Une imposante file d'attente pour entrer chez Dagobert, le 25 juillet 1987

1987 à Québec: Grande Allée blanche, noire et... jaune!

Si la Grande Allée demeure un haut lieu du nightlife à Québec, les temps ont changé depuis 1987. Dans le film justement intitulé 1987, qui sort en salle le 6 août, le personnage principal, alter ego du réalisateur Ricardo Trogi à 17 ans, fait tout pour entrer chez Dagobert avant l'âge légal. Le Soleil a saisi au bond la sortie du film du réalisateur de Québec pour revenir sur ce qu'était la vie de nuit dans le coin de la Grande Allée il y a 27 ans.
<p>En 1987, Sébastien Chicoine, alias Monsieur Seb, était un assidu du mythique bar underground l'Ombre jaune. On le voit ici avec son look de l'époque.</p>
<p>The Pixies </p>
Été 1987. À Québec, ça sort et ça danse partout. On ne s'envoie pas de textos pour se donner rendez-vous dans les discothèques, mais on se trouve quand même. Les bars sont enfumés, la bière est à 3 $ et les gens convergent vers le centre-ville, qu'ils soient rockeurs, pop, straight, preppies ou new wave.
Le Tube au Vieux-Port, la Volks Brauhaus à Sainte-Foy, le Balzac sur la rue du Trésor.
En juillet 1987, Le Soleil avait consacré un dossier à «danser à Québec». Des dizaines d'endroits recensés. Ça dansait partout. Et 1987, c'était aussi l'âge d'or de la Grande Allée. Les jeunes hommes aux vestons blancs à la Miami Vice et les filles aux cheveux crêpés faisaient la file à l'incontournable Chez Dagobert toujours là, avec le même propriétaire 27 ans plus tard.
Mais la Grande Allée à l'époque était aussi beaucoup plus hétérogène. Si les preppies se donnaient rendez-vous au Brandy ou au Vogue et si la musique alternative résonnait au Palazze Club où se trouve maintenant Le Maurice Nightclub, la populaire artère était aussi le bastion d'une culture underground et new wave. On y dansait à l'Express de Minuit. Mais, surtout, dans un bar devenu mythique depuis sa fermeture en 1988, l'Ombre jaune.
«Les gens dansaient avec le mur. Ça flashait de regarder ça», relate Gordon Leblanc avec qui Le Soleil a arpenté la Grande Allée, le temps de recueillir les souvenirs de celui qui a été avant tout client, puis portier et barman à l'Ombre jaune.
L'Ombre, de son petit nom, c'était la marge. Dans la musique qu'on y jouait et dans le style de ceux qui le fréquentaient. Même géographiquement, le bar était «en marge» de la Grande Allée. Situé sur le coin, rue D'Artigny, l'immeuble de l'ancien bar abrite maintenant un Subway et le restaurant asiatique Baifoo. Son voisin où se trouvait le Vogue a été démoli pour y construire l'édifice de La Capitale.
En 1987, Gordon Leblanc avait 20 ans, arborait une coupe new wave et portait toujours un col roulé noir. À cette époque, il sortait tous les soirs. «Je suis même sorti à l'Ombre le soir du mariage de ma soeur. Fallait le faire!» lance-t-il avec une bonne dose d'autodérision.
Même comme portier par la suite, il aimait voir cette faune bigarrée danser sur Neon Judgement, Front 242, Skinny Puppy, Bérurier Noir, Kraftwerk, Anne Clark, The Cure ou Cabaret Voltaire.
Même s'il refuse de verser dans la nostalgie, Gordon Leblanc observe que peu de choses restent de cette époque dans ce secteur de la haute ville. En vrac, il se rappelle le spectacle de la légendaire formation Pixies en 1987 à l'Ombre jaune. «Il faisait froid, j'ai donné aux membres du groupe des cache-cols et des tuques trouvés dans la boîte d'objets perdus», rigole-t-il.
Les soirées «anticarnavalesques», aussi, où les clients de l'Ombre décriaient «les estifi de trompettes».
Un autre Gordon, Maher celui-là, se souvient à quel point les clients de l'Ombre jaune contrastaient avec le reste de la faune de Grande Allée. «On était les moutons noirs», dit celui qui avait déjà la trentaine à l'époque où il était serveur dans le défunt bar underground. Il estime que l'une des principales différences résidait dans le fait que le personnel et les clients de l'Ombre jaune vivaient à fond la vie de nuit. «Dans les autres discothèques de Grande Allée, comme le Brandy, les gens se préparaient pour sortir le vendredi et le samedi. Ils disaient:"On sort à soir et on s'habille de tel genre." Ce n'était pas un mode de vie pour eux», relate-t-il.
«Il n'y avait pas grand monde à l'Ombre qui portait un polo Ralph Lauren, en tout cas pas quand ils y sortaient!» relate pour sa part Sébastien Chicoine, alias D.J. Monsieur Seb, qui avait à peine l'âge légal de fréquenter les bars lorsque l'Ombre jaune a fermé ses portes. Il y est pourtant allé pendant des années... «J'ai commencé à fréquenter les bars au Shoeclack alors que j'avais à peine 13 ans», dit-il de ce bar près de place D'Youville qui a fermé en 1984.
À l'Ombre jaune, dit-il, «tout le monde se connaissait». «Nous étions accueillants envers tous les "outsiders" pour peu qu'ils ne se comportent pas comme s'ils venaient nous visiter comme on visite un zoo», illustre-t-il.
Parmi ses clients célèbres autour de 1987, l'Ombre jaune comptait notamment les membres de Rock et Belles Oreilles, ont noté tant Sébastien Chicoine que Gordon Leblanc.
Vingt-sept ans après 1987, l'Ombre jaune n'est plus. Mais le son et les souvenirs demeurent. Signe que le bar a marqué les esprits, les anciens clients ont maintenant une page Facebook dédiée à ce bar et, depuis 2009, Monsieur Seb anime comme D.J. une fois par an une soirée avec la musique de l'époque. La prochaine aura lieu le 30 août au Bal du Lézard, plus d'un quart de siècle après la fermeture de ce haut lieu de la contre-culture de la capitale.
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Où sortiez-vous en 1987?
SUR GRANDE ALLÉE :
• Le Brandy
• Concorde (Hôtel Concorde)
• Le Dagobert
• 2e Vitesse
• L'Express de Minuit
• L'Ombre jaune
• Oz
• Palazze Club
• Le Vogue
AILLEURS EN VILLE ET DANS LA RÉGION:
• L'Apocalypse (rue Couillard)
• Le Balzac (rue du Trésor)
• Le Beaugarte Le Cousin et Raspoutine (boulevard Laurier)
• L'Eden (dernier étage de l'hôtel Hilton)
• L'Égocentrique (rue D'Auteuil)
• Le Taxi, Le Vendredi 13, Le Bistrot Plus, L'Arlequin et Zanzibar (rue Saint-Jean)
• Le Tube (rue Saint-Pierre)
• Le Merlin (avenue Cartier)
• La Relève (chemin Sainte-Foy)
• La Volks Brauhaus (Place des Quatre-Bourgeois)
• Bar Ozé (boulevard Père-Lelièvre)
• Le Contact (boulevard Sainte-Anne)
• Le Club (Lauzon)
• Le Vieux-Chêne (Lévis)
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Congestion à l'Agora...
À l'été 1987, l'Agora du port de Québec roulait à plein régime. Tout un contraste avec l'actuelle saison estivale alors que l'endroit reste désespérément désert. Il y a 27 ans, les artistes se bousculaient à l'Agora: Gowan, Jerry Lee Lewis, Rock et Belles Oreilles, Chalk Circle, Michel Pagliaro, David Lindley et Collin James, Herbie Hancock, Wilhemenia Fernandez, Francine Raymond, Pierre Bertrand et Uzeb, The Box Bundock, Honeymoon Suite, Helix Brighton Rock, le Trio François Bourassa et Dizzie Gillespie, Martine Chevrier et Claude Barzotti, Jean Lapointe et Alain Lamontagne, Tom Cochrane et Richard Séguin. Sans oublier une jeune chanteuse de 19 ans, une certaine Céline Dion... Combien pour voir tout ce beau monde? Un beau gros 10 $...
... et au Colisée
>> 15 000 personnes au show de Bon Jovi, à l'occasion de la tournée Slippery When Wet. Groupe invité: Cinderella. Billet à 20 $ (15 juillet)
>> The Cult et Billy Idol attirent 4800 fans (31 mai)  Normand Provencher
<p>Le Discman</p>
5 objets de 1987
Le directeur artistique Patrice Vermette a l'oeil pour dénicher l'objet et les éléments de décor qui nous plongent immédiatement dans une autre époque. Il a recréé les années 70 pour le film C.R.A.Z.Y. et le XIXe siècle pour Victoria, les premières années d'une reine de Jean-Marc Vallée, qui lui a d'ailleurs valu une nomination aux Oscars. En 2009, Patrice Vermette s'est aussi replongé dans le début des années 80 pour le film de Ricardo Trogi 1981. Exercice qu'il a remis l'an dernier pour 1987, qui sort sur les écrans la semaine prochaine. Quels sont les objets typiques de l'année 1987? Le Soleil a demandé à M. Vermette, joint au Nouveau-Mexique sur le plateau de tournage de Sicario, le nouveau film de Denis Villeneuve, qui mettra en vedette Emily Blunt et Benicio Del Toro.
Le pot de gel Dep
«Le Dep, c'est clair!» Au bout du fil, Patrice Vermette est formel: le gel pour donner un wet look est un objet essentiel au rayon capillaire. Dans la bande-annonce du film 1987, on voit d'ailleurs le jeune personnage joué par Jean-Carl Boucher s'enduire copieusement les cheveux après avoir pigé dans un pot contenant l'étonnante matière rose...
Le Discman
En 1987, cassettes et disques en vinyle font encore bon ménage. Mais le disque compact s'affirme de plus en plus, et Patrice Vermette se souvient de son premier Discman de Sony. Alors que tous les adolescents ou presque déambulent avec un baladeur à cassette, le lecteur portatif de CD, lancé en 1984, devient en effet de plus en plus populaire en 1987. Mais il n'était pas à la portée de toutes les bourses, les premiers modèles se vendant plus de 300 $, une fortune pour l'époque.
<p>Des Stan Smith d'Adidas</p>
<p>Une paire de lunettes Ray-Ban</p>
Les Stan Smith
Qui n'a pas eu, ou souhaiter avoir, dans sa jeunesse une paire d'authentiques Stan Smith d'Adidas? Blancs de blancs avec leur touche de vert caractéristique, les espadrilles endossées par le joueur de tennis américain Stan Smith en 1973 ont suscité la folie dans les années 80, au point où en 1990, la chaussure entre dans le livre des records Guinness avec 22 millions de paires vendues dans le monde. Le réalisateur Ricardo Trogi a confié à la webtélé Tapis Rose qu'en 1987, il «portait fièrement» ses Stan Smith.
Les coolers Durango
Les coolers Durango? Cette mention comme «objet de 1987» par Patrice Vermette a de quoi surprendre. Pourtant, une petite recherche suffit pour découvrir que ces boissons au vin étaient très en vogue à la fin des années 80. Solutions de rechange à la bière, déclinés en plusieurs saveurs, ils étaient populaires, notamment chez les filles. Un article de l'agence Associated Press paru l'an dernier parlait d'ailleurs du retour en force de ce drink qualifié de nec plus ultra dans les fêtes des années 80 (hottest thing on the party scene). Santé!
Les lunettes Ray-Ban
«Quel était le prix d'une paire de lunettes Ray-Ban en 1987?» La question a été posée sur la page Facebook du film 1987. Réponse? «Il fallait débourser pas loin de 135 $ pour des Ray-Ban Wayfarer. Et les prix montaient jusqu'à 300 $ selon les modèles!» Pas données, les lunettes. Mais plusieurs acceptaient de payer le prix en échange d'un look d'enfer. Si la marque fondée en 1937 par la compagnie Bausch & Lomb a perdu de l'intérêt dans les années 70, son retour en force dans la culture populaire dans les années 80 n'est pas étranger au fait que de nombreuses vedettes en aient portés, de Tom Cruise à Michael Jackson ou Madonna. On estime que de 1982 à 1987, des lunettes de marque Ray-Ban apparaissent dans plus de 60 films et émissions de télévision.
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Étiez-vous là en 1987?
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