Le premier ministre Philippe Couillard, ici flanqué du ministre responsable de la Gaspésie, Sébastien Proulx, croit qu'il sera possible d'éviter la perte d'expéditeurs, même si les travaux de réfection ferroviaire prendront quelques années.

100 M$ pour le tronçon ferroviaire Matapédia-Gaspé

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a annoncé vendredi que le tronçon ferroviaire Matapédia-Gaspé sera rénové au cours des prochaines années, à un coût qu'il juge minimal à 100 millions $. Toutefois, il n'a pu fixer d'échéancier pour la réalisation des travaux, parce qu'il reste des études à compléter.
M. Couillard a aussi indiqué que la réfection de cette voie ferrée s'inscrit désormais dans les grands projets québécois d'infrastructures 2017-2027, comme l'échangeur Turcot et les grands hôpitaux, de façon à sécuriser son financement.
«Je suis en mesure de dire que c'est 100 millions $, pas 100 millions que les autres viendront piger dedans [...] Je ne crois pas que 100 millions $ vont nous rendre jusqu'à Gaspé», a indiqué le premier ministre.
Le chemin de fer Matapédia-Gaspé a été acquis par le ministère québécois des Transports il y a deux ans. Il était alors connu qu'il avait besoin de travaux importants. Le ministère a placé presque les deux tiers du réseau en dormance.
Depuis l'été 2016 toutefois, les demandes de transport se sont multipliées sur cette portion dormance, forçant l'exploitant, la Société du chemin de fer de la Gaspésie, et au moins deux clients, le fabricant de pales éoliennes LM Windpower et Ciment McInnis, à choisir des solutions temporaires et plus coûteuses, parce qu'elles ne peuvent charger leurs produits dans leurs usines de Gaspé et de Port-Daniel, respectivement.
Elles doivent transporter pales et ciment par camion jusqu'à New Richmond, et les transborder dans des wagons. Le trafic total entre Matapédia et Caplan s'est établi à 1741 wagons en 2016, et il grimpera à plus de 3000 wagons en 2017. Les demandes de clients pourraient le faire passer à au moins 10 000 wagons en 2020 ,si le chemin de fer se rend à Gaspé.
Le temps de réfection et de remise en exploitation de l'ensemble du tronçon constitue encore la principale inconnue, malgré l'annonce que Philippe Couillard a voulu rassurante.
Il a indiqué que le tronçon est divisé en trois sections, Matapédia-Caplan, Caplan-Port-Daniel et Port-Daniel Gaspé, conférant à chacune d'elles des statuts spécifiques. Ainsi, la première section, déjà fonctionnelle, possède un «dossier d'affaires», la dernière étape avant la réalisation de travaux.
L'axe Caplan-Port-Daniel est placé en phase de «réalisation rapide et prioritaire d'un dossier d'opportunités» alors que l'axe Port-Daniel-Gaspé est «mise à l'étude». M. Couillard, comme les gens de Transports Québec, a rappelé que le tronçon gaspésien nécessite des travaux essentiels sur 28 structures de plus de trois mètres, dont 16 entre Port-Daniel et Gaspé.
Les délais de réfection pourraient-ils faire perdre des clients au rail parce que les expéditeurs s'organiseront autrement? «Ça n'arrivera pas parce qu'on va pouvoir donner des délais prévisibles», a dit M. Couillard.
Le président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG), Éric Dubé, s'est dit heureux du montant annoncé, supérieur à tout ce qui avait été évoqué jusqu'à maintenant. Il croit que le remplacement de deux ponts majeurs, à Cascapédia-Saint-Jules, près de New Richmond, pourrait être réalisé en 2018-2019. «Le comité de suivi, où la SCFG sera un partenaire important, verra à accélérer les travaux».
Alexandre Boulay, directeur de LM Windpower, accepte de voir le retour du train à Gaspé reporté, mais «honnêtement, je serais très surpris que ça prenne plus de cinq ans. Transporter nos pales par camion a un impact important aux niveaux compétitif et économique. Nous avons près de 400 employés présentement et nous en aurons 475 l'an prochain».
Le député péquiste de Bonaventure, Sylvain Roy, note que l'annonce de M. Couillard revient à ce «qu'on revendique depuis longtemps, mon collègue de Gaspé, Gaétan Lelièvre, et moi». Il souhaite que Transports Québec «fasse confiance aux experts de la SCFG, en choisissant la régie interne pour des travaux. Ça nous permettrait une livraison à coût moindre et plus vite».
Il craint que le ministère des Transports prenne beaucoup de temps pour analyser une situation déjà étudiée et que des clients choisissent conséquemment d'autres modes de transport.