Selon le ministère américain des Anciens combattants, 13 à 20% des vétérans de la guerre d’Irak souffrent de stress post-traumatique.

15 ans après, les Anciens combattants toujours meurtris

WASHINGTON — Justin Carlisle était au milieu du convoi quand la bombe a explosé, le 2 avril 2006. Quinze ans après, il lutte encore contre le stress post-traumatique, comme des millions d’autres anciens combattants de la guerre en Irak.

L’ennemi avait dissimulé plusieurs obus d’artillerie de 155 mm dans un trou d’une rue de Ramadi, dans le centre de l’Irak. L’explosion a détruit le dernier des cinq véhicules blindés, tuant un infirmier et trois Marines, dont le meilleur ami de Justin Carlisle.

«On nous a affecté une nouvelle mission 18 heures plus tard», raconte l’ancien fantassin des Marines, qui est originaire de l’Ohio, dans le nord des États-Unis. «On n’a pas eu le temps de digérer. On n’a pas pu s’arrêter et réfléchir, parce qu’il fallait se lever et repartir au combat».

«Ce n’est que lorsqu’on rentre à la maison [...] qu’on se rend compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas», explique-t-il.

George W. Bush a envahi l’Irak le 20 mars 2003, il y a tout juste 15 ans, mais pour les anciens combattants de cette guerre urbaine, les conséquences se font encore sentir au quotidien.

Selon le ministère américain des Anciens combattants, 13 à 20% des vétérans de la guerre d’Irak souffrent de stress post-traumatique. Les symptômes vont de l’insomnie à la dépression, en passant par les crises d’angoisse, les hallucinations, la violence et l’automutilation.

Au cours de ses déploiements à Ramadi et Fallujah, Justin Carlisle a vu mourir 25 des 800 militaires de son unité, et 350 ont été blessés. Depuis son retour, une douzaine d’autres se sont suicidés ou sont morts d’overdose.

Thérapie cognitive

Comme beaucoup de ses camarades, il a fallu plusieurs années à Justin Carlisle pour demander de l’aide: il n’a consulté un médecin qu’en 2012, quatre ans après avoir quitté l’armée. On lui a prescrit cinq médicaments différents et il craint que le ministère des Anciens combattants ne compte un peu trop sur les pilules pour traiter ses vétérans alors que les médicaments, «ça devrait être le dernier recours».

Pour Paula Schnurr, directrice du Centre national du stress post-traumatique au ministère des Anciens combattants, les anti-dépresseurs sont certes prescrits souvent, mais le meilleur traitement est basé sur divers types de psychothérapies qui ont fait preuve de leur efficacité.

Elle cite notamment la thérapie cognitive, qui encourage les patients à affronter leur traumatisme et à se désensibiliser peu à peu.

Mme Schnurr, qui étudie le stress post-traumatique depuis 1984, estime que de gros progrès ont été réalisés depuis 10 ans pour traiter cette maladie. Le Centre national qu’elle dirige facilite l’accès des vétérans aux traitements, grâce à des «télé-thérapies» en ligne.

Bombe à retardement

Mais Mark Russell, de l’université d’Antioch, estime que la réponse du ministère est inadaptée, de nombreux cas de troubles psychologiques liés à la guerre restant sous-diagnostiqués.

«Si on regarde l’étendue des troubles - dépression, angoisses, problèmes de santé inexpliqués - on ne fait rien pour tous ces gens», dit cet expert qui estime à 50% la proportion réelle d’anciens combattants victimes de stress post-traumatique. «C’est une bombe à retardement».

Le ministère ne différencie pas les anciens combattants de la guerre en Irak dans ses statistiques, mais selon la Brown University de Providence (Rhode Island), 2,7 millions de soldats ont été déployés en Irak et Afghanistan entre 2001 et 2014.

Tous professionnels, contrairement au Vietnam, ils ont souvent fait plusieurs séjours, les «tours», en Irak ou en Afghanistan devenant un terrain encore plus propice au PTSD.

Si l’on en croit les précédentes guerres américaines, le coût psychologique du conflit irakien ne peut que s’aggraver.

Pendant la guerre du Vietnam, 58 000 Américains ont été tués, mais le nombre de ceux qui se sont suicidés depuis est bien supérieur.

Pour Larry Shook, un ancien du Vietnam où il a été mitrailleur de sabord dans un hélicoptère en 1967 et 1968, les dirigeants américains n’ont toujours pas tiré les leçons de cette guerre.

«Tuer est le tabou le plus profondément ancré dans l’esprit humain», explique M. Shook. «Le combat change votre personnalité». Une fois qu’un soldat revient du combat, «on ne peut pas s’attendre à ce qu’il ait une vie normale et heureuse. Son cerveau n’en est pas capable».