Des gens au Dag, en 1987

1987 à Québec: le Dag et le Beaugarte, deux monuments du nightlife

Gilles Laberge et Jean-Pierre Goulet cumulent ensemble 70 ans d'expérience à la tête des deux monuments du nightlife de Québec, le Dagobert et le Beaugarte. Deux cas d'exception dans un univers en constante mutation, où l'adaptation aux modes et à la clientèle est une question de survie.
<p>À la tête du Dagobert depuis 38 ans, Gilles Laberge (ici en 1987) a dû composer avec l'évolution de la législation dans les bars.</p>
<p>Gilles Laberge aujourd'hui</p>
«Je ne connais pas beaucoup de places qui ont résisté aussi longtemps, admet M. Laberge. Avec une capacité de 1200 personnes, on n'a pas le choix d'être populaire. Il faut toucher à la masse, faire en sorte que les gens s'amusent», a-t-il poursuivi lors d'une entrevue réalisée avant que la Régie des alcools ne sévisse et ne ferme son établissement jusqu'au 17 août.
«La compétition est forte. On est constamment obligé de se réinventer», renchérit Jean-Pierre Goulet, devenu l'unique propriétaire du Beaugarte en 1990, après avoir exploité avec d'autres partenaires le Palladium, le Brandy, le Vogue et le Cousin, des bars qui ont depuis fermé leurs portes.
D'une génération à une autre, le Dag fait non seulement courir les foules pour sa musique et sa piste de danse, mais aussi pour ses spectacles, au premier plancher. Sans oublier les Lundis Juste pour rire qui ont été à l'affiche pendant 17 ans. La popularité entraînant la popularité, c'est aussi à l'établissement de la Grande Allée que les joueurs des Nordiques (et de l'équipe visiteuse) se donnaient rendez-vous pour prendre un verre après un match.
En 38 ans à la tête du Dag, Gilles Laberge a dû composer avec l'évolution de la législation dans les bars, dont l'abolition de la cigarette («une maudite bonne chose») et la tolérance zéro pour les conducteurs de moins de 21 ans.
Bien entendu, l'interdiction d'entrée aux mineurs est une chose qui n'a pas changé. Ses employés, en poste depuis longtemps, connaissent bien la clientèle, ce qui évite de s'en faire passer une «p'tite vite» par un jeune plus audacieux et débrouillard que les autres. Comme le réalisateur Ricardo Trogi, à l'époque... «On est très sévère, mais je ne dis pas qu'il s'en glisse pas un de temps en temps...»
À bientôt 69 ans, Jean-Pierre Goulet en a lui aussi vu passer des clients dans son resto-bar-discothèque le Beaugarte, haut lieu du cruising dans la capitale. C'est maintenant la progéniture de ses premiers clients qui fréquentent l'établissement. «J'ai des clients divorcés qui viennent manger et qui prennent la même table qu'à l'époque...»
Sur le plan des affaires, les choses ont bien changé. La clientèle n'est plus aussi fortunée. «Les hommes d'affaires ont de moins en moins de comptes de dépenses. On ne ramasse plus la facture des autres.» La concurrence est également très féroce entre les bars, surtout avec l'arrivée des microbrasseries. Sans oublier le coût des loyers, parti en orbite.
Mais une chose est immuable: la drague et le besoin insatiable de divertissement. «L'homme est à la recherche de la femme, et la femme à la recherche de l'homme: ça existera toujours. Je leur donne un fond de scène, ce sont eux les acteurs...» lance M. Goulet.
Comme une business
Andy Dépatie a lui aussi longtemps roulé sa bosse dans le nightlife de Québec. À la fin des années 80, sa mégadiscothèque le Palladium, sur le boulevard du Versant-Nord, dans Sainte-Foy, livrait une chaude lutte au Dag pour attirer les noctambules. «On roulait tous les deux à plein régime», confie l'ex-proprio du Beaugarte, et aussi du Cousin, du Brandy et du Vogue.
Aujourd'hui à la tête d'une firme de services-conseils en stratégies de développement, Andy Dépatie croit que les affaires étaient plus faciles à l'époque. Moins de drogues, moins de réglementation, clientèle plus conventionnelle, énumère-t-il. Mais ce qui ne change pas et qui demeure le plus important est la philosophie du propriétaire. «Tu ne deviens pas propriétaire de bar ou de discothèque pour avoir du fun. C'est du sérieux, ça doit être mené comme une business. Il faut avoir de la rigueur et de la discipline.»
R.I.P. 1987
10 choses qui n'existent plus...
• Le boulevard Saint-Cyrille (rebaptisé boulevard René-Lévesque le 1er janvier 1993)
• Les jours 1,44 $ chez Woolco
• Le 10 km de la Galipote sur les Plaines
• La maison blindée des Hells Angels, à Saint-Nicolas
• L'autodrome de Val-Bélair, sur la route du «camp Valcartier»
• Les clubs vidéo automatisés
• La BOB (bouteille ouvre-bouteille) de la bière High Life
• Le spectacle d'ouverture du Festival d'été au... Pigeonnier (Vingt ans de chansons, avec Robert Charlebois, Louise Forestier, Marie-Michèle Desrosiers, Michel Rivard, Francis Cabrel, Jean-Guy Moreau, Fabienne Thibault et l'Orchestre symphonique de Québec sous la direction de Gilles Ouellet)
• Le théâtre d'été du Bois-de-Coulonge (sur les planches à l'été 1987: Yves Jacques, Guylaine Tremblay, Léa-Marie Cantin, Simon Fortin, Céline Bonnier, Denis Bernard, Monique Miller, Jean-René Ouellet, François Tassé, Marie-Ginette Guay)
• Le cinéma Midi-Minuit, rue Saint-Joseph (les «succès» de l'été 87: La chasse aux nanas, Collégiennes passionnées, Un jeune mari en panne, Le chalet des plaisirs, Libertinage à la ferme)
Au grand écran en 1987
Platoon
Full Metal Jacket
RoboCop
Jean de Florette et Manon des Sources
Crocodile Dundee
Le flic de Beverly Hills 2
La bamba
The Untouchables et The Living Daylights (en version originale anglaise, cinq séances par jour au Cinéma Sainte-Foy)
Plus ça change...
Quelques titres et résumés d'articles du Soleil publiés à l'été 1987
› La CSST et sa dette astronomique de 357 M$ - «Sommes-nous en train d'hypothéquer l'avenir de nos enfants?»- Monique Jérôme-Forget, présidente la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST)
› Le Rassemblement populaire dit qu'il est temps de purifier l'air de la Basse-Ville
› La SAQ augmente ses prix, en moyenne 5 cents la bouteille
› Annonce de la démolition de l'église Saint-Patrick et de son presbytère, sur Grande Allée, pour faire place à 362 unités d'habitation. Le projet du promoteur Laurent Gagnon décrié par le comité de citoyens
› Travaux de prolongement de l'autoroute Henri-IV vers la base militaire de Valcartier
› Policiers de la Sûreté du Québec: hausse de salaire de 17,28 % sur trois ans
› Les Jeux olympiques d'hiver de 1996, l'unique intérêt de Marcel Aubut
› Les travaux qui seront apportés à l'ex-théâtre Capitole feront de la place D'Youville l'un des hauts lieux d'attraction de la Ville de Québec. Les travaux débuteront le 1er août.
Sur le tourne-disque et dans le Walkman
QUÉBÉCOIS
Chats sauvages, Marjo
On traverse un miroir, Céline Dion
Sans être aimé, Nuance
Quand tu partiras, Nathalie Simard
La porte de ton coeur, Chantal Pary
AMÉRICAIN
I Wanna Dance with Somebody, Whitney Houston
The Lady in Red, Chris de Burgh
With or Without You, U2
La Isla Bonita, Madonna
Wanted Dead or Alive, Bon Jovi
Never Gonna Give You Up, Rick Astley
La Bamba, Los Lobos
Big Love, Fleetwood Mac
Never Gonna Stop Us Now, Starship
Alone, Heart
Shadedown, Bob Seger
In Too Deep, Genesis
FRANÇAIS
Joe le taxi, Vanessa Paradis
Flash, Stéphanie de Monaco
Il faudra leur dire, Francis Cabrel
Ella elle l'a, France Gall
C'est comme ça, Les Rita Mitsouko
Amoureux de vous madame, Franck Olivier
L'aimer encore, Frédéric François
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