Connaître et reconnaître les réalités autochtones

Les personnes autochtones sont en train de nous dire et de nous répéter ce qui ne va pas, et ce, depuis longtemps. C’est à nous de les écouter et de les croire même si cela peut être difficile pour certains, dont nos leaders politiques.

CHRONIQUE / Le 30 septembre, on soulignait la toute première Journée nationale de vérité et de réconciliation. Cette année a été difficile pour les Peuples autochtones. Le 28 septembre, on commémorait le décès de Joyce Echaquan, cette jeune femme atikamekw morte tragiquement à l’hôpital à Joliette. Les derniers mois ont été marqués par la découverte de sépultures non identifiées de milliers d’enfants autochtones autour des sites de plusieurs pensionnats à travers le pays.


Pourquoi je vous parle de cela dans une chronique sur la santé mentale? Parce que la santé mentale ne se limite pas à prendre soin de soi. Cela implique aussi prendre soin de nos communautés. Pour ce faire, il faut d’abord connaître et reconnaître leurs réalités.

J’écris cette chronique en toute humilité. Je ne suis pas une personne autochtone. Je suis une immigrante grecque de deuxième génération ayant été élevée au sein d’une famille de classe moyenne. J’ai peu ou rien appris sur les Premiers peuples dans mon école privée. C’est beaucoup plus tard, au doctorat, lorsque j’ai rencontré celle qui allait devenir une de mes meilleures amies, Arlene Laliberté — femme Anishnabe de la communauté Timiskaming First Nation —, que j’ai commencé à connaître le passé ainsi que les réalités présentes des communautés autochtones au Québec. Cela m’a ouvert les yeux. Impossible de les refermer.

Un jour, en 2008, je lisais un dossier dans La Presse sur le suicide au Nunavik. Incroyable! Le taux était tellement élevé que je me demandais comment c’était possible. En passant, il est encore élevé : 10 fois plus de suicides chez les hommes inuits que celui de l’ensemble des hommes au Québec et six fois plus chez les femmes inuites. C’est à se poser des questions.

Je voulais comprendre davantage et faire quelque chose pour aider. Je me suis donc rendue au Nunavik. J’ai eu l’immense privilège d’être accueillie à Kuujjuaq, Umiujaq et Kuujjuarapik par des gens chaleureux et impliqués dans leur communauté. La première chose qu’on m’a dite est : «On connaît nos problèmes, on veut des solutions». Je pense que c’est la leçon que je retiens le plus et qui me revient en tête souvent ces temps-ci. C’est-à-dire que les personnes autochtones sont en train de nous dire et de nous le répéter ce qui ne va pas, et ce, depuis longtemps. C’est à nous de les écouter et de les croire même si cela peut être difficile pour certains, dont nos leaders politiques. 

C’est que la colonisation, débutée il y des centaines d’années, n’est pas de l’histoire ancienne. Elle continue à ce jour. Elle est présente dans nos lois, dans l’attribution des ressources aux communautés, dans les mythes et préjugés qu’on entretient face aux personnes autochtones, dans l’Histoire qu’on enseigne à nos enfants pas seulement au Canada, mais au Québec aussi. 


Les effets des pensionnats se font ressentir encore aujourd’hui. Ce trauma intergénérationnel fait des ravages sur la santé mentale, sur les familles, sur les enfants.

Les effets des pensionnats (le dernier ayant fermé ses portes en 1996) se font ressentir encore aujourd’hui. Ce trauma intergénérationnel fait des ravages sur la santé mentale, sur les familles, sur les enfants. Il faut comprendre que les problèmes psychosociaux vécus par les personnes autochtones sont ancrés dans ce contexte de colonisation et colonialisme passés et toujours présents. Qui dit colonisation et colonialisme dit systémique. Les solutions vont venir des communautés autochtones elles-mêmes. Elles en proposent d’ailleurs depuis longtemps. 

On est dans une ère où l’on parle de réconciliation. On est par contre encore à l’étape d’apprendre, de connaître ce qui s’est passé, ce qui se passe encore. Je le répète, il faut écouter. Mercredi, j’animais un webinaire de l’UQTR sur l’Influence des pensionnats encore aujourd’hui : pistes pour la réconciliation. Il y avait deux panélistes qui m’ont beaucoup marqué du Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières, Mélissa Coutu et Gabrielle Vachon-Laurent. Deux femmes qui ont à cœur le bien-être des jeunes autochtones en milieu urbain. Elles sont très sollicitées ces temps-ci pour parler des réalités autochtones. Les gens semblent avoir la volonté d’écouter et d’apprendre. C’est une bonne chose, une première étape essentielle menant vers la reconnaissance, la réparation, la réconciliation.

Je veux terminer cette chronique en parlant de résilience. 

Malgré la colonisation, malgré les lois colonialistes, malgré les pensionnats qui visaient «à tuer l’Indien dans l’enfant», malgré la dépossession de leurs terres, malgré les stérilisations forcées, malgré les traumas intergénérationnels, les Peuples autochtones sont toujours là. 

La résilience

Dans mon entourage, j’ai le privilège de connaître des femmes autochtones résilientes. Elles se battent pour faire reconnaître les droits des Premières Nations et des Inuits. Elles travaillent fort, je peux vous le dire. Je vous ai déjà parlé d’Arlene Laliberté. Elle est la seule psychologue pour quatre communautés autochtones, dont la sienne. Olivia Ikey, femme inuite forte, que j’ai connue en 2009 à Kuujjuaq. Elle se bat pour améliorer le sort de sa communauté. Elle exige des réponses de la part des décideurs. Il faut écouter ces femmes et les autres comme elles. Je suis chanceuse de les connaître. Elles m’inspirent toutes deux à faire ce que je fais. Merci les filles. Je vous aime.

Je vous invite à écouter ce bref spoken word sur la perte et la réaffirmation du langage, l’identité et la culture par Niap Saunders et Olivia Ikey.

OUTILS

Ressources pour les personnes autochtones :

Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador.

Hope for Wellness | Ligne d’écoute d’espoir pour le mieux-être : 1-855-242-3310

Initiative : Les enfants inuits d’abord | Inuit Child First Initiative : 1-855-572-4453

Services de santé non assurés pour les Premières Nations et les Inuits : 1-877-583-2965  

Principe de Jordan pour les jeunes (mineurs) autochtones ayant besoin de services : 1-855-JP-CHILD (1-855-572-4453).

Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec.

Pour en apprendre plus sur les réalités autochtones, veuillez consulter la liste de lectures et sites Web suggérés ici.