La mission accomplie de Gaétan Boucher

Gaétan Boucher a remporté les Jeux mondiaux des maîtres dans sa catégorie d'âge.

Il a participé aux Jeux olympiques à quatre reprises, fait une multitude de championnats du monde, analysé des centaines de courses à la télévision, mais la dernière fin de semaine passée à Québec occupera une place de choix dans les souvenirs de Gaétan Boucher.


Le plus grand patineur de l’histoire du Canada s’est fait plaisir, dimanche, en remportant les Jeux mondiaux des maîtres disputés sur l’anneau qui porte son nom au Centre de glaces Intact Assurance même s’il a fini quatrième de l’épreuve du 3000 m.

L’avance qu’il détenait sur le Hollandais Victo van Den Hoff était tout simplement trop grande pour l’empêcher de triompher — le mot est faible — devant plus de 400 spectateurs venus l’encourager.

Gaétan Boucher a eu droit à un traitement royal après la course de 3000 m.

Lorsqu’il avait décidé de relever le défi de chausser à nouveau les patins, le quadruple médaillé olympique en 1980 et 1984 savait que le défi était de taille. Il devait retrouver la forme, la puissance et la technique des patins à clap, tout cela avec l’objectif de sortir vainqueur de son groupe d’âge chez les 65 et plus.

Pour un gars qui ne devait pas faire de compétition du genre avant le mois de février a été plutôt impressionnant.

«Sur le plan physique, ce n’est pas évident de refaire des performances avec l’âge. Le cardiologue m’avait dit de ne pas faire de compétition avant le mois de février. Après la course, je me disais que finalement mon coeur a tenu bon», racontait en riant celui qui a subi une coronarographie pour débloquer une artère en 2022.



Il s’était bien préparé pour cette première compétition en 25 ans. Mais les quatre courses ont été plus difficiles qu’il l’avait pensé.

«À cause de mes antécédents et le fait que je suis un bon patineur, je m’attendais à ce que ce soit plus facile. Je n’ai pas fait une course aussi dure que celle-ci depuis que j’ai recommencé à patiner. Le 1500 m frappe vite, mais le 3000 est progressif. On sent venir la fatigue, ça te tombe dans les jambes», expliquait-il après avoir repris son souffle, serré des mains et embrassé ses proches.

Gaétan Boucher rivalisait avec le Hollandais Victor van den Hoff.

Nerveux, il a effectué un faux départ qui aurait pu avoir une incidence sur le résultat final.

«Ce n’était pas voulu, surtout que le départ n’est pas important au 3000 m. Mon genou a bougé à cause de la nervosité, mais je ne voulais pas partir. Il [l’officiel] aurait pu le laisser aller, je n’aurais pas été avantagé. Je n’étais pas content, parce que je pensais à l’autre gars. S’il avait fait un faux départ après le mien, il aurait été disqualifié», notait celui qui a gardé un oeil sur le temps de son opposant, qui n’a pas pu combler l’écart de 3,5 secondes qui le séparait de l’éventuel vainqueur.

Contrairement aux Jeux olympiques ou n’importe quelle compétition internationale, il n’y avait pas de cérémonie de podium après la course. Sa victoire a été soulignée au banquet, en fin de journée.

Mais cela n’enlevait rien au mérite, même que…

«D’être ici, à Québec. Avec le support de ma famille, des gens et la couverture médiatique, ç’a été incroyable. C’était aussi plaisant pour les autres patineurs d’être encouragés. Ça reste toujours bien juste un championnat du monde des maîtres, ça va moins vite que les jeunes», ajoutait-il en qualifiant l’expérience aussi grisante qu’une quinzaine olympique.

Ami et partenaire d'entraînement de Gaétan Boucher, Benoît Lamarche s'est empressé à féliciter le héros du jour.

Il patinait aussi pour la première fois devant plusieurs. Et comme dans le temps, il a fini premier.
Au cours des prochains jours, il s’offrira un peu de repos, surtout qu’il s’est récemment étiré un muscle à l’aine qui ne l’empêchait toutefois pas de patiner.

Il prévoit aussi disputer une ronde virtuelle de golf avec ses amis, mercredi, chose qu’il n’a pas pu faire au cours des derniers mois en raison de son entraînement.

Les habitués du Centre de glaces auront la chance de le revoir dans les prochaines semaines, car il ne veut pas s’arrêter. «Ça va être le fun de m’entraîner sans pression.»

Il s’en ajoutera un peu sur les épaules dans un an, puisqu’il prévoit participer à la prochaine présentation des Jeux mondiaux des maîtres en 2024, aux Pays-Bas.

«Je n’ai pas fait tous ces efforts pour patiner juste un an.»

Samedi, il a réservé son billet pour les Championnats du monde qui auront lieu à Heerenven à la fin du mois de février. Il s’y rend avec ses amis pour encourager l’équipe canadienne menée par Laurent Dubreuil, Valérie Maltais et plusieurs autres, et aussi afin de revoir ses fils qui vivent en Europe.