Adoption: des vies entre parenthèses

Le 11 août 2006. La date est marquée au fer rouge dans la mémoire du couple formé de Guylaine Cossette et d'Alain Larouche, deux Bleuets de Saguenay. Le 11 août 2006, les autorités chinoises ont accepté leur dossier et ont inscrit leur nom au bas de la liste des parents du monde désirant adopter un enfant de l'empire. Elle avait 46 ans, ajoutez quelques printemps pour son conjoint.


«[Nous sommes] en adoption internationale depuis cinq ans, depuis 64 mois d'attente. On est sur le bord d'avoir une proposition avec la Chine», se réjouit enfin Guylaine Cossette, au bout du fil. Au cours de notre première discussion, mi-décembre, les partenaires pressentaient un appel heureux durant les fêtes de fin d'année : «On s'attend à avoir notre proposition entre Noël et le jour de l'An. Ça va être notre cadeau de Noël!» Aux dernières nouvelles, le téléphone devrait plutôt retentir avant la fin de l'année chinoise, le 23 janvier.

«Je m'étais toujours dit que, passé 50 ans, je fermerais mon dossier... Il est temps que ça aboutisse parce que c'est pénible», confie-t-elle, sans ambages. «C'est dur, l'attente, j'ai eu des remises en question.» Mais, pour le couple de l'arrondissement de Chicoutimi, le rêve de la famille renouvelée est demeuré plus fort.



Tracasseries

De la force, il en faut pour cultiver l'espoir : «Il y a des gens qui abandonnent.» Les tracasseries administratives débutent bien avant l'acceptation de la candidature par le pays de naissance du bambin. Le dossier doit être étoffé; inscription auprès d'un organisme accrédité du Québec, examens médicaux, évaluation psychologique, dossier judiciaire scruté, santé financière évaluée. «On a nos devoirs à faire pour montrer, éventuellement, qu'on est des bons parents adoptants.»

«Après ça, on est laissés à nous-mêmes pendant les cinq ans d'attente», enchaîne Guylaine Cossette, sociologue de formation, propriétaire d'une boîte de préparation de déclarations de revenus. «Il y a beaucoup de gens qui sont en adoption qui mettent leur vie entre parenthèses [durant l'attente]... À un moment donné, il faut vivre.»

«Une chance qu'on avait notre petit bonhomme.» Vous avez déjà des enfants? Madame a une grande fille, début trentaine. Monsieur en a également deux, d'une précédente union. Le tandem Cossette-Larouche héberge en outre des enfants sous la tutelle de l'État. Un garçon de huit ans est ainsi «en pension» sous leur toit depuis cinq ans.



Pourquoi ne pas adopter cet enfant ou un autre orphelin local? «Éventuellement, il deviendra "adop­table"», laisse-t-elle tomber avec dépit. Sans doute se joindra-t-il un jour officiellement à la famille. Mais, pour l'heure, il demeure dépendant de la Direction de la protection de la jeunesse. «C'est vraiment compliqué, l'adoption au Québec. En 2006, quand on a vu qu'au Québec, c'était si compliqué, on s'est inscrits à l'international.»

Ainsi, Guylaine Cossette cumule les chapeaux. «Je suis une mère biologique, belle-mère par mon conjoint, grand-mère par alliance, famille d'accueil et je vais être mère adoptante!» Parmi ses proches, tous n'ont pas compris ses choix. Certains se sont un peu éloignés. Mais beaucoup de couples cheminant dans le dédale de l'adoption internationale se sont greffés à sa famille hors normes.

«Quand on attend longtemps comme ça, on ne peut pas avoir le support de la famille comme pour une grossesse biologique parce que t'as pas de bedaine, tu n'es pas dans le même contexte, les gens n'ont pas la même compassion. Tu n'as pas le choix de t'entourer de parents comme toi adoptants.»

Le 11 août 2006. Depuis les deux Saguenéens entretiennent l'espérance : «Notre enfant est encore imaginaire, témoigne Guylaine Cossette. J'appelle ça ma "grossesse du coeur" parce que ça fait cinq ans que je la porte dans mon coeur.» Au moment de publier ces lignes, le téléphone aura peut-être sonné. La Chine vient de combler les dossiers des adoptants inscrits jusqu'au 10 août 2006... Si tout va bien, deux mois après l'appel tant attendu, la petite Maya Kim sera à la maison. La fin de l'attente.