Les coprésidentes Manon Lavoie (à gauche) et Maryse Paré (à droite), du Groupe Océan, avec Mélanie Leblanc, directrice de l’Institut maritime, et Geneviève Allard, présidente du CA de la fondation.

2,5 M$ pour revamper l’Institut maritime du Québec

La Fondation de l’Institut maritime du Québec s’est lancée jeudi dans la plus importante campagne de financement de son histoire en annonçant qu’elle avait déjà recueilli plus du tiers de son objectif de 2,5 millions $ qui serviront essentiellement à revamper la vénérable institution d’enseignement rimouskoise qui célèbre cette année son 75e anniversaire.

Les coprésidentes Manon Lavoie et Maryse Paré, du Groupe Océan, ont annoncé en conférence de presse que 914 551 $ avaient déjà été recueillis grâce entre autres à des dons de 300 000 $ du Groupe Desgagnés et de l’ensemble de la communauté du pilotage maritime et de 100 000 $ du Groupe Océan et de Canada Steamship Lines. «La première fois que la Fondation avait fait une campagne, c’était en 1989 et l’objectif était de 25 000 $. Nous étions allés chercher 40 000 $», se souvient Mélanie Leblanc, directrice de l’Institut maritime.

Les sommes amassées serviront à quatre projets, le plus important étant de réaménager au coût de 1,5 million $ le milieu d’études et de vie communautaire afin de lui donner une touche maritime. «On ne se le cachera pas, on vit dans de vieux bâtiments. Il faut revamper ce milieu de vie afin qu’il parle davantage aux jeunes milléniaux», explique Mme Leblanc.

L’Institut accueille actuellement 400 étudiants à temps plein dans ses cinq programmes d’études de niveau collégial, soit techniques d’architecture navale, techniques de génie mécanique de marine, techniques de logistique maritime, navigation et plongée professionnelle, ainsi qu’une soixantaine d’étudiants en mer. 

«Nous ressentons la même baisse d’achalandage que dans l’ensemble du réseau collégial au Québec. Les effectifs étudiants n’ont jamais été aussi faibles, mais la démographie nous laisse prévoir une remontée dans deux ou trois ans. Au moins, nos moyennes se maintiennent», explique Mme Leblanc.

Valoriser les carrières

Pour cette raison, le reste des sommes amassées dans la campagne servira entre autres à la création de bourses et d’autres formes d’aide financière aux élèves (500 000 $) et à valoriser les carrières maritimes afin de recruter plus d’élèves pour les mener jusqu’à l’obtention d’un diplôme (300 000 $) de même qu’à resserrer les liens entre recherche et formation (200 000 $).

«C’est un défi d’attirer les jeunes dans une carrière maritime. C’est un milieu très méconnu et ce n’est pas tout le monde qui a dans sa famille des gens qui travaillent dans ce domaine. Il faut aller plus loin et, aussi, s’adresser particulièrement aux femmes», explique la directrice.

Actuellement, les femmes ne représentent qu’environ 15 % des étudiants de l’Institut, un pourcentage qui est encore plus faible dans certaines disciplines. «En techniques de génie mécanique de marine, c’est de l’ordre de 2 % à 3 % et en milieu de travail, ça avoisine davantage le 1 %. Il y a encore tellement de préjugés envers les métiers de la navigation et, pourtant, les femmes qui y travaillent apportent une nouvelle vision qui est essentielle pour l’avenir», ajoute Mme Leblanc, précisant qu’il y a aussi un message dans le choix de deux femmes œuvrant dans le milieu maritime comme coprésidentes de la campagne de financement.

«Tous nos diplômés reçoivent plusieurs offres d’emploi et des conditions de travail très intéressantes. On parle d’un salaire moyen de 65 000 $ à 70 000 $ à l’entrée et nos programmes mènent presque tous à la possibilité de devenir gestionnaire», enchaîne-t-elle. «Et ce n’est pas vrai que nos diplômés sont tout le temps en mer. Plusieurs travaillent sur la terre et ceux qui naviguent le font à raison de six mois de travail par an, toujours aux salaires que j’ai mentionnés précédemment», ajoute-t-elle en terminant.

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LA PÉNURIE DE MAIN-D'OEUVRE SE FAIT SENTIR AU GROUPE OCÉAN

Le Groupe Océan de L’Isle-aux-Coudres n’est pas à l’abri de la pénurie de main-d’œuvre, qui se fait sentir de façon importante dans l’entreprise qui vient de recevoir un contrat de 102 millions $ du gouvernement canadien pour la construction de quatre grands remorqueurs.

«Ça nous rentre dedans et ça limite nos possibilités de croissance au quotidien», a expliqué au Soleil Philippe Filion, directeur des affaires publiques et corporatives du Groupe Océan. L’entreprise avait déjà 10 postes à combler quand elle a obtenu le contrat, qui a amené la nécessité d’embaucher 15 personnes supplémentaires.

«Je suis obligé de dire que nous avons des craintes quant à nos objectifs de recrutement pour ce contrat. Ce n’est jamais facile de recruter autant d’employés dans Charlevoix», indique M. Filion, qui précise toutefois que le contrat de construction des quatre remorqueurs n’est pas en danger. «Le contrat demeure entre bonnes mains et sera livré à temps.»

Le Groupe Océan commence à envisager la possibilité de recruter cette main-d’œuvre additionnelle dans la région de Québec et même au Nouveau-Brunswick afin de combler ses besoins. «Car même à Québec, ce n’est pas facile de recruter. Le taux de chômage est extrêmement bas. Pour les grands projets, quand on manque de main-d’œuvre, on embauche des travailleurs du Nouveau-Brunswick qui font du fly-in, fly-out aux deux semaines», poursuit-il.

La construction des quatre remorqueurs occupera environ 40 % des 130 travailleurs du Groupe Océan pendant cinq ans. «C’est l’une des raisons pour lesquelles nous investissons dans la campagne de financement de la Fondation de l’Institut maritime. Pour nous, c’est investir dans la relève. Ceux qui étudient là sont nos futurs matelots, nos futurs techniciens en architecture navale, nos futurs mécaniciens», indique-t-il en soulignant que son entreprise a conclu un accord avec l’Institut maritime et d’autres centres de formation professionnelle afin de pouvoir entrer en contact avec les étudiants qui s’apprêtent à compléter leur formation, histoire de pouvoir mettre le grappin sur ces finissants très convoités. Ian Bussières