Le traversier Camille-Marcoux

2,3 M$ pour se débarrasser d'un vieux traversier

La Société des traversiers du Québec (STQ) ne récoltera pas un sou et doit plutôt débourser 2,3 millions $ pour se débarrasser du Camille-Marcoux, traversier affecté pendant 40 ans à la traverse Matane-Baie-Comeau-Godbout.
La société d'État a lancé un appel d'intérêt le 9 juin 2016 pour trouver un nouveau propriétaire au navire, retiré de la circulation parce qu'il ne répondait plus aux normes modernes et manquait de capacité.
Gilles Gagné, vice-président aux immobilisations de la STQ, avait alors admis que son équipe n'avait pas d'idée de sa valeur marchande. «Ça pourrait être n'importe quoi entre: il faut payer pour le démolir et on a quelqu'un qui est intéressé à l'avoir et qui est prêt à mettre un prix dessus» pour l'opérer, le transformer en musée ou le recycler, avait-il déclaré.
Sept personnes ont finalement démontré de l'intérêt, quatre étaient intéressées par la visite, trois se sont présentées et deux ont déposé des propositions concrètes. «Ça fonctionne un peu en cascade. Il y a beaucoup d'intéressés, peu d'élus», a résumé jeudi la directrice sécurité et environnement de la STQ, Isabelle Beaudoin.
Les deux projets soumis allaient dans des sens opposés, a expliqué cette dernière. Un groupe était prêt à payer pour le navire car il prévoyait l'opérer, mais le plan n'a pas fonctionné pour une raison qui n'a pas été dévoilée. L'autre groupe demandait d'être payé pour recycler le mastodonte.
Démantèlement
Par défaut, la Marine Recycling Corporation de Port Colborne, en Ontario, est donc devenue propriétaire du Camille-Marcoux le 24 mars. L'entreprise située sur les rives du lac Érié procédera au démantèlement du bateau ainsi qu'au recyclage des matériaux et des composantes qui peuvent l'être.
La STQ doit payer pour la préparation du navire, son remorquage et son recyclage. Un chèque de 2,3 millions $ a ainsi été signé.
Mme Beaudoin explique que le prix du marché de l'acier recyclé est bas, insuffisant pour couvrir ce qu'il en coûte pour découper le tout en morceaux. Il y a aussi des matières polluantes (huiles, graisses, diesel) dont il faut disposer de façon environnementale. «Pour eux [les nouveaux propriétaires], ce sont des coûts», dit la fonctionnaire, mettant de l'avant le souci de la STQ de minimiser son empreinte environnementale.
Le Camille-Marcoux se trouve encore dans le port de Québec actuellement. Il entreprendra son dernier voyage d'ici la fin du mois d'avril.
À la traverse Matane-Baie-Comeau-Godbout, le F.-A.-Gauthier, navire plus gros et plus moderne, fonctionnant au gaz naturel liquéfié, assure la traversée du fleuve Saint-Laurent depuis juillet 2015. Il a coûté 175 millions $ à construire.
Le critique caquiste Donald Martel, qui interpelait le ministre des Transports sur la gestion de la STQ pas plus tard que lundi, a réagi à cette annonce en réclamant pour une énième fois l'intervention du Vérificateur général. Selon lui, il faut contre-vérifier toutes les décisions prises par les administrateurs. «Ils ont toujours des bonnes raisons et le ministre prend ça pour du cash», déplore-t-il.