en garderie au Québec. Avec son poids démographique, la part de la Gaspésie et des Îles ne devrait pas dépasser 425. À près de 700 places manquantes, le pas à franchir commandent des actions promptes, concluent-elles.