Al-Mawla, «émir» du groupe État islamique pendant deux ans

Amir Mohammed Saïd Abdel Rahman al-Mawla était un ancien officier de l’armée de Saddam Hussein, diplômé de l’université des sciences islamiques de Mossoul. Il a rejoint Al-Qaïda après l’invasion américaine en Irak et la capture de Saddam Hussein en 2003, selon l’ONG américaine Counter Extremism Project (CEP).

Surnommé «le professeur» ou le «destructeur», le chef du groupe État islamique (EI) dont Joe Biden a annoncé la mort jeudi, était relativement inconnu mais a su maintenir la stratégie et l’activité du groupe sous son règne d’environ deux ans.


Amir Mohammed Saïd Abdel Rahman al-Mawla, jihadiste aux multiples alias qui se faisait appeler «l’émir» Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi à la tête de l’EI, a été tué lors d’une opération des forces spéciales américaines jeudi en Syrie, a annoncé le président américain.

Avant d’accéder à la direction de la nébuleuse terroriste, suite à l’élimination de son prédécesseur Abou Bakr al-Baghdadi fin 2019, il avait présidé au massacre de la minorité kurdophone des Yazidis.

Le président américain a déclaré qu’avec Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi, très peu connu du grand public, disparaissait une «menace terroriste majeure», dans une allocution solennelle à la Maison-Blanche.

«Dans un ultime geste désespéré de couardise», Qourachi, à la tête de la nébuleuse jihadiste depuis deux ans, «a choisi de se faire exploser (...), emportant plusieurs membres de sa famille avec lui, comme l’avait fait son prédécesseur» Abou Bakr al-Baghdadi, tué dans un raid américain en octobre 2019, a dit Joe Biden.

Martial, il a promis que les États-Unis, malgré le retrait d’Afghanistan en août dernier, restaient engagés dans la lutte internationale contre le terrorisme.

«Cette opération est la preuve que l’Amérique a les moyens et la capacité d’éliminer des menaces terroristes quel que soit l’endroit du monde où elles se cachent», a-t-il dit. «Nous sommes à vos trousses et nous vous trouverons», a lancé le démocrate de 79 ans, en évoquant les chefs de groupes jihadistes dans le monde.

«Sans combattre»



Les États-Unis «ont éliminé une menace terroriste majeure dans le monde», a dit le président américain Joe Biden dans une allocution à la Maison-Blanche.

Qourachi «s’est tué ainsi que sa famille proche sans combattre, alors même que nous essayions de l’appeler à se rendre», a précisé le général Kenneth McKenzie, chef du Commandement central de l’armée américaine.

Le haut gradé a indiqué que le chef jihadiste avait été identifié par ses empreintes digitales et son ADN.

Joe Biden a suivi l’opération depuis l’ultra-sécurisée «Situation Room», pendant les deux heures environ qu’elle a duré, dans la nuit de mercredi à jeudi.

Après l’assaut du commando, parti en hélicoptère de la ville à majorité kurde de Kobani (nord) et arrivé près de camps de déplacés de la localité d’Atmé, dans le nord-ouest de la Syrie, des correspondants de l’AFP ont trouvé un bâtiment en partie détruit, au sol maculé de sang.

Sur un autre site, les restes carbonisés d’un hélicoptère américain, victime d’un problème technique et détruit par les forces spéciales avant d’être abandonné.

Joe Biden a évoqué une attaque «incroyablement difficile», en raison de la présence de civils et notamment d’enfants, utilisés comme boucliers humains selon les Américains.

Civils 

Le dirigeant du groupe jihadiste État islamique Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi

L’opération a fait «au moins» trois victimes civiles, la femme de Qourachi et deux enfants, morts dans l’explosion causée par le chef jihadiste, a précisé le Pentagone.

Mais des incertitudes persistent sur le bilan humain total.

L’ONG «Save The Children» fait état «d’au moins» six enfants tués au total, dont deux bébés. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a rapporté le chiffre total de treize morts dans l’opération, civils et combattants confondus, dont quatre femmes et trois enfants.

Les États-Unis ont assuré qu’aucun civil n’avait été tué en raison d’actions américaines.

Le sujet est particulièrement délicat pour l’armée américaine, impliquée fin août dans une frappe de drone qui a tué par erreur dix civils, dont sept enfants, à Kaboul.

Joe Biden a dit d’ailleurs avoir privilégié une opération commando, «beaucoup plus risquée» pour les soldats américains qu’une frappe aérienne, par égard pour les civils.

Aucun militaire américain n’a été blessé, ni dans l’explosion causée par le chef jihadiste, ni lors d’affrontements qui ont opposé ensuite les soldats d’élite à un autre jihadiste et à sa femme à un étage inférieur du bâtiment, morts tous les deux, puis à des assaillants venus de l’extérieur, dont deux ont perdu la vie.

Yazidis 

Treize personnes ont été tuées, dont quatre femmes et trois enfants, a indiqué l’ONG sans aucune précision sur les victimes.

Qourachi, de nationalité irakienne, avait pris fin octobre 2019 la tête du groupe responsable de nombreuses atrocités, exactions et attentats au Moyen-Orient et dans plusieurs pays occidentaux.

Joe Biden l’a décrit comme le «responsable» d’une récente attaque contre une prison en Syrie, et le «pilote du génocide» et des viols de masse contre la minorité des Yazidis.

Surnommé «le professeur» ou le «destructeur», Amir Mohammed Saïd Abdel Rahman al-Mawla était un jihadiste aux multiples alias, présenté comme «l’émir» Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi depuis son accession à la tête du groupe jihadiste.

Abou Ahmad, le propriétaire de la maison où il se terrait, a indiqué à l’AFP que Qourachi avait «vécu ici pendant 11 mois. Je n’ai rien vu de suspect. Il venait juste me voir pour payer le loyer».

Des membres des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes et formées par les États-Unis, ont participé à l’opération, mais sans prendre part à l’assaut lui-même, selon Washington.

Joe Biden a salué jeudi leur contribution «essentielle».

Le raid est intervenu quelques jours après la fin d’un assaut de l’EI contre une prison tenue par les FDS, la plus importante offensive du groupe jihadiste depuis sa défaite territoriale en Syrie en 2019.

Malgré la perte de ses fiefs en Syrie et en Irak voisin, le groupe Etat islamique continue de mener des attaques à travers des cellules dormantes.