Un joueur de piano nommé Daniel Lanois [VIDÉO]

«J’étais un peu nerveux au début, parce que je ne suis pas un joueur de piano», confie Daniel Lanois qui, encouragé par son ami Wayne Lorenz, a produit <em>Player, Piano.</em>

«J’étais un peu nerveux au début, parce que je ne suis pas un joueur de piano», confie Daniel Lanois qui, encouragé par son ami Wayne Lorenz, a produit Player, Piano. Cet album de musique instrumentale douce et exotique qui se déploie patiemment en 13 titres sera dévoilée ce vendredi 23 septembre.


Le piano, c’est un peu comme l’anglais pour le musicien né à Hull : ce n’est pas sa langue maternelle, mais on pourrait s’y méprendre tant il l’utilise bien.

«J’ai eu la chance de voyager et j’ai travaillé longtemps en Irlande», précise le producteur.

En fait, Daniel Lanois est maintenant plus à l’aise de donner des entrevues en anglais qu’en français. À partir de son studio de Toronto, un ancien temple bouddhiste qu’il a converti à ses besoins, le musicien s’amuse à dire quelques mots en québécois pendant son entrevue avec Le Soleil.

Il est toujours aussi épris de cet endroit qui conserve selon lui un peu de la spiritualité de ses anciens résidents ainsi qu’une part de l’esprit des musiciens qui y ont fait résonner leur talent depuis.

Wayne Lorenz, avec qui il a coréalisé Player, Piano, est également sur place aujourd’hui. Après cette entrevue, les deux amis reçoivent le batteur Brian Blade, fraîchement arrivé de la Louisiane.

«Nous allons faire une bande sonore pour un film d’animation», annonce Daniel Lanois, toujours aussi passionné par sa vocation. Ces temps-ci, il s’amuse aussi à créer de la musique avec le fils de Willie Nelson, Micah.

«Toujours plus au sud»

Une partie de son nouvel album a été enregistré dans ce studio et l’autre partie en Jamaïque, où il possède un piano. Les instruments que Daniel Lanois possède à l’étranger sont autant de pieds à terre pour l’artiste qui trouve son inspiration toujours plus au sud.

De la Louisiane au Mexique en passant par les Caraïbes, le mélomane s’ouvre aux riches traditions musicales de ces régions et aux artistes qu’il y rencontre.

Inverness est une des compositions enregistrées en Jamaïque. Comme d’autres, cette pièce est basée sur une série d’improvisations. Elle jouit encore d’une certaine liberté sous les mains du pianiste, contrairement à Zsa Zsa qui ne tolère aucune digression.


Le contexte a incité Daniel Lanois à produire plus intimement ce disque où on peut tout de même entendre deux petites collaborations; l’une avec le batteur Christopher Thorn (Clinch) et l’autre avec le bassiste Daryl Johnson (Parade).

Alors que les voix tenaient une place de premier plan sur son dernier album, Heavy Sun, elles sont entièrement absentes de celui-ci.

«Les mélodies sont telles qu’elles pourraient être accompagnées de paroles. My All, la première pièce de l’album, a une petite chanson qui va avec», dévoile le musicien qui n’exclut pas de partager un jour les paroles de cette chanson intime avec le public.

Pour l’instant, seul le souffle du pianiste peut être entendu en arrière-plan de Puebla, un heureux accident de la part de ce producteur expérimenté qui n’a pas peur de modifier ses instruments pour obtenir le son désiré.

Malgré toutes les technologies disponibles pour modifier le son d’un instrument, parfois, il n’y a rien de mieux que d’utiliser de vieux torchons pour amortir le choc entre les cordes et les marteaux d’un piano.

Avec Wayne Lorenz, Daniel Lanois a modifié trois vieux pianos de cette manière. Ils ont également ajouté des coussinets de feutre aux marteaux. Au moment d’enregistrer, des micros à ruban d’époque ont été placés derrière les instruments afin d’obtenir un son encore plus doux.

«C’est une manière d’arriver à un son plus romantique», précise Daniel Lanois qui désirait produire un son et une texture inspirés des années 1940 et 1950.

Avec ce projet réalisé sur une relativement courte période, le producteur a senti qu’il remontait le temps jusqu’à l’époque où il travaillait avec Brian Eno, Kate Bush et Emmylou Harris.

Les frères Lanois

«My All est une mélodie que j’ai écrite en guise d’au revoir à mon petit frère qui est décédé», annonce Daniel Lanois.

Cet hommage à son frère Ronald survient près de 10 ans après le décès de ce dernier, mais seulement un an après le décès de son frère Robert…

«Les émotions sont difficiles à comprendre», laisse tomber le compositeur.

Contrairement aux autres membres de sa fratrie, Ron s’était plutôt dirigé vers l’art culinaire. Chef réputé, il a voyagé pour perfectionner et présenter son art comme l’ont fait ses frères et sa sœur avec leur musique.

L’aventure musicale de Daniel Lanois s’est d’abord déroulée en famille, de manière autodidacte, avec Jocelyne et surtout Robert qui est longtemps resté son complice.

«Nous étions de jeunes rêveurs. Nous avons commencé à enregistrer à la maison avec une petite machine achetée au marché aux puces et nous avons franchi toutes les étapes à partir de là», se remémore le producteur.

On peut entendre les deux frères sur l’album Snake Road, mais Bob et Dan étaient surtout des «rats de studio» avant de prendre chacun leur propre chemin.

«Il était plus un scientifique et un cinéaste», témoigne Daniel Lanois au sujet de son grand frère.