Oliver Stone à Québec: une présence qui fascine et qui divise

Le réalisateur Oliver Stone, au Festival de Cannes l'an dernier

Cinéaste admiré, mais personnalité controversée, Oliver Stone se pointe chez nous cette semaine à l’invitation du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ). Entre sa riche filmographie, son nouveau documentaire sur JFK, sa réputation de complotiste et ses affinités assumées avec le président russe, Vladimir Poutine, le réalisateur trois fois oscarisé fascine autant qu’il divise.


Directeur général du FCVQ, Martin Genois précise que les discussions ayant mené à l’organisation de l’entrevue devant public Québec rencontre Oliver Stone, animée mercredi au Diamant par Jean-François Lépine, étaient en marche avant déclenchement de la guerre en Ukraine.

Bien sûr que l’équipe avait en tête la longue série d’entretiens que Stone a menée avec le président russe, Conversations avec Monsieur Poutine, diffusée en 2017. Elle a choisi d’aller de l’avant et de maintenir le projet dans ce contexte délicat.

«Nous, on invite le réalisateur, note M. Genois. C’est surtout ça qui nous intéresse. On est un événement de cinéma. Oliver Stone est un être politique, qui polarise. C’est un grand artiste qui vient ici avec un gros bagage, un gros background. On ne porte pas de jugement sur ses prises de position et tout ça...»

Pour le patron du FCVQ, la rencontre sera justement l’occasion d’aborder de front certaines controverses avec l’homme qui nous a notamment donné des films comme Platoon (1986), Né un 4 juillet (1989), Wall Street (1987), JFK (1991) ou Nixon (1995).

«C’est ce qui est intéressant dans la formule qu’on propose, on n’est pas en mode glorification, reprend-il. Il a une vision très propre à lui de l’actualité, de la politique, de grands enjeux de l’histoire. Il aborde ces sujets d’un point de vue de cinéaste et non d’un point de vue journalistique. C’est une nuance importante.»

Martin Genois convient que l’événement, qui marque la relance du festival après des années pandémiques difficiles, est «clivant».

«Mais ce n’est pas moins intéressant, avance-t-il. C’est au contraire enrichissant de pouvoir débattre de certains sujets avec lui et de le challenger sur certaines questions. Jean-François Lépine n’est pas un journaliste complaisant. Ce n’est pas l’angle qu’il va aborder.»

L'ancien correspondant pour Radio-Canada Jean-François Lépine va mener une entrevue devant public avec Oliver Stone ce mercredi. 

Un «personnage»

Ancien correspondant à l’étranger pour Radio-Canada, Jean-François Lépine a eu carte blanche pour l’entretien qu’il pilotera devant le public du Diamant ce mercredi.

Sans se décrire comme un spécialiste du cinéma, il se dit intéressé par le «personnage» que représente Oliver Stone. Dans ses réussites comme dans ses failles.

«C’est un homme qui a eu une grande carrière cinématographique, mais qui n’a jamais été un être face auquel on était indifférent, observe-t-il. Il a mené des batailles controversées. Certains disent qu’il est complotiste. Il y a beaucoup de matériel à travailler. C’est aussi un homme qui a une grande expérience internationale.»

M. Lépine a vu ou revu plusieurs œuvres d’Oliver Stone en préparation de son entrevue. Incluant bien sûr la controversée série sur Vladimir Poutine.

«Je me suis dit : “qu’est-ce que je vais faire là-dedans, pourquoi je vais interviewer ce gars-là?”. Mais Poutine n’est pas le premier personnage autocrate qu’il vénère. Parce que c’est de la vénération, l’attitude qu’il a devant ces gens-là. Il a fait ça avec [Fidel] Castro et c’est toujours le même pattern. Avec Poutine, c’est beaucoup plus élaboré. C’est quatre heures de résultat.»

Des questions, certes, mais pas de là à rejeter toute la carrière d’un grand cinéaste.

«Pourquoi il a tant fasciné avec un Platoon, alors qu’il y en avait eu au moins une douzaine de films sur le Vietnam? Il a sorti des émotions uniques et il avait un but en faisant ça», indique Jean-François Lépine.

«Je ne suis pas pour refuser de faire des entretiens avec des gens parce qu’ils ont fait X ou Y, ajoute-t-il. Il faut voir l’ensemble de l’œuvre. C’est quelqu’un qui est encore très respecté. Il a perdu, malheureusement, un peu de cette aura, à cause de certaines choses. Il est victime aussi d’un courant woke. Mais sa recherche sur Kennedy, qui est presque obsessive, elle est intéressante...»

Oliver Stone est attendu ce lundi au Clap de Sainte-Foy, où il répondra aux questions du public après une projection de son documentaire JFK Revisited.

Le cinéaste sera aussi l’invité de Jean-François Lépine mercredi au Diamant pour l’entretien devant public Québec rencontre Oliver Stone.