Ce naufrage, qui serait le second plus important de l'histoire maritime civile du XXe siècle, est peu documenté, bien que très présent dans la tradition orale locale. Le capitaine de goélette Alfred-Louis Bouchard fait partie de ceux qui s'en souviennent très bien. Cette nuit de 1963, il manoeuvrait dans la brume afin de ramener son équipage et sa Notre-Dame-des-Neiges au quai de Petite-Rivière-Saint-François. «Nous étions ancrés au large et nous attendions la marée pour rentrer. La visibilité était d'un quart de lune, comme on dit. On voyait rien. On est rentrés au quai et j'étais content. C'était pas évident, naviguer dans ces conditions-là», raconte le marin à la retraite.
Mais les gyrophares de police alertent bientôt l'équipage, mis aux faits d'une possible collision au large. «Je comprenais rien dans l'affaire. Le message arrivait de loin, de Trenton en Ontario. J'ai pris mon radio à bord et j'ai appelé. Tout de suite, le pilote du Roonagh Head est venu sur les ondes et nous a demandé de venir. On a embarqué le policier Origène Dufour et on est reparti, dans la brume», poursuit le capitaine Bouchard.
Au large, son équipage et lui, ainsi que sa femme et son fils de quatre ans, découvrent une scène d'apocalypse. Le Roonagh Head a la proue lourdement endommagée et les palans baissés. Ses chaloupes de sauvetage sont à la dérive, avec à leurs bords des survivants et des morts du Tritonica, qui a rapidement coulé. Des hommes d'équipage munis de leur veste de sauvetage, tous d'origine chinoise, flottent, «noyés dans le mazout». Au total, la collision entre les navires fera 33 morts, dont le pilote du Saint-Laurent Armand Lachance. Une quinzaine de marins du Tritonica auront la vie sauve. Comme d'autres goélettes, la Notre-Dame-des-Neiges ramènera sur la terre ferme des rescapés et des corps.
Commémoration
Les villageois de Petite-Rivière-Saint-François, ancrés dans la vocation maritime, ainsi que d'autres marins charlevoisiens se sont trouvés au coeur de la tragédie. Pendant les jours qui suivront, des corps seront repêchés au large et sur les rives du fleuve. Des plongeurs fouilleront également l'épave du Tritonica.
C'est en rappelant l'événement dans le cadre d'une conférence que le passionné d'histoire François Lessard a constaté que plusieurs Charlevoisiens ont souvenir du naufrage. «J'ai découvert l'événement un peu par hasard et en portant attention, j'ai calculé que c'était le 50e anniversaire cette année. Mon objectif n'est pas de réveiller les morts, mais de commémorer ce naufrage pour ne pas qu'il reste dans l'oubli. Le Tritonica, pour les marins qui l'ont vécu, ça reste quelque chose de spécial», explique-t-il. «C'est un événement important qui va passer inaperçu si ça continue. Depuis 1914 et le naufrage de l'Empress of Ireland, ce serait la plus grande tragédie maritime du Saint-Laurent.»
Une tragédie qui a apporté son lot de changements sur la voie navigable du Saint-Laurent, réputée difficile. «Dans le temps, on naviguait comme dans le fond d'une poche. Dans la brume, on marchait sur les criards des phares. Ç'a tellement évolué depuis», constate le capitaine Bouchard. «Quand t'es sur un bateau, faut que tu t'attendes à tout. Et quand tu repenses à ça, tu te dis qu'ils auraient pu nous pogner, nous aussi...»
Pour en apprendre davantage sur l'histoire et le patrimoine maritime du Saint-Laurent : Musée maritime du Québec à L'Islet (www.mmq.qc.ca), Musée maritime de Charlevoix aux Éboulements (www.museemaritime.com) et le Musée de la mer à Pointe-au-Père (www.shmp.qc.ca).
:quality(95)/cloudfront-us-east-1.images.arcpublishing.com/lescoopsdelinformation/R35T2TXQGJEH3KBYFNSIONH4JQ.jpg)
:quality(95)/cloudfront-us-east-1.images.arcpublishing.com/lescoopsdelinformation/UEDMJKXGV5GBZM4VEGSEBUFJ3U.jpg)
:quality(95)/cloudfront-us-east-1.images.arcpublishing.com/lescoopsdelinformation/UFY2ST26VBEUHEF4PTG364KV2E.jpeg)
:quality(95)/cloudfront-us-east-1.images.arcpublishing.com/lescoopsdelinformation/ES6HPWK4FNEZ7LFH4T5Y2NMMTI.jpeg)
:quality(95)/cloudfront-us-east-1.images.arcpublishing.com/lescoopsdelinformation/DLNSIMPV5NDTPCNNPWICHKMDWQ.jpg)