Mégantic : Une communauté, un 6 juillet...

La série<em> Mégantic</em> a été présentée aux médias et à la population de la région lundi à la salle Desjardins de la polyvalente Montignac. Denis Dubois, vice-président aux contenus originaux pour Quebecor, Sophie Lorain, productrice, Alexis Durand-Brault, réalisateur et producteur, et Sylvain Guy, auteur de la série.

Construire une communauté. C’est probablement ce qu’il y a de plus touchant dans la façon dont les concepteurs de Mégantic ont imaginé la série de huit épisodes inspirée de la catastrophe du 6 juillet 2013. Des personnages dont les liens se resserrent d’un chapitre à l’autre et auxquels on s’attache inévitablement. Et dont l’histoire est racontée avec suffisamment de pudeur.


Oubliez la bande-annonce rendue publique en janvier, un condensé qui en aura peut-être découragé plusieurs de regarder la série offerte à partir du jeudi 9 février par le Club Illico. Dans les deux épisodes (le premier et le troisième) dévoilés à la presse lundi à l’auditorium Montignac de Lac-Mégantic, le drame est suffisamment bien distillé pour moduler l’intensité et ne pas tomber dans l’insupportable.

Il faut toutefois se préparer à ce que l’explosion du centre-ville soit présente dans les six premiers épisodes : chacun s’attarde à un personnage, un couple, une famille… Bref, autant d’histoires parallèles qui finissent par s’entrecroiser. Chacun et chacune vivront, à tour de rôle, l’accident ferroviaire. 

« J’ai tenté de tisser une communauté, explique l’auteur Sylvain Guy. En remontant dans le temps, cela me permettait de ramener des personnages décédés dans les épisodes précédents et de donner une idée plus complète de ce que les différentes personnes ont vécu ce jour-là. »

Laisser la tragédie se suffire

Probablement que ce sera quand même trop pour certains de ceux et celles qui ont vécu l’histoire réelle, même s’il n’y avait pas de scène scabreuse dans ce qui été rendu public lundi. Pas d’abus de pyrotechnie non plus. On perçoit le souci des maîtres d’œuvre d’y aller graduellement, de ne jamais trop en mettre et de laisser la tragédie se suffire à elle-même. 

On verra ainsi très peu la destruction dans l’épisode 1, la caméra filmant davantage les Méganticois éclairés par la scène que la scène elle-même. C’est d’ailleurs cet épisode qui a été montré aux résidents de la région.

Il y a beaucoup plus d’action dans l’épisode 3, relatant l’héroïsme d’un citoyen ayant perdu sa femme et son frère et interprété par le comédien Bruno Marcil. Ce dernier est probablement la tête d’affiche la plus connue de la série, signe d’une autre délicatesse de la production d’avoir préparé une distribution exempte de vedettes, pour que les personnages soient le plus possible mis de l’avant. 

La nature du scénario permet également de passer par-dessus les petits défauts, tels quelques comédiens et figurants qui surjouent et des effets spéciaux pas toujours sur la coche (les flammes sont plus réussies que la fumée). 

Quant au suspense, on n’en a pas abusé non plus. Les concepteurs n’ont pas jugé bon de trop jouer avec nos nerfs sur qui survit et qui y reste. Les téléspectateurs seront fixés assez rapidement sur le sort de chacun. De toute façon, il suffit de voir un train passer près du Musi-Café avant la tragédie pour que notre pouls s’accélère.

Les médias ont pu visionner les épisodes 1 et 3, alors que le public a eu droit à l’épisode 1 seulement.

Rendre la chose humaine

Lors du visionnement de presse, le réalisateur Alexis Durand-Brault, la productrice Sophie Lorain et l’auteur Sylvain Guy ont répété que cette série a vu le jour parce que des familles des victimes du déraillement l’ont demandé, qu’elle est une façon de rendre hommage à leur courage, leur solidarité et leur résilience, mais que les gens de Mégantic ne sont pas le principal public visé. 

Car la plupart reconnaîtront effectivement leurs proches qui ont inspiré certains personnages. Le plus évident, dans le premier épisode, est celui qui évoque Geneviève Breton, cette jeune chanteuse qui avait été candidate à des concours télévisés comme Star Académie.

Le septième épisode sera axé sur le conducteur du train, Tim Richards (Duane Murray), et le huitième, sur le personnage de la policière Marie (Julie Ringuette), une finale sur laquelle l’équipe n’a pas voulu trop s’étendre lundi, de peur de divulgâcher un élément important de la série.

« Il y aurait eu une série sur Mégantic de toute façon », de mentionner Denis Dubois, vice-président aux contenus originaux. « Nous avons déjà eu vent d’un projet au Canada anglais, et dans la même année, nous avons reçu, en l’espace d’un mois, deux projets sur Mégantic. Il allait se passer quelque chose et nous nous sommes dit : aussi bien que ce soit nous, au Québec, qui racontions cette histoire-là, avec notre sensibilité, en s’assurant de travailler avec la population, plutôt que de laisser ça à des étrangers. »


Alexis Durand-Brault et Sophie Lorain

« La série nous offre aussi la possibilité de rendre la chose humaine », de poursuivre Denis Dubois, ajoutant que la diffusion sur une plate-forme comme Illico permettra à chacun de la regarder à son rythme. 

La porte n’est toutefois pas fermée à une éventuelle diffusion sur le réseau généraliste ni à l’international. « Mais nous privilégions les plates-formes canadiennes pour l’instant, parce que c’est une histoire d’ici. »

Les gens de la région de Mégantic auront néanmoins accès gratuitement à la diffusion, à la télé ou sur l’internet, pour une période de 30 jours, s’ils s’abonnent puis se désabonnent au bout de cet intervalle.

L’aspect politique n’a volontairement pas été abordé dans Mégantic. « La série documentaire de Philippe Falardeau, en préparation, s’en chargera. »

« Mégantic, c’est chez nous, c’est le Québec, c’est notre monde. C’était important pour nous de transmettre ce qui s’est passé ici et que cette souffrance soit vue, entendue et reconnue à sa juste valeur », de conclure Sophie Lorain.

Julie Ringuette dans une scène de la série Mégantic.