Le Local est mort, vive le Local

POINT DE VUE / En cette période trouble où la dureté des réalités vécues par les habitants de la rue dépasse largement la fiction; où les organismes œuvrant en itinérance débordent et expriment un essoufflement sévère et symptomatique d’une pandémie qui a frappé violemment le milieu; alors que le SPVQ cherche à adapter ses approches afin d’intervenir plus humainement auprès des personnes en situation d’errance dans le quartier. 


À l’heure aussi où la réalité de l’itinérance déborde de plus en plus des quartiers centraux au point de s’inviter pour une rare fois en campagne électorale; que les équipes spécialisées du réseau de la santé et des services sociaux cherchent à apprivoiser les approches de proximité afin de rejoindre les personnes qui se coincent dans les portes tournantes de nos hôpitaux; que de nouvelles trajectoires d’interventions de crises cherchent à se réinventer pour mettre l'épaule à la roue dans le paysage de l’itinérance, alors que les priorités régionales ciblées dans les plans provinciaux et fédéraux de lutte à l'itinérance s’accordent enfin pour dire qu’il nous faut collectivement développer des services à haut seuil d’acceptation, des services de proximité, des équipes de travail de rue et des lieux d’accueil acceptants et tolérants; alors que la pertinence et la nécessité d’un local à haut seuil d’acceptation n’est plus à faire et fait l'unanimité de tous les acteurs dans le théâtre de la rue; il semble bien irréel et contre toute forme de logique d’annoncer aujourd’hui la fermeture du seul lieu d’accueil à haut seuil d’acceptation au centre-ville de Québec. Il est difficile de trouver du sens à toute cette absurdité… 

L’ironie du sort, c’est que nous devons fermer un espace visant à venir en aide aux personnes vivant en situation d’itinérance, à défaut d’avoir d’avoir nous même une adresse civique pour se relocaliser…On peut bien s’entendre à merveille avec les gens qu’on accueille. 

On aura beau faire pleuvoir des logements subventionnés, le jours ou les organismes communautaires seront sans logis, on ne sera pas plus avancés.

Le Local centre-ville c’est un endroit qui se laisse porter par des valeurs fortes: intégrité, authenticité, transparence, responsabilité, ouverture, partage, respect, égalité. Les principes qui ont guidé notre milieu de vie sont simples : partager le fardeau de l’adaptation pour générer le moins d’exclusion possible, rester à l’écoute et redonner une voix à ceux qui n’en n’ont plus et une place à ceux qui n’en n’ont pas. Tout ça dans l’optique de construire ensemble un chez nous et ainsi favoriser le désir d’une réaffiliation. 

Une réaffiliation à soi-même, à l’autre, et à nous. 

Au Local on croit qu’on ne devrait pas avoir à s’adapter et à se conformer pour trouver réponse à des besoins de base tels que manger, dormir, prendre une douche. On croit qu’en permettant aux gens de dépenser moins d’énergie à lutter pour rester en vie, on leur permet d’en garder suffisamment pour envisager la possibilité de vivre plutôt que de se contenter de survivre. Le Local c’est bien plus qu'un lieu physique. Ça se veut en espace. 

Un espace relationnel dans lequel tu peux venir te déposer, t’apaiser, te reposer, réfléchir, prendre conscience, pleurer, rire, crier, avoir le goût de tout lâcher. Tu peux venir faire tout ça et être entendu, sans jugement. Tu peux venir quand tu es gelé, quand tu psychoses, quand tout te fait peur, quand tu n'arrives plus à tenir debout tellement tu es scrap, quand tu t’es fait barré de toutes les ressources de la ville. Bien tu peux venir chez nous, parce que chez-nous, c’est chez-vous. Il fait frette, il n’y a pas fenêtre, ça sent pas toujours bon, la toilette déborde souvent, mais la porte est ouverte pis on va être content de te voir. En bref, quand la culture de la rue et celle du travail de rue se rencontrent entre 4 murs et cherchent à construire un espace commun, ça donne un Local.

En chiffres, le Local centre-ville c’était aussi:

  • 57 000 visites annuelles; 
  • 117 visites par quart d'ouverture;
  • 2 quarts d’ouverture par jours;
  • environ 4500 heures d’ouverture dans la dernière année;
  • 36 000 prêt de matelas ou personne venant chercher le sommeil;
  • 27 000 repas ou collations servis par année;
  • au delà de 450 personnes rejointes;
  • des pointes d’achalandage jusqu’à 90 personnes présentes au même moment.

Mais le Local est mort.